Jeunesse et désespoir
Si le Sporting d’Anderelecht s’était donné comme ligne de conduite prioritaire de garder son noyau actuel afin de reconquérir son titre et viser plus qu’une figuration en Champions League, il semble bien que, malgré lui … ou pas ! … certaines manœuvres aient pris cours aux abords de Saint Guidon. Alors qu’on craignait intra-saison un exode des joueurs les plus utiles au 11 titulaire, ce sont finalement les jeunes pousses qui agitent la gestion des transferts et donnent du travail au manager général Herman Van Holsbeeck.
A commencer par Dieumerci Mbokani, désireux de rejoindre les bords de Meuse liégeois pour obtenir plus de temps de jeu. Mais le jeune congolais fait des émules parmi ses pairs, puisque Lamah ou Tioté, pour ne citer qu’eux, auraient aussi abondé en ce sens. Alors pourquoi cette volonté galopante de quitter le club s’auto-proclamant meilleur club de Belgique ? Peut-être tout simplement pour jouer, pour montrer qu’on vaut plus qu’une place sur le banc au mieux, ou plus souvent dans les tribunes.
Le RSCA veut beaucoup de résultats mais surtout, il les veut tout de suite. Au point de se demander s’il n’y a pas une part de précipitation, tant ses désirs font parfois désordre à l’échelon européen, et qu’une compétition comme la coupe de Belgique leur échappe depuis si longtemps. Toutefois, on ne peut pas considérer comme un crime d’être immédiatement ambitieux, mais cela a des conséquences manifestes : l’investissement doit se faire sur des valeurs relativement sûres, et au rendement instantané. La première condition implique qu’on ne pourra parier sur les jeunes à moins qu’ils ne fassent preuve d’une classe démesurée, et la seconde implique que le club, malgré ses belles déclarations, n’aura que peu à investir dans la formation.
Plutôt que de conserver un Mbokani, on achètera dès lors Sterchele, qui a prouvé ailleurs qu’il avait probablement l’étoffe d’un éventuel titulaire. Plutôt que de miser sur Maartens, on ira chercher un Hassan trentenaire. Plutôt que de croire en Lamah ou Tioté, on dépensera pour Goor.
D’un point de vue purement sportif et dans la logique du club, on ne peut réellement juger du bien-fondé de cette politique. Même si, répétons-le, elle ne paie à ce jour qu’en championnat, tristement réputé « pauvre ». Mais au niveau de l’éthique, au-delà des regrets que cela comporte, les bruxellois font aveu d’une double faiblesse : d’une part, ils sont incapables, en tant que club phare du pays, de lancer des jeunes ayant le niveau de ses ambitions. Toute lenteur constatée dans la réalisation d’un centre de formation digne de ce nom ne serait pas nécessairement fortuite … D’autre part, et peut-être corollairement, à moins d’avoir des gestionnaires incompétents, on peut se dire que la formation coûte finalement bien plus cher que l’achat « confirmé ». Et pourtant …
Dans un marché économique national comme le nôtre, en toute relativité avec nos concurrents européens, il ne faut pas être grand analyste pour se rendre compte que nous perdons régulièrement de notre « pouvoir ». Les prix des joueurs restent les mêmes, qu’on les destine à l’Italie, l’Angleterre ou chez nous. Le prix est, grosso modo, absolu et unique. Mais à nombre équivalent de clubs professionnels dans ces mêmes pays, les rentrées sont naturellement bien plus importantes chez eux que chez nous ! La construction d’un stade n’est qu’une suite logique, pas une cause. Aussi puissant qu’on puisse être, on ne crée pas la demande par l’offre.
En termes relatifs, donc, le salut de notre pays viendra probablement de la formation, qui deviendra toujours moins chère en comparaison aux achats. La Belgique devra se décider, même au niveau microéconomique des clubs, à recentrer ses priorités. Les champions en titre le comprennent doucement, en s’adressant sur des marchés exotiques qui utilisent notre pays comme plaque tournante, comme rampe de lancement avant de plus grosses ambitions. Comme tout business-club moderne, ils trouvent leur rentabilité là où les coûts sont les moindres. Jusqu’à ce que le politique s’en mêle pour favoriser l’éclosion des nationaux. Là aussi, les clubs, dont les plus professionnels, feront rapidement leurs calculs …
Faut-il donc en vouloir à Vercauteren, au scouting, au staff, à la direction mauve ? Faut-il penser qu’un club fanion doit montrer l’exemple aux dépens de sa logique économique ? Certainement pas. Tout au plus peut-on regretter certains choix très subjectifs de l’entraîneur sur son noyau et ses titulaires. Soyons clair : l’ambition est de gagner ! Gagner en Belgique et ailleurs, pour gagner de l’argent. Ou l’inverse … ! Dans un cas comme dans l’autre, il y a 2 manières de gagner : investir ou spéculer. Et comme on vient de le voir, il y a aussi plusieurs manières d’investir. Anderlecht, à l’inverse des clubs misant par défaut sur la formation, prouve « malheureusement » aujourd’hui que l’investissement direct construit son palmarès … en Belgique. Et le cercle vicieux reprend : est-ce réellement suffisant ? Les priorités sont-elles donc bien là où elles doivent être … ?