Chapitre six : Ravitaillement
- Je… Je vais aider les Marqués.
- Tu as fait un choix judicieux, et j´espère que tu sauras nous…
Kurthnaga, heureux de la décision de son invité, se réjouissait intérieurement d’avoir une nouvelle recrue. Mais son enthousiasme baissa brutalement quand Soren lui coupa la parole, préférant mettre les choses au clair.
- Mais je veux garder mon autonomie.
- … Ton autonomie? Répéta le dragon, peu sûr de lui.
- Oui. Je ne veux pas ni être forcé à rester cloîtré en ces lieux, ni être obligé de t´obéir comme un gentil petit vassal.
Le mépris se lisait clairement dans les prunelles carmines du mage. Cette lueur énerva Kurthnaga qui haussa légèrement le ton, tout en tentant de garder son calme :
- Je ne prends pas les membres du Pentacle Sanguin pour des vassaux!
- Tout sujet est vassal de son Roi, ironisa Soren, et si j´ai bien compris, tu es au sommet de la hiérarchie du Pentacle.
- Sais-tu à qui tu parles? S’emporta le prince
-Ne venez-vous pas de vous contredire en rappelant votre statut? Rétorqua Soren
- Calmez-vous tout les deux!
L’intervention de Solène les fit taire. Durant quelques instants, leurs yeux ne se quittaient pas, jaugeant l’autre comme un ennemi potentiel et un peut-être allié. Aucun des deux ne savait vraiment si la présence de l’autre serait bénéfique ou au contraire, terriblement nocive. Pas d’ambiguïté. Avec cette proposition, ils étaient conscients que la situation pourrait atteindre l’utopie ou dégénérer jusqu’à ce qu’ils en perdent le contrôle.
- Que veux-tu dire par aider les Marqués? Reprit Kurthnaga.
- C´est à eux que je veux apporter mon soutien. Pas au Pentacle.
- Et bien, c´est toujours mieux que rien! Soupira-t-il.
- Et je veux envoyer une lettre à Ike. Poursuivit Soren.
- Quel genre de lettre? Demanda son interlocuteur, avec méfiance.
- Je ne voudrais pas qu´ils s´inquiètent de mon absence, et leur expliquer que je ne reviendrais pas de sitôt.
- Accordé.
- Merci beaucoup. Je crois que l´on s´est tout dit, donc, j´aimerais prendre congé.
- Bien sur. Nous t´avons préparé une nouvelle chambre. Solène, voudrais-tu bien y conduire Soren?
- D’accord! Répondit, de façon clairement enthousiaste, cette dernière.
Sur le chemin, Solène avançait joyeusement, d’un pas semi-marchant, semi-dansant. Elle était si contente de l’accord qu’avaient passé son frère et son prince. Enthousiaste, elle parlait d’une voix joviale tandis que Soren réfléchissait encore.
- Je suis vraiment contente que tu aies décidé de rester avec nous! Même si tu gardes une certaine autonomie, on pourra accomplir de grandes choses! commença Solène pleine d´entrain.
- Mmm… Oui, peut-être, répondit brièvement le mage.
- Et puis, certainement que tu apprendras à connaître les gens de l´organisation! Poursuivit-elle.
- …
Soudainement, ses yeux de ténèbres se firent plus flous alors qu’une pensée traversa son esprit. D’une voix rêveuse, elle dit :
- Et, si tu te plais ici, tu pourrais peut-être t´y installer, on ferait connaissance, je te présenterai à père…
- Non! La coupa Soren.
- Non? Que veux-tu dires par là?
- Je veux dire que tu ne peux pas m´obliger à changer de vie, à accepter un père qui m´a abandonné, et à vivre ici! J´ai une famille à Crimea, et tu sembles l´oublier. On en a déjà parlé.
La jeune fille ne su que répondre. Elle se mordit la lèvre de remord pour avoir remis le sujet sur le tapis. Soren haussa les épaules en l’entendant bredouiller de faibles excuses avant de déclarer :
- Ce n´est rien. Allons voir cette chambre.
Tous deux plongés dans leurs pensées, atteignirent bientôt la chambre du mage.
- Voilà… C´est ici que tu dormiras. Passe une bonne nuit.
Elle partit hâtivement, fermant la porte derrière elle, mettant de la distance entre eux.
||¯|_|¯|_.°•. °•. -> <-.•° .•°._|¯|_|¯|
- Soren ! Réveille-toi!
Tôt le matin, Solène frappait à la porte de son frère. Elle avait d’importantes choses à lui dire et angoissait quelque peu devant le silence qui se présentait.
- Où est-il passé? Il ne s´est pas encore enfui tout de même? Soren!
Toujours pas de réponse. La laguz descendit les escaliers en trombe avant de chercher une touffe de cheveux verts du regard. Heureusement, elle le trouva assez vite et se précipita vers lui.
