Le château était enfin visible. Nos troupes commençaient à affluer sur la plaine, à quelques centaines de mètres du château. Celui-ci était immense : de hautes murailles faites de pierre se dressaient de toute leur hauteur vers le ciel ; au milieu se tenait une gigantesque porte, capable de résister à des béliers ; Au sommet des murailles étaient positionnés de nombreux archers, sans doute alertés de notre arrivée. Si nous n´étions pas aussi motivés et courageux, nous qualifierions le château comme imprenable. Mais il fallait vaincre, aujourd´hui plus que n´importe quand.
Nous étions trente six elfes noirs, un millier d´hommes composé d´épéistes et d´archers, quatre cents cavaliers. Comme artillerie lourde, nous possédions un bélier et deux catapultes. Notre bélier se serait avéré inefficace si nous n´avions pu lui offrir certains sorts accroissant sa force et réduisant les risques de destruction. Si nos estimations étaient exactes, nos ennemis possédaient près d´un millier d´archers, et trois cents épéistes ainsi que deux cents cavaliers prêt pour une sortie, si besoin était. Nous étions clairement dans une situation défavorable, malgré notre supériorité numérique. Mes quatre cents cavaliers se tenaient à l´écart, prêt à bondir dans l´enceinte du château si les portes s´ouvraient.
" Le plus dur sera d´éliminer les archers. Nous les elfes noirs, pourront protéger pendant un moment leurs traits, pendant ce temps nos propres archers, positionnés tout autour du château lanceront leurs propres traits. L´issue de la bataille se joue en partie là dessus. Nous ne pouvons faillir. "
J´ordonnai à mes archers de se mettre en position. Les trente six elfes se répartirent à distance égale l´un des autres, et récitèrent mentalement les sorts les plus simples et appropriés pour contrer les traits adverses. Personnellement, je me plaça en face du château en compagnie de dix archers. Mon rôle sera double ; protéger mes archers et attaquer avec eux. Je me sentais capable d´accomplir cette tâche, de plus mon épée et ma ceinture regorgeaient d´énergie.
Étant conscient que tout le monde attendait mon signal, je tira mon arc, et avec une force surhumaine le trait fila se loger dans la poitrine d´un archer ennemi. C´est ainsi que le combat commença. Je dû contrer une volée de dix flèches qui fondaient sur nous. Satisfait du résultat, je recommença mon travail ; le débit de mes tirs étaient impressionnant, près de tente à la minute. Nous avions prévu le coup ; des milliers de flèches étaient disponibles dans nos caisses, nos archers avaient de quoi travailler. Les archers ennemis tombaient comme des pierres sur le sol, que ce soit du côté intérieur au château qu´extérieur.
Nos archers, concentrés à fond sur leur tâche, ne faisaient pas attention aux traits qui filaient vers eux, conscient que des magiciens devaient les protéger.
Malheureusement et trop souvent, nos magiciens avaient des connaissances et capacités limités en magie ; c´est pourquoi il n´était pas rare de voir des groupes entiers périrent sous une volée de flèches non stoppée.
Trente nouvelles minutes passèrent ; malgré de grosses pertes ponctuelles, nous prenions un sérieux avantage ; nos magiciens se surpassaient et se remplaçaient mutuellement quand un elfe s´effondrait, épuisé. Les pertes ennemies étaient importantes et continues.
De mon côté, je commençais à m´épuiser ; la corde de mon arc se tendait de moins en moins car mes forces s´épuisaient ; à plusieurs reprises des archers sous ma protection furent blessés ou tués, et il a fallut qu´un trait passa à dix centimètres de ma tête pour me ressaisir. J´absorbai de l´énergie et me senti revigoré.
Les traits, que ce soit de notre côté ou celui de l´ennemi, se faisaient de moins en moins continus. Nous avions affaire à des séries de volée de flèches ponctuelles, plus facile à contrer pour nos magiciens.
Soudain, plus aucun bruit ne venait troubler le silence qui s´était installé. Nos pertes étaient énormes ; quatre cents archers étaient morts. Les corps gisaient sur le sol, on entendait l´ultime cri de certains succombant à leurs blessures. C´était un triste spectacle, mais tel était le prix à payer pour avoir oser s´opposer à l´empire. Malgré nos innombrables pertes, j´étais plus que satisfait car, en face, c´est près d´un millier d´archers qui avaient péri sous la précision de nos traits.
Alors que je pensais sonner la retraite pour un moment, le temps de récupérer de l´énergie et de faire le bilan, une sonnette retentit, et les larges portes du château s´ouvrirent. Un mélange de cavaliers et d´épéistes formait une troupe de deux cents cinquante hommes. Je redoutais cette situation qui s´annonçait barbare, mais je m´y étais préparé. De suite, j´ordonnais à mes cavaliers de contourner la troupe et de rentrer avant que les portes se ferment. Ils étaient à deux cents mètres quand les portes commencèrent à se refermer. Redoutant une débauche d´énergie trop importante si j´essayais de maintenir les portes ouvertes, je joignis mon esprit avec les cinq plus puissants elfes présents sur le terrain, et nous résistions à la fermeture des portes juste assez pour que nos cavaliers puissent pénétrer. Les portes se refermèrent derrière eux...
