laissez moi vous conté un poeme , je l´ai intitulé "enthousiasme"
En Grèce ! en Grèce ! adieu, vous tous ! il faut partir !
Qu´enfin, après le sang de ce peuple martyr,
Le sang vil des bourreaux ruisselle !
En Grèce, à mes amis ! vengeance ! liberté !
Ce turban sur mon front ! ce sabre à mon côté !
Allons ! ce cheval, qu´on le selle !
Quand partons-nous ? Ce soir ! demain serait trop long.
Des armes ! des chevaux ! un navire à Toulon !
Un navire, ou plutôt des ailes !
Menons quelques débris de nos vieux régiments,
Et nous verrons soudain ces tigres ottomans
Fuir avec des pieds de gazelles !
Commande-nous, Fabvier, comme un prince invoqué !
Toi qui seul fus au poste où les rois ont manqué,
Chef des hordes disciplinées,
Parmi les grecs nouveaux ombre d´un vieux romain,
Simple et brave soldat, qui dans ta rude main
D´un peuple as pris les destinées !
De votre long sommeil éveillez-vous là-bas,
Fusils français ! et vous, musique des combats,
Bombes, canons, grêles cymbales !
Eveillez-vous, chevaux au pied retentissant,
Sabres, auxquels il manque une trempe de sang,
Longs pistolets gorgés de balles !
Je veux voir des combats, toujours au premier rang !
Voir comment les spahis s´épanchent en torrent
Sur l´infanterie inquiète ;
Voir comment leur damas, qu´emporte leur coursier,
Coupe une tête au fil de son croissant d´acier !
Allons !. .. - mais quoi, pauvre poète,
Où m´emporte moi-même un accès belliqueux ?
Les vieillards, les enfants m´admettent avec eux.
Que suis-je ? - Esprit qu´un souffle enlève.
Comme une feuille morte, échappée aux bouleaux,
Qui sur une onde en pente erre de flots en flots,
Mes jours s´en vont de rêve en rêve.
Tout me fait songer : l´air, les prés, les monts, les bois.
J´en ai pour tout un jour des soupirs d´un hautbois,
D´un bruit de feuilles remuées ;
Quand vient le crépuscule, au fond d´un vallon noir,
J´aime un grand lac d´argent, profond et clair miroir
Où se regardent les nuées.
J´aime une lune, ardente et rouge comme l´or,
Se levant dans la brume épaisse, ou bien encor
Blanche au bord d´un nuage sombre ;
J´aime ces chariots lourds et noirs, qui la nuit,
Passant devant le seuil des fermes avec bruit,
Font aboyer les chiens dans l´ombre.