La commission européenne a engagé mercredi une procédure contre la France et son monopole sur les paris sportifs. Bruxelles reproche à Paris de protéger la Française des Jeux et le PMU et de refuser la concurrence. Thibaud Verbiest, avocat de la société européenne des bookmakers, explique ici pourquoi cette procédure va dans le sens de l´histoire et entraînera de vrais bouleversements pour l´Etat, les parieurs, mais aussi pour les clubs (Monaco, Toulouse, Auxerre...) qui avaient du renoncer aux publicités maillot pour les sites de paris sur internet, en début de saison dernière. Thibaud Verbiest n´exclut pas de les voir réapparaître dès cette saison.
« Thibaud Verbiest, les bookmakers dont vous défendez les intérêts doivent se réjouir de la décision de la Commission européenne...
La procédure engagée par Bruxelles est évidemment une bonne nouvelle pour les bookmakers. Elle n´est pas surprenante car depuis des mois, la France creusait sa propre tombe en refusant de dialoguer avec la Commission et l´industrie des jeux en ligne. Après l´affaire Bwin (NDLR, les dirigeants de cette société autrichienne de paris sur internet ont été interpellés en septembre dernier près de Monaco), le gouvernement français a même durci sa position en introduisant dans la loi sur la Prévention de la délinquance des dispositions renforçant la répression des atteintes au monopole des jeux. En somme, la France a préféré montrer ses muscles plutôt que de préparer une réforme des paris sportifs qui devient maintenant inéluctable.
Les bookmakers peuvent-ils dès à présent venir en France sans craindre de voir leur dirigeants repartir entre deux gendarmes ?
Il est sans doute trop tôt. Le cadre juridique n´a pas changé. Je rappelle que la Commission n´a aucun pouvoir de coercition. La France a trois mois pour répondre à son injonction. Au-delà, seule la Cour de justice pourra l´obliger à se conformer à la décision, avec la menace de lourdes amendes à la clé. Si la France n´obtempère pas dans l´immédiat, il est vraisemblable que le bras de fer peut continuer au moins un an. Mais on peut aussi penser que le gouvernement français va lâcher du lest, c´est à dire passer des consignes pour limiter voire arrêter les poursuites. Car il est clair qu´il n´arrangerait pas sa position en faisant fi de la procédure engagée.
Dans ce contexte, les publicités pour les sites de paris en ligne pourraient-elles réapparaître sur les maillots des clubs français dès cette saison ?
Je ne l´exclus pas si Paris choisit la voie de la sagesse. Ce qui serait d´un grand secours pour certains clubs qui ont besoin de ces contrats pour boucler leur budget...
Quel serait, selon vous, le bon compromis ?
Quand elle s´engagera, la négociation ira vite sur la protection des mineurs et la lutte contre le blanchiment de capitaux, car il est aussi dans l´intérêt des opérateurs de moraliser la profession. Le coeur du dossier est fiscal et financier. On pourrait imaginer une taxe, comme en Italie, qui vaudrait passeport pour les nouveaux entrants. Le ministère du budget s´y retrouverait, d´autant que la Française des Jeux ne réalise que 4% de son chiffre d´affaires avec les paris en ligne et que le PMU est bien armé pour lutter avec des opérateurs privés. Et contrairement à ce que les responsables français laissent entendre, l´ouverture du marché des paris sportifs ne serait préjudiciable ni à l´économie ni à l´emploi. Une étude réalisée en Allemagne a montré le contraire. Il n´y a pas de raisons qu´il en aille différemment en France.»
Recueilli par Jean LE BAIL