Vous pouvez lire ma nouvelle policière et me donner votre avis ?
Nectar Fatal
Il faisait froid. Un vent humide berçait le village de Villedieu-en-Sauternes. Cette bourgade pleine de vie était constituée d’un amas de maisons rougeoyantes, entourées d’immenses champs de vignes. Ce village était en effet réputé pour son fameux Sauternes, ce délicieux nectar si prisé des connaisseurs. Au centre trônait la place du marché et ses éternels crieurs.
Un homme traversa la place, se frayant un chemin à travers la cohue. Il portait un imper beige, et un chapeau cachait ses cheveux châtains. Il était mal rasé et portait une petite moustache. Son teint bronzé laissait deviner qu’il n’était pas du coin. Tous les regards se tournaient sur lui à son passage. Un groupe de commères assises autour d’un café le fixèrent ouvertement tout en jacassant. Il ne se formalisa pas, habitué de ce genre de comportements.
L’homme enfila une rue adjacente totalement déserte. Ce brusque changement ne l’émut pas et il continua à se diriger, imperturbable, vers sa destination.
Il arriva bien vite au 21, rue du Brelan de Cœur, là où l’attendait son collègue.
-Martin Dubouc est mort empoisonné. Un ami à lui était avec lui. C’est lui qui nous a avertis. Vous pouvez aller l’interroger.
-Puis-je examiner la scène du crime ?
-Bien sur Inspecteur.
L’inspecteur Lucien Badant rentra donc dans l’appartement. Il observa le cadavre et vit ses lèvres noires, signe d’un empoisonnement à l’arsenic. L’homme était mort dans son fauteuil, un verre de vin à la main. L’inspecteur sentit le vin.
-Mmm. Ca ressemble à de l’arsenic.
Il entama ses recherches dans l’appartement. Une bouteille de whisky trônait sur la table à coté d’une autre bouteille de vin, de Californie, fraichement entamée. Cette dernière était enveloppée dans du papier journal chiffonné. L’inspecteur sentit le bouchon, l’observa et distingua un étrange petit trou…une seringue aurait laissé la même trace !
-Voilà donc l’arme du crime…
Lucien décida qu’il était tant d’interroger l’ami, José Lafouine.
-Inspecteur Lucien Badant monsieur. Puis-je vous poser quelques questions.
-Je vous en prie !
-Tout d’abord, que faisiez-vous au moment de la mort de votre ami ?
-Nous parlions en buvant un verre.
-Que buviez-vous ?
-Il essayait une bouteille de vin qu’il n’avait jamais goutée auparavant. Il était œnologue vous savez…
-D’où venait-elle ?
-Aucune idée…Il m’a proposé un verre mais j’ai refusé. Je n’aime pas beaucoup le vin. J’ai préféré un verre de whisky qu’il m’a gracieusement proposé. Il a senti le vin et a trouvé qu’il avait un drôle de nez. Je me souviens qu’il avait expliqué ceci par le fait que c’était un vin étranger. Quelques minutes plus tard, il tombait raide mort dans son fauteuil…
-Savez-vous qui pourrait lui en vouloir ?
-Peut-être sa femme, Stéphanie Ciseau… Ou son frère… Une affaire de boulot je crois. Son frère était critique de vin et n’aimait pas vraiment la production de son frère. Stéphanie travaillait avec Martin. Ce dernier venait de vendre toute son exploitation, au bord de la faillite. Stéphanie avait semblé ne pas aimer cette vente…Je crois que Martin avait touché pas mal pour cette vente, mais ca ne consolait pas Stéphanie…
-Merci Monsieur…Je vous prie de rester à ma disposition.
-Bien entendu…
L’inspecteur décida d’interroger le frère. Il trouva son adresse dans le bottin. La maison, à l’autre bout du village, était spacieuse, mais pas mise très en valeur…
-A qui ai-je l’honneur ?
-Inspecteur Badant. J’ai peur d’avoir une bien triste nouvelle…Vous êtes au courant de la mort de votre frère ?
-Quoi ? Je…C’est horrible…Qui a pu faire ça ? Un fou, surement…
-Hum…Je suis désolé … Pouvez-vous répondre à quelques questions pour élucider cette affaire ?
-Oui oui…Que voulez-vous savoir ?
-Eh bien, il parait que vous êtes critique œnologue ? Il parait également que vous n’aimiez pas vraiment le vin de votre frère. Qu’avait de si mauvais ?
-Je ne pourrais pas vraiment vous le dire…Il était déplaisant, amer …
-Et il a donc vendu son exploitation.
-Oui je lui ai conseillé un ami australien amateur de vin, plein aux as. Ce dernier lui acheta à prix d’or sa récolte.
-Très bien. Merci Monsieur Dubouc. Je reviendrai surement vous interroger.
L’inspecteur repartit donc, quelque chose le gênant dans l’interrogatoire du frère. Il préféra aller voir la femme. L’ami de martin l’avait prévenu : elle n’habitait pas encore dans la maison de Martin, mais dans son appartement au centre du village. Martin et elle s’étaient récemment mariés mais elle désirait rassembler ses affaires et ses souvenirs avant son proche déménagement.
-Bonjour…(Snif)….Qui êtes-vous ? (Snif…)
-J’imagine que vous êtes au courant du meurtre de votre mari ? J’enquête là-dessus.
