Etant donné le retard pris sur la parution, je vous offre déjà le début du chapitre. A bon entendeur ! ^^
Chapitre 35 : En route vers l'enfer
Le soleil venait à peine de se coucher qu’Aline se levait déjà en sursaut, le front en sueur. Quelque peu désorientée, son regard oscilla légèrement, ne s’attardant que brièvement sur l’intérieur sommaire de la tente qu’elle occupait avec Fuu avant de se stabiliser enfin au bout d’une vingtaine de secondes.
- Encore cette vision, songea-t-elle en retenant un soupir.
Elle jeta un coup d’œil en direction de la couche de Fuu. Celle-ci dormait toujours à poings fermés. Ce constat amena un faible sourire sur les lèvres de la jeune femme. Fuu avait toujours eu le sommeil lourd et Aline n’était même pas sûre qu’une explosion parvienne à la réveiller. Aussi ne chercha-t-elle pas à se faire discrète lorsqu’elle s’extirpa des couvertures. Elle commençait à avoir mal à la tête et un peu d’air frais lui ferait certainement du bien.
Un vent glacial lui gifla le visage lorsqu’elle fut hors de sa tente, mais elle ne s’en formalisa pas et alla s’asseoir près du feu qui ronflait doucement sous le bois qu’il léchait goulûment.
- Tu n’arrives pas à dormir ? s’enquit une voix derrière elle.
- Tu viens de me faire frôler la crise cardiaque, répondit simplement la prêtresse à l’intention de son interlocuteur.
- Désolée pour ça, poursuivit Mia en prenant place à ses côtés tout en jetant quelques morceaux de bois dans le feu afin de l’alimenter. Je suis de garde pour le moment. Et par prudence, tu ferais mieux de ne pas quitter ta tente sans prévenir.
- On croirait entendre Akira, commenta-t-elle avec un sourire.
- En parlant d’Akira, commença la bretteuse, est-ce qu’il a toujours été aussi protecteur envers toi ?
Ce n’était pas dans ses habitudes de se mêler de ce qui ne la regardait pas, mais Mia ne pouvait pas toujours taire sa curiosité maladive. Et sans elle, nul doute qu’elle ne serait jamais parvenue à passer les barrières que Stefan se plaisait à ériger autour de lui.
- Akira et moi avons grandi ensemble, révéla Aline en se tournant vers elle. Et depuis nous avons toujours été proches.
Mia voulut reprendre la parole, mais la prêtresse l’interrompit :
- Pas comme toi et Stefan.
- Comment… ? bredouilla Mia interloquée.
- Je vois l’avenir.
- Même l’avenir immédiat ?
Elle approuva d’un bref hochement de tête.
- Et tu ne peux pas empêcher ça d’arriver ?
- Si je le pouvais, crois-moi que je le ferais. Ce don est loin d’être un cadeau, il n’y a pas plus lourd fardeau que celui de voir le futur.
- Tu es née avec ce don ? demanda Mia dont la curiosité était à présent pleinement éveillée.
- Non. Un sage me l’a transmis avant de mourir afin que je puisse un jour, à mon tour, transmettre son héritage.
Elle eut un sourire triste.
- Mais comment pourrais-je imposer une telle chose à quelqu’un d’autre ?
- Ce sage, qui était-il pour toi ?
- Je crois que nous devrions cesser là les questions. Il y a des choses qu’il vaut mieux laisser dans le passé.
Mia retint un soupir déçu. Visiblement elle n’en apprendrait pas davantage sur la mystérieuse prêtresse ce soir-là.
- Je suis encore surprise que Stefan se soit ouvert à toi, dit Aline en changeant sciemment de sujet.
- A t’entendre, ça relevait de l’impossible, déclara Mia en masquant difficilement les rougeurs qui ornaient ses joues suite à l’évocation du nom de son aimé.
- Stefan a toujours été un être très secret, précisa-t-elle, je le connais depuis des années, mais je ne sais toujours pas grand-chose sur lui.
- Excepté son avenir.
Il ne s’agissait pas là d’une question, mais Aline sentit sans peine l’interrogation sous-jacente.
- Connaître l’avenir ne t’aidera pas forcément à le changer, le changer pourrait même t’amener à faire empirer les choses. Crois-moi, il vaut mieux continuer à suivre tranquillement le courant et profiter de chaque moment. Carpe diem. Cueille le jour. Profite du moment présent.
- Tu ne me donneras même pas un indice ? insista tout de même Mia.
- Pas un seul, confirma Aline.
Elle entoura ses genoux de ses bras et se mit à contempler pensivement les flammes, signifiant ainsi qu’elle souhaitait mettre un terme à leur conversation. Saisissant le message, la bretteuse se leva et partit faire le tour du campement, reprenant sa surveillance là où elle l’avait laissée. Restée seule, la prêtresse émit un léger soupir. Elle avait espéré que cette distraction offerte par Mia aurait suffi à mettre un terme à ses idées noires, mais des images plus sombres les unes que les autres ne cessaient de se succéder dans son esprit.
- Vers quel enfer nous dirige-t-on ? songea-t-elle le cœur empli de doute et de culpabilité.