Mûe par un désir impalpable, je me sentis l´âme à raconter la rencontre avec un éclair, que dis je, un tonnere, qui bouleversa ma vie... Elle m´a tout donné ! Par cet écrit, qu´il en reste une trace, de cet amour si fort et si glorieux...
J´étais misérable sur la place du marché... Seul, abandonné au milieu de congénéres tout aussi misérables que moi, j´étais désespéré... Et les vendeurs se ressemblaient tous, tous voleurs... Mais, que vois je ! Ma vue se trouble, mon coeur m´abandonne ! Verrais je la plus admirable créature sur terre ? Plus belle que la plus belle des créatures que j´ai jamais vue, et qui existent par dessus le marché ! Oh, quel déhanché, quel regard provocateur... Elle ouvre la bouche !
" Bonjour Monsieur, j´aimerais prendre celui ci, s´il vous plaît. "
Ah, ah, c´est moi l´objet de cette interrogation, les quatres autres personnes qui lui tournaient autour sont hors jeu ! Elle m´effrola de son doigts, et je sens ma langue se délier ; miracle de l´amour !
" Bonjour, belle damoiselle... "
Elle me coupa, et m´intima de la suivre. Elle me donna un ordre... Je me sens mal, par tous les crapauds de la terre !
Hmm, son chez soi est très agréable... Mais, elle m´adresse encore la parole !
" Respire profondément. Vas y, encore, encore... C´est bien...
...
MAIS EXPIRE CRAPAUD BUFFLE !! ! "
J´expiras, soulagé. Je n´aurais voulu lui désobéïr pour rien au monde, mais ma dévotion ne semble pas bien lui convenir... Elle tape du pied, les poings sur les hanches, furieuse, mais elle en est d´autant plus séduisante en rage ! Par tout les dieux de L´Alagaësia, que ne ferais je pour la voir toujours de cette façon ! D´un air benêt volontaire, je répondis lentement ;
- Qu´y a t´il, maîtresse ?
Elle soupira d´une façon délicieuse. Mon dieu !
- Il y a, que seul ton bon prix me pousse à te garder espèce d´imbécile impérial ! Comment peux t´on être aussi bête, ce n´est possible, ce n´est pas permis ...
Elle se lançait dans un grand discours, et je ne l´écoutais guère ; j´avais compris la seule chose qui vale la peine d´être discernée : je lui étais indispensable ! Elle voulait me garder ! Parfait, être idiot et être prêt d´elle, Alea jacta es !
- MAIS TRIPLE CRAPAUD BAVEUX PUSTULEUX BUFFLE FIENTE DE SHRUIKAN !! !
- Oh, pardon maîtresse, je crois bien avoir renversé du pus de grenouille sur votre jolie robe, disais je ironiquement tout en glissant mon commentaire flatteur. C´était vrai qu´elle était belle sa robe, elle lui allait à ravir ! Une robe qui cachait une peau sûrement satinée, au toucher de velours et à la texture impeccable... Je sens que je vais m´évanouir ; c´est trop pour ma faible imagination ! "
Soudain, une claque retentissante me tira de mes pensées amoureuses. Oulah, elle était vraiment furieuse ! Non, non, pas ta canne épée ! Ma bien aimée !
" NOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOON !! ! "
Surprise par ce ton alerte, elle stoppa son geste et ouvra grand ses yeux merveilleux. Péniblement, avec le même courage semblable à tant d´autres, doté il me semblait d´une force indiscible et d´une flamme qui jamais ne s´éteindra, j´entrepris avec passion et un engouement qu´elle ne me connaissait pas de me déclarer.
" Si le soleil éclaire, c´est de ta lumière, astre de ma vie ! Si jamais la nuit tombe sur mon esprit, c´est pour mieux me faire savourer ton absence ! Ma sorcière bien aimée, douce épine planté en mon coeur, je t´aime ! Je t´aime, et veux partager ta vie, te donner la mienne, t´offrir tout ce que j´ai ! "
Encouragé il me semblait par ces yeux agrandis, je continuais d´une fougue imparable d´audace ;
"
D´un désir impalpable planté dans ma chair,
Une soif qui m´étreint,
Cupidon m´a conquis, il flotte encore dans l´air
Fugace est son entrain...
Je ne suis qu´un homme, je puis sincérment
Parfois te défaillir,
Et quand même en somme, t´aimer d´un coeur de sang
Que rien ne vient salir.
Toujours croire en sa bonne étoile, toujours
Toujours en toi, ô mon amour
Pour toi, toujours
L´amour...
"
Elle lâcha son bâton épée, et elle m´embrassa à pleine bouche... Longuement... Très longuement. Un peu trop. Wouh, il faudrait que je respire moi !
Nous nous séparâmes les yeux clos. Je les ouvris les premiers, elle ensuite, avec lenteur et délicatesse. Et eut une moue de dégoût.
" Et bien alors, tu ne te transformes pas en beau prince charmant ? "
Je fus abasourdi, puis, sans réponse de ma part, elle continua :
" C´est vrai, rends toi compte de la vérité. Tu es un crapaud. Un crapaud que j´ai acheté ce matin même. Alors, j´ai pas embrassé une telle créature pour rien ! Il est où le prince charmant ! "
Je repris cependant constance de mes quatres pattes, conscient du charmes de mes boutons et de ma langue rapeuse ;
" Mais maîtresse, je vous aime d´un amour sincère ! "
Elle ria, d´un rire limpide comme une cascade... Et tranchant comme une lame.
" Soyons sérieux je te prie, tu es un crapaud des marais, commun qui plus est, laid, mais qui parle grâce à un enchantement ! Voyons, soyons sérieux, et de plus... "
Et voilà, elle repart dans un long monologue sur le fait que, moi, étant d´une taille fort petite et étant d´une autre race, nous ne pouvions nous aimer... Qu´importe, elle a dit que j´étais un crapaud des marais, et commun de surplus ! N´est ce pas la preuve qu´elle m´aime passionnément ?
Elle m´aime, c´est sûr !