-Oui, on m’a avertie ce matin. Entrez-donc, il fait froid.
Il rentra à l’intérieur de la maison.
-Vous êtes étrangère non ? Vous avez un accent.
-Oui je suis américaine. Ca vous pose un problème ?
-Bien sur que non voyons. Vous étiez mariés depuis combien de temps ?
-2 semaines…
- Il parait que votre mari venait de vendre l’exploitation vinicole ?
-Oui. Ca m’a beaucoup déplu. Il ne m’avait pas concerté avant. Pourtant nous sommes associés. Ca m’a rendue furieuse.
L’inspecteur tourna la tête. Il aperçut sur le bar une…bouteille de vin californien !
-D’où vient cette bouteille ?
-Je viens de Californie et je suis habituée à ce vin. Je vais donc en acheter régulièrement chez mon négociant de vin.
-Très-bien. Vous vous entendiez comment avec son frère ?
-Ca allait. Nous n’étions pas très complices, mais nous restions très polis. Je n’ai pas vraiment aimé qu’il démonte tout le temps notre vin mais bon…c’est son job.
-Merci madame. Je vous promets de tout faire pour découvrir l’identité du coupable.
-Bonne chance Inspecteur.
Lucien Badant sortit précipitamment. Il venait de voir, près de la cheminée, un journal déchiré. Certes, cela ne prouvait rien, mais ca confirmait quand même ses soupçons : il fallait rendre une petite visite à ce négociant. Ce dernier était situé sur la place du marché. Après quelques minutes à peine, l’inspecteur rentra dans la boutique, où un petit carillon signala sa présence.
-Bonjour Monsieur. Que puis-je faire pour vous ?
C’était une vieille dame qui s’était approchée du comptoir.
-Bonjour Madame. Je voulais savoir…Est-ce que vous avez du vin Californien ?
-Désolé jeune homme. Je n’en ai pas.
- Comptez-vous en recevoir bientôt ?
-Hélas non. Personne n’a jamais acheté de vin étranger ici. D’ailleurs, les affaires vont mal. Une de nos plus grosses exploitations vinicoles a été vendue à un incapable, un australien. Il n’y connait strictement rien. C’est bien simple, il ne boit que de la bière…
-Intéressant…Merci bien Madame. Au revoir.
-Encore désolée Monsieur.
L’inspecteur venait de découvrir ce qui l’avait dérangé dans l’interrogatoire de frère.
Il se pressa d’aller au commissariat. Il trouva là-bas son collègue.
-Ah ! Bonjour Inspecteur ! Alors, du nouveau ?
-Je pense que le coupable sera jugé et incarcéré avant les prochaines vendanges…
-Déjà ? Vous avez une piste sérieuse ?
-Eh bien, en fait, le coupable, enfin les coupables, ont mal menés leur coup. Voilà comment je vois les choses : Jean Dubouc, le frère de Martin, et Stéphanie Ciseau se connaissent et s’aiment, seulement voilà : ils sont fauchés comme les blés. Ils décident donc d’ un plan. Jean présente Stéphanie à son frère. Elle feint le coup de foudre et se fait passer pour une œnologue de haut vol. Martin l’engage. Ils se marient, garantissant l’héritage. Jean pousse Martin à vendre, par tous les moyens, y-compris en publiant des critiques non-fondées. Au bord de la faillite, Martin n’a plus le choix : il doit vendre. Jean le met en relation avec un richissime australien auquel il fait miroiter un investissement en or. Ce dernier propose alors au couple une forte somme pour l’ensemble de la propriété et de la production.
Ainsi, Jean et Stéphanie se retrouvent potentiellement riches... La première partie de leur plan est achevée. Reste maintenant à supprimer Martin. Stéphanie envoie anonymement une bouteille de vin, dans laquelle elle injecte à l’aide d’une seringue de l’arsenic. Il lui fallait en choisir une étrangère, pour expliquer le gout et l’odeur du poison. C’est facile pour une américaine d’origine. Elle choisit du vin californien, l’emballe et la dépose devant chez Martin. Vous connaissez la suite…
-Eh bien…C’était bien planifié !
-Oh vous croyez. Ils n’ont pas pensé qu’on allait les cuisiner autant… Ils étaient trop excités. C’est pour ça que Stéphanie a par exemple oublié de bruler le journal déchiré ou de ranger les autres bouteilles californiennes qui, entre parenthèse, ne proviennent pas du marchand comme elle l’atteste. Je pense que nous n’aurons aucun mal à prouver que l’emballage provient du journal présent chez elle. Jean a aussi commis une infime erreur : Lors de son interrogatoire, il a directement pensé à un crime, alors que je lui annonçais seulement la mort de son frère… Bref, ce sont toutes ces petites choses qui trahissent les coupables…
-Chapeau bas inspecteur ! Je vais envoyer une brigade les coffrer…
-Si possible, j’aimerais annoncer moi-même au témoin la vérité.
-Comme vous voulez…
Jean Dubouc et Stéphanie Ciseau furent tous deux condamnés à dix ans de prison. Stéphanie se pendit la troisième année. Jean ne le supporta pas et se taillada les veines.
Quand à cet australien, bien qu’étranger au monde du vin, il est maintenant producteur d’un des plus grands crus de la région…