F1 - GP de Monaco : L´oeil de Patrick Tambay (qu´on ne me dise pas qu´il ne s´y connait pas...)
Patrick Tambay, notre consultant, revient sur la décision de la FIA de sanctionner Michael Schumacher après les essais du GP de Monaco. Il tente de se mettre à la place du pilote, comprenant qu´il puisse faire «une faute folle, idiote», mais loue aussi le professionnalisme avec lequel la FIA a pris sa décision. Il rend également hommage à «la sérénité et la capacité d´analyse» du vainqueur, Fernando Alonso.
«Patrick Tambay, quel est votre avis sur l´arrêt de Michael Schumacher en plein virage lors des qualifications ?
Il faut essayer de se mettre à la place du pilote, même si c´est difficile. Seuls ceux qui ont vécu des situations comparables peuvent tenter de comprendre. Je ne veux pas être l´avocat de «Schumi» mais les qualifications sont d´une intensité folle, encore plus à Monaco. On est focalisé sur ce qu´on doit faire. Tu peux commettre une faute folle, idiote car le mental ne raisonne plus, tu es dans un autre monde. Ce sont des automatismes. Il faut mettre les c......s à la portière et banzaï ! Ce n´est pas une excuse mais peut-être une explication. «Schumi» dit que c´est une faute, qu´il y a des éléments dont il ne peut pas parler. Bon... Il semble que s´il avait continué à braquer, il aurait pu continuer sans caler.
La FIA l´a sanctionné. Quoi qu´on pense du geste de Michael Schumacher, ou même du personnage, avait-elle de quoi justifier cette décision ?
Il a fallu attendre sept heures et vingt-deux minutes avant de connaître la décision. La FIA a entendu l´ingénieur de piste de «Schumi», le directeur sportif de Ferrari, Ross Brawn, Fernando Alonso et encore d´autres ; a visionné des vidéos, obtenu les données de Ferrari... Puis un collège de commissaires a délibéré avec Andrew Scott, le commissaire de course permanent. Alors après analyse, on se doit de respecter cette décision en se disant que l´arbitre a toujours raison. Cette décision a aussi valeur d´exemple. «Schumi» est une icône, un modèle pour les jeunes dès le karting. Il doit être irréprochable. La faute est évidente. Qu´elle soit volontaire ou non, elle est lourde de conséquences. On ne peut pas tout faire sans en payer le prix.
Ne paye-t-il pas justement le prix d´une carrière remplie d´actes douteux mais rarement sanctionnés ?
La liste des incidents impliquant Michael Schumacher débute en F3. Elle se poursuit en Sports Prototypes, puis chaque année en F1. Il est rugueux, c´est un gladiateur, et il a le défaut de ses qualités. Mais pour gagner sept titres et 86 victoires, il faut probablement être comme cela. On me disait que j´étais trop gentil. Je suis en règle avec ma conscience, j´espère que lui aussi.
En fin de course, ses temps sont impressionnants. Cela laisse forcément des regrets.
On ne gagne pas toujours en étant le plus rapide. Il faut voir les circonstances : à la fin de la course, Alonso n´avait pas à chercher le record du tour. Il lui fallait surtout ne pas commettre d´erreurs alors que «Schumi» faisait la chasse derrière Rubens Barrichello. Et puis on est encore loin des temps réalisés en qualifications.
Fernando Alonso a-t-il gagné par K.-O. face à la concurrence ?
Alonso a monté une incroyable maîtrise depuis vendredi malgré l´émotion générée par la mort d´Edouard Michelin, notamment dans les contacts avec les ingénieurs pneumatiques. Face à l´incident de Michael Schumacher, il a été l´un des seuls à ne pas tirer sur l´ambulance. Il est resté concentré et a fait preuve de beaucoup de retenue après la course. En rendant hommage à Michelin dès ses premières déclarations, il a fait la démonstration de son intelligence, de sa sérénité et sa capacité d´analyse. Monaco nécessite quand même une charge extrême de vigilance, même si c´est aussi une jouissance énorme d´avoir les clés du circuit.»