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"Dans son éloge de Thomas d’Aquin, Valla refuse expressément la théorie des modes de signifier qui ne propose selon lui qu’une solution factice au problème de l’articulation du langage et des signes à l’ordre des choses. Il compare d’une manière très parlante les modes de signifier aux fictions géométriques (à la neuvième sphère, ciel sans astre et donc invisible, et aux épicycles), par lesquels les astronomes tentent de réduire le décalage observable entre les phénomènes céleste et le système ptoléméen des orbes :
Je ne professe pas, en revanche, une si grand admiration pour toutes ces expressions qui se réfèrent aux réalités dites métaphysiques, comme les modes de signifier et autres choses de ce genre que les théologiens récents considèrent comme une neuvième sphère, découverte par la science moderne, et admirent comme les épicycles des planètes, et je ne pense pas qu’il y ait une grande importance à les connaître ou non ; peut-être même vaudrait-il mieux les ignorer, si l’embarras de cette érudition empêche la connaissance de choses meilleures .
Le propos de Valla ne porte évidemment pas sur cette géométrie céleste, mais sur un certain usage de la raison propre aux « métaphysiciens récents ». Ce qu’il dénonce, c’est bien évidemment l’idée que les modes de signifier constituent une médiation capable de résorber le décalage entre l’ordre humain de la signification et la structure de l’être. Si l’on prend au sérieux l’image astronomique, on voit clairement que la critique ne vise pas seulement les abus de langage des scolastique, mais peut-être surtout l’édifice systématique sur lequel repose ce savoir et la prétention exorbitante des concepts qui en assurent l’unité. Le projet d’inscrire le discours nécessaire dans le cadre plus large du discours probable objet de la rhétorique signifie bien que cet ordre architectonique, privé de ses coordonnées essentielles, ne doit plus apparaître que comme une fiction de l’art humain. Cette histoire, assez bien connue, qui conduit la pensée astronomique d’un monde clos à un univers infini, ne saurait être trop rigidement séparée de cet humanisme du XVe siècle et de sa dénonciation de l’univocité conceptuelle qui venait fonder, chez Duns Scot, la possibilité d’une connaissance quidditative du divin. Tout à fait paradoxalement, ce que Valla loue ici chez saint Thomas, c’est une théologie qui renoncerait à toute fondation métaphysique, c’est un pieux discours d´inspiration paulinienne qui ne se fonde pas sur la raison philosophique (« non per philosophiam et inanem fallaciam », écrit Valla citant l’Épître aux Colossiens, 2, 8) ou encore, dans un langage plus technique, une théologie qui préfère assumer l’équivocité des termes plutôt que de rapporter l’analogie à une raison univoque. Mais dans le même temps, ce que Valla vient contester, c’est évidemment le programme même de la dialectique platonicienne, c’est-à-dire le projet de constitution d’une prose philosophique destinée à « sauver les phénomènes ».