Épuisé, je repris le restant de l´énergie stockée dans mon épée, et je me mis à combattre les deux cents ennemis.
Deux catapultes, placées derrière le combat, bombardaient nos ennemis jusqu´au moment où nos deux armées s´entrechoquèrent. J´étais alors en première ligne ; me protégeant un minimum avec un sort, je me jeta corps et âme dans la bataille : tout ce qui passait sur la trajectoire de Baen était entièrement détruit. D´autres elfes me soutenaient dans les tâches plus ardues.
Sans m´en rendre compte, je me retrouva isolé et encerclé, seul face à 5 épéistes qui se jetaient sur moi. Esquissant de justesse un premier coup, je ne pus que constater l´ampleur des dégâts quand un second vint percuter mon armure qui s´enfonça dans ma chair. Révolté, je repoussa d´un violent coup de Baen mon assaillant et para un nouveau coup d´un ennemi. Faisant un tour complet sur moi même, je mis à terre deux épéistes par la puissance de mes coups. Ma lame fendait l´air et les casques de mes adversaires, parait les coups imparables... Je vaincus les cinq épéistes, mais épuisé je décida de me retirer en arrière pour récupérer.
Je pensais aux cavaliers qui s´étaient infiltrés dans le château ; ils n´avaient toujours pas donné signe de vie après une heure passée.
" Je pense qu´ils en ont bientôt fini avec les derniers hommes présents dans le château, ils sont quand même quatre cents... "
Au début de la bataille, sur la plaine, nous avions le double d´hommes que nos ennemis. Mais à présent, il devait nous rester une cinquantaine d´hommes contre une trentaine pour nos adversaires. J´appris avec horreur qu´une vingtaine d´elfe avaient péri.
" Ce n´est pas normal... Il se passe bien quelque chose que j´ignore ! "
Je reparti combattre. Je me retrouva contre deux épéistes : pendant que je prenais l´ascendant physique sur le plus faible d´entre eux, l´autre épéiste me transperça l´épaule d´un coup d´épée. Je poussa un hurlement de douleur avant de m´évanouir sur le sol, inconscient.
Le bruit des armes me tira de mon sommeil. Je me releva et vit que mon épaule avait été soigné ; quelqu´un m´avait sauvé la vie. Avant de me lancer de nouveau dans la bataille, j´essayai de faire le compte : c´était un quinze contre dix pour nous.
Je me joignis aux forces de mes équipiers : je trancha la gorge d´un soldat ennemi d´un violent et rapide coup de Baen qui ne laissa aucune chance à mon adversaire. Me retournant, je vit une lame foncer vers moi ; n´ayant plus le temps de l´esquisser, je me jeta aux pieds de mon assaillant. Il vacilla et tomba à terre, et j´en profita pour le tuer. Quand je me releva, je ne vit plus que deux personnes vivantes.
" Que se passe t-il... ? " Un elfe contre cet humain si étrange. Il était grand, armé d´une courte lame et protégé par une solide armure. Le dernier elfe et moi approchions prudemment quand il s´éleva dans le ciel et retomba derrière nous avec un sourire mêlant folie et détermination. Rapidement, nous nous retournions pour lui faire face. Avec une vivacité inhumaine, il désarma mon compagnon. Mais cette prouesse l´avait mis en difficulté, et je saisi ma chance : je perça son flanc droit de la pointe de ma lame. Il hurla de douleur et se retira quelques secondes. Il ne fallait pas le laisser récupérer, aussi usant d´un dernier sort je lui lança une boule d´eau compressée qui vint exploser sur sa poitrine. La violence du choc le souleva du sol et il retomba dix mètres plus bas. Me précipitant vers lui, je donna un violent coup d´épée qu´il contra de sa lame mais les deux épées restèrent une contre l´autre.
" Il est à terre, et je suis un elfe, achevons le. "
Je poussa de toutes mes forces, en vain. L´homme résistait. D´un somptueux coup de pied, il me mit à terre et j´évitai de justesse un coup mortel. Nous étions face à face. Il ignorait une chose capitale : l´autre elfe approchait prudemment, son arme à la main. Je patienta en esquissant les coups de mon adversaire et refusant d´attaquer. Je réussi à l´orienter vers moi de façon à ce qu´il soit complètement dos à mon équipier. Celui ci ne se fit pas attendre ; Je vit la lame pénétrer dans le crâne de mon assaillant ; nous avions vaincu.