- Soren s´est enfui, lui dit-elle.
- Quoi? S´étonna Stephan. Moi qui croyais qu´il serait un peu plus sérieux maintenant…
- Pas de temps à perdre, partons à sa recherche!
Oh ils n’eurent pas à chercher bien loin…ils retrouvèrent Soren à la cafétéria de la cité, mangeant tranquillement comme si rien de particulier ne s’était passé. Quand le sage les vit, il leur lança un sourire narquois en se rendant compte qu’ils avaient traversé la ville en long et en large.
- Je ne vous avait pas dit que j´étais matinal?
- Je crois que j´avais oublié ce détail… Soupira Solène, soulagée. Quoi qu´il en soit, il faudrait que tu finisses vite de manger. Kurthnaga t´attend.
- Que me veux-t-il encore, celui-là? demanda Soren.
- C´est ce qu´on va tenter de savoir, n´est-ce pas?
- Bien. J´arrive.
Soren mangea en vitesse, et ils se mirent en route pour le bureau de Kurthnaga, qui les reçut sans attendre.
- Bonjour Soren. Bien dormi dans ta nouvelle chambre? Demanda le prince, commençant avec quelques amabilités.
- Oui, effectivement, j´ai bien dormi. Mais allons droit au but : que me veux-tu?
- Et bien, j´ai une mission pour toi, répondit Kurthnaga, apparemment désabusé par la tournure que prenait la discussion. Nous manquons de nourriture, et le puits commence à s´assécher.
- Tu voudrais que j´aille nous ravitailler?
- Oui. Evidemment, cette mission ne te seras pas confiée à toi tout seul : tu aurais du mal à conduire les chameaux.
- Bien sur… Les chameaux.
- Tu iras avec Solène, Stephan, Artémis et Athénor.
- Tu me charges d´une simple mission de ravitaillement? Je croyais être placé plus haut dans ton estime, Kurthnaga… dit Stephan d’une voix calme.
- Ne dis pas de bêtises, Stephan. Tu sais bien que je te voue une confiance totale, et que je sais que je peux compter sur toi pour tout ! ria Kurthnaga, comme s’il s’agissait d’une bonne plaisanterie.
- Bon, ne perdons pas de temps, je ne tiens pas à me perdre dans des préparatifs au point de devoir nous mettre en route demain! S´empressa Soren.
- Oui, allons-y, rajouta Solène.
Solène, Stephan et Soren se rendirent dans une petite bâtisse brune, vivement décorée avec des tissus de toutes les couleurs. En poussant la porte, un rouleau de soie fauve faillit tomber sur le groupe de visiteurs, suivi de quelques dés à coudre. Apparemment, le désordre régnait en maître ici…L’un des deux jumeaux émergea doucement de son sommeil, lové dans ce qu’il semblait être un amoncellement de tissus. Son frère le suivit immédiatement. Ils se ressemblaient comme deux gouttes d’eau. Mêmes cheveux bruns hirsutes, mêmes yeux verts délicatement relevés en amande, ils aimaient plus que tout porter les mêmes vêtements afin de semer la confusion. La seule différence entre eux était que le bandeau de tissu qui leur servait à masquer leur marque était de couleur différente : Rouge pour Athénor et vert pour Artémis. De nombreuses rumeurs couraient sur eux (l’un d’entre eux serait une fille, ils font du chantage à l’Apôtre de Begnion, etc…) mais rien n’a jamais été prouvé.
- Bonjour, Athénor, Artémis, dit poliment Solène. Comment allez-vous?
- Bien. Vous venez nous chercher pour la mission, je suppose? Répondit Athénor, réprimant un baillement.
- Bien sur qu´ils viennent nous chercher pour ça, voyons, lui reprocha Artémis.
- Euh… Comment êtes vous au courant? Les interrogea Soren.
Solène se poserait bien la même question : après tout on les avait envoyé pour les prévenir ! Mais la laguz connaissait bien les jumeaux et leur fameuse source de renseignement inconnue. Allez savoir comment, ils étaient toujours au courant de tout avant tout le monde…
- Tu serais drôlement naïf si tu pensais que tu es le premier à avoir été mis au courant de cette mission, lui répondit avec amusement Artémis.
- Ce n´est pas ce que je pensais! Rétorqua Soren.
- Pas la peine de t´énerver… C´est la première fois qu´on te parle comme tu parles aux autres? Lui fit remarquer Athénor.
- Non, pas du tout, mais…
- Pourtant c´est ce qui arrive, lui dit Artémis.
- Partons… Nous n´avons pas toute la journée, coupa Stephan.
- Oui, il est temps, rajouta Solène.
- Bien, approuva Soren qui avait hâte d´en finir avec cette conversation.