Chapitre 4: Kurthnaga
C’était le début d’une nouvelle journée. Enfin, pour Soren, c’était un peu difficile à dire. Ne pouvant voir le soleil de sa cellule souterraine, il avait estimé le temps. Depuis environ quarante-huit heures, il était enfermé dans cette sombre pièce, sans avoir de nouvelles. Les rares personnes qui lui avaient apportés des repas étaient apparemment des serviteurs qui ne pourraient pas lui en apprendre beaucoup. Enfin, il avait quand même réussi à apprendre, que cette jeune fille, Solène, commandait apparemment des troupes. Mais pour quoi ? Il n’en savait rien et n’avait d’autre choix que de laisser les réponses venir à lui.
Alors le mage attendait que l’on daigne reprendre contact avec lui, tout en se demandant comment cela se passait pour Ike, Mist et les autres.
Le mage espérait juste qu’ils aillent bien.
Puis, il entendit un grincement de porte et se tourna vers le son.
C’était Solène. Elle souriait toujours, au contraire de Soren.
-Bonjour! Comment vas-tu aujourd´hui ? Lui demanda-t-elle.
-Je ne vois pas pourquoi ça irait bien. Répondit-il sèchement. Je suis enfermé ici depuis deux jours, et je devrais aller bien?
Il était rare que le mage use d’un ton ouvertement agressif. Méprisant et sarcastique, cela arrivait souvent, méchant, c’était encore assez rare. Mais il n’avait encore jamais parlé de cette voix ou colère et exécration se mêlaient en un timbre aussi violent.
-Ne t´énerve pas…Tenta de tempérer Solène. Je voulais simplement qu´on soit amis.
-Tu voulais surtout que je rejoigne votre organisation pour je ne sais quelle obscure raison. Dit Soren, sachant parfaitement qu’il n’usait d’aucun tact.
Mais la vérité était comme cela. Inutile de l’enrober et de la dissimiler dans des mensonges pour l’adoucir.
Car que serait la vérité si elle se cachait derrière des tournures de phrases trompeuses et des mots diplomatiques ? Ce ne serait plus qu’un mensonge...
Un de plus.
-Je vais te faire visiter. Se borna à répondre la jeune fille.
-Et en plus, on me fait faire le tour du propriétaire? Ironisa Soren.
Assez fâchée, Solène se contenta de faire un signe de tête au mage pour qu’il la suive dans ces longs couloirs afin de regagner la surface.
Enfin, surface…
Soren se trouvait dans une ville souterraine, précisons-le. Une ville construite sous le sable du désert. A ce que l’on pouvait en voir, un ingénieux système de tuyaux permettait à l’air de circuler. Soren et Solène gravirent, une à une, les marches de des escaliers menant au plus haut étage de cette étrange tour souterraine. Des pavés servaient de route. Des maisons cubiques étaient construites sur la pierre. Les passants, souvent des Marqués, mais aussi parfois des Beorcs ou des Laguz, se promenaient et tous semblaient se connaître.
-Regarde comme on vit bien ici! Je suis sûre que ça te plairait…Dit Solène en faisant un effort d´amabilité.
-Des maisons rustiques, une chaleur qui vous étouffe… Je n´en suis pas certain.
-Regarde, c´est Hepha, notre forgeron!
C’était un homme imposant, qui les saluait d’un signe de main. Devant lui se trouvait son étalage d’armes, sans doute volées à des voyageurs égarés et sommairement réparées. Rouillées et usées, elles ne seraient guère efficaces.
-Je ferais des plus belles armes que lui, dit Soren.
Hepha, qui s’apprêtait à aller parler au mage, s’arrêta net. Ses yeux trahissaient sa colère et son incrédulité. Il se retint cependant de faire quelque chose de fâcheux, se bornant à retourner derrière son étal, l’air maussade.
Solène évita le regard interrogatif et blessé du forgeron et mena Soren vers un cylindre de pierre.
-Regarde… Ce puit puise son eau dans un lac souterrain. Expliqua-t-elle.
-Il est à sec, ce puit! Fit remarquer le mage.
-Mais non… Il faut juste un peu de volonté.
-Et aimer avoir soif.
Ne sachant ou se mettre, Solène choisit de dévier la conversation. Elle lui montra d’un signe de tête deux personnes se ressemblant comme deux gouttes d’eau, qui ne les avaient certainement pas remarqués, tout occupés qu’ils étaient à lire un livre sur le toit d’une maison.
-Et là, ce sont les jumeaux Athenor et Artémis… Ils sont doués pour… Beaucoup de choses.
-Comme quoi?
-Faire… Des vêtements.
