Chapître 5 : Noire connaissance et sombre présage
Les deux Dragonniers survolaient une plaine d´épis dorés aux reflets de soleil.
Epoustouflé, le plus jeune dit :
" C´est ... Magnifique ! "
Le Prince lui jeta un regard amusé et moqueur :
- Evidemment ! Tu t´attendais à quoi ? C´est pas chose banal que de voler !
- Oui, mais c´est si... Incroyable...
Soudain, interloqué ;
- Au juste, comment t´appeles tu ?
Le Prince ressentit instantanément un malaise, dû à un souvenir encore douloureux, encore frais. Lors d´une escapade, après avoir caché son dragon, il était entré dans la large ville de Teirm et y avait fait la connaissance d´une herboriste nommée Angela pas vraiment comme les autres qui, dès qu´elle l´avait vu, avait ouvert de grands yeux, puis l´avait montré à son chat. Un chat garou. Il s´était tout de suite hérissé à son approche, avait postilloner au sol et avait montré les plus grandes marques de haine et de rage. Alors, la boutique s´était plongé dans l´ombre, et, dans le silence absolu, d´une voie sentencieuse, avait déclaré sa prophétie tandis que le temps semblait se figer :
" Je vois ton avenir Dragonnier ! Je te vois ! Je sais ! Oh, toi, descendant des anciens Dragonnier et tantôt père d´une nouvelle génération, je te vois, je te vois, et ce que je vois... Est horrible. Tu tueras, servira une cause ingrate, tyrannique, et deviendra l´individu que tu as toujours secrètement craint de devenir ! Tu auras deux fils... L´un rattrapera l´autre, sans que l´un des deux ne soient parfaitement bon ou parfaitement mauvais. L´aîné sera tout comme toi, un traître, le second un révolté ! Mais ils n´arriveront jamais à t´égaler en cruauté et en courage, tu seras le Dragonnier le plus fêlon et le plus ambigu, tu seras un Parjure, servant la cause de l´Empereur ! Tu seras même le plus fidèle et son bras droit absolu ! "
D´une surprise hors norme, il avait alors répondu, essayant de comprendre ;
- Tu te moques ? Comment peux tu connaître l´avenir ? Que sais tu de moi !
Alors le chat garou ria d´un rire presque dément, et dit les yeux fous :
" Mais je me dois de connaître les ennemis de ma race, cher " Prince Solitaire " comme il te plaît d´être nommé ! Ne t´en fais pas, on se souviendra de toi, mais pas sous cette charmante appelation, Morzan ! Oui Morzan, je connais ton prénom de naissance ! Morzan le Parjure, le Tueur de Dragon ! "
Assommé et presque convaincu, le Dragonnier déclama cependant ;
- Chat garou tu me connais peut être, sauf que je n´accorde pas foi en tes déclarations folles ! Jamais je ne sombrerais dans la déchéance !
Le chat garou cligna de l´oeil.
- Le crois tu Dragonnier ? Alors peut être survivras tu, si tu résistes à l´appel de ton roi !
Et puis par magie, le chat garou disparut tandis que l´herboriste ne semblait avoir rien remarqué. Elle chercha même le chat, qu´elle disait " Ne pas avoir quitté des yeux, il n´avait fait que dormir ! " Profondèment troublé, Morzan sortit de la boutique, et s´en alla rejoindre son dragon en pleurant à chaudes larmes sans raison. Un bien sombre présage... Le dragon ne semblait pas gêné outre mesure. Son pragmatisme le garantissait de ces doutes là.
On peut donc imaginer les conséquences quand, LUI demanda son nom à Morzan. Raviver les souvenirs, dévoiler son nom ? En donnant son nom il le sentait, il suivrait sa destinée. Mais croyait t´il au destin ? Croyait t´il en l´avenir tout tracé ? Non, tel son dragon, il ne croyait qu´en lui, qu´en sa puissance, en sa force ! Il ne devait douter !
" J´ai tout pour moi, et suis dragonnier, pensa t´il. Je ne crois pas au destin, je crois en le pouvoir ! En mon pouvoir ! "
D´un éclatant sourire et les yeux brillants, il répondit ;
" Je m´appele Morzan. Et toi, le nouveau ? "
- Oh tu sais, balbutia t´il, je n´ai pas vraiment de nom, mes parents m´ont abandonnés. Mais si je devais avoir un nom, je crois que ce serait...
Il réfléchissa. Il vit alors les écailles du Dragon acclimaté du ciel rouge, et d´une façon soudainement inspiré il déclara d´un ton fort et le regard luisant à son tour ;
" Galbatorix. "
" ... "
" ... "
Morzan éclata de rire. Un rire puissant, qui dénotait une note de... de... Malfaisance. L´appel avait trouvé écho.
Fin.
Note de l´auteur : Ainsi crois je, était Morzan. Poétique, mélancolique, romantique et véritablement fou. Enfin, fou, il était surtout imprégné de mal. Pétri des ténèbres. Mais il y avait de la bonté en lui, un courage immense et des qualités peu commune dont Eragon hérita. Morzan, le Parjure... Morzan, le Prince Solitaire ?
C´est fini. Voilà, la première Légende est achevée. J´espère que ça vous a plu... Si jamais je me sens le courage d´en faire une deuxième, je la ferais, en attendant, personne ne veut en écrire une, légende ?