Oh yeah By MAX !
Interrogé par le bourgeois Primadant, sur le sort de son fils Clindor, dont il est sans nouvelle, le magicien Alcandre révèle que Clindor est devenu le valet de Matamore. Dans le passage qui suit, il est question des exploits de Matamore.
« MATAMORE. — Il est vrai que je rêve, et ne saurais résoudre
Lequel je dois des deux le premier mettre en poudre,
Du grand sophi de Perse, ou bien du grand mogor.
CLINDOR. — Eh ! de grâce, monsieur, laissez-les vivre encor.
Qu´ajouterait leur perte à votre renommée ?
D´ailleurs, quand auriez-vous rassemblé votre armée ?
MATAMORE. — Mon armée ? Ah, poltron ! ah traître ! pour leur mort
Tu crois donc que ce bras ne soit pas assez fort ?
Le seul bruit de mon nom renverse les murailles,
Défait les escadrons et gagne les batailles.
Mon courage invaincu contre les empereurs
N´arme que la moitié de ses moindres fureurs ;
D´un seul commandement que je fais aux trois Parques,
Je dépeuple l´État des plus heureux monarques ;
La foudre est mon canon, les Destins mes soldats :
Je couche d´un revers mille ennemis à bas.
D´un souffle je réduis leurs projets en fumée ;
Et tu m´oses parler cependant d´une armée !
Tu n´auras plus l´honneur de voir un second Mars ;
Je vais t´assassiner d´un seul de mes regards,
Veillaque : toutefois, je songe à ma maîtresse ;
Ce penser m´adoucit : Va, ma colère cesse,
Et ce petit archer qui dompte tout les Dieux
Vient de chasser la mort qui logeait dans mes yeux.
Regarde, j´ai quitté cette effroyable mine
Qui massacre, détruit, brûle, extermine ;
Et pensant au bel œil qui tient ma liberté,
Je ne suis plus qu´amour, que grâce, que beauté. »
Pierre CORNEILLE, L´illusion comique, acte II, scène 2, 1636.