-Ceux que tu portes? Et bien, je trouverai peut être un meilleur couturier.
Ce n’était qu’une provocation de plus. Solène savait que le mage ne se montrerait pas aimable. Mais ce fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase. La colère avait définitivement gagné le cœur de la jeune fille, malgré ses efforts pour la contenir. Surprenant tout le monde, elle se mit à hurler, l’écho de la ville rendant ses paroles encore plus terribles.
- Je ne vois pas pourquoi Stefan voulait t´engager!
-Il voulait certainement que je te remplace! Tu charmes peut-être bien les gens avec ta magie, mais je suis sur que côté stratégie, tu ne vaux pas un clou!
-Ah! Parce que monsieur est certainement le meilleur stratège jamais vu! S’exclama-t-elle, d’une voix ironique.
-Exactement! Répliqua-t-il.
-Et bien, de toutes façons, tu as dit que tu allais réfléchir! Tu n´as pas donné de non catégorique! Tu vas donc nous aider!
-Je crois avoir assez réfléchi! Je crois que ce sera non!
-Ha! Et tu crois pouvoir partir comme ça? On est en plein désert, mon cher! Tu mourras si tu pars!
-Et bien, je préfère mourir! Répondit Soren d’un ton sec.
Solène allait lui lancer une réplique cinglante à nouveau quand une voix légèrement grave, mais indubitablement amusée résonna derrière eux.
-Que se passe-t-il ici?
Un jeune homme, légèrement plus grand que Soren et Solène se dirigeait vers eux. Habillé d’un long manteau lie-de-vin, il était sans doute issu d’une quelconque noblesse, au vu de ses manières un peu trop distinguées pour un roturier. Ses longs cheveux noirs étaient attachés derrière son dos tandis que l’éclat de ses yeux de jais reflétaient son amusement et son étonnement. Le mage s’en méfia. Savait-il quelque chose qu’il ignorait ?
-C´est le nouvel arrivé, maître! Il me met hors de moi! Se plaignit la jeune fille.
-Il doit être effectivement énervant. Je ne t´ai jamais vu perdre à ce point ton sang-froid, Solène.
-Pourriez-vous cessez de parler de moi comme si je n’étais pas là ! Pour qui vous prenez-vous!
-Je suis Kurthnaga, le prince de la monarchie de Goldoa. Répondit le nouveau venu.
-Le prince des dragons? Mais, alors… Vous êtes celui qui nous a aidé? Dans la mer avec les corbeaux? Ike m´a beaucoup parlé de vous. Fit remarquer Soren.
-Exactement. Le commandant Ike s´était échoué au large de la région de Bivar, et les corbeaux de Kilvas l´avaient attaqué. J´ai d´ailleurs dîner avec lui il y a quelques mois.
-Oh… C´est vrai. Se rappela le mage.
-Et bien, Soren. J´imagine que maintenant, tu vas accepter l´offre? Ike t´as certainement dit que j´était quelqu´un de recommandable.
-Oui… Tout a fait. Mais ce n´est pas pour ça que je vais accepter!
-Tu es très fidèle à la description que Ike m´a faite de toi. Dit Kurthnaga.
-Pourquoi m´avoir enlevé?
-Parce que tu es, toi aussi, un marqué.
Le prince l’avait dit comme s’il s’agissait de quelque chose d’évident.
-Et alors? J´ai toujours bien réussi à le cacher! Je n´ai pas besoin de votre aide!
-Il y a une autre raison.
-A oui? Laquelle?
-Je connais bien ton père.
-Que? Vous mentez... S’étonna Soren.
-Non. Je connais ton père. Il s´appelle Gareth.
-Je n´ai pas de père! Nia le mage.
Mais Solène, qui s’était un peu effacée à l’arrivée de Kurthnaga, semblait frappée de stupeur.
-Gareth? Mais alors...
-Oui, Solène. Votre père est commun. Vous êtes frères et soeurs. Enfin, demi-frère et demi-sœur,
-Cela ne peut pas être vrai !
-Je crois que cette discussion s´arrête ici.
D’un pas digne, le prince de Goldoa s’éloigna, non sans leur avoir dit qu’il leur en révèlerait plus un peu plus tard. La foule en fit de même, tout en chuchotant sur leur ressemblance frappante. Après quelques minutes, la jeune fille se décida à reprendre la parole.
-Viens, je te reconduis à ta cellule, dit Solène avec une nouvelle attention.
-Ne me touche pas!
Il se dégagea d’un mouvement sec.
Un ancien proverbe disait : Les frères et sœurs sont comme des parties de ton corps. (Véridique !)
Alors la jeune fille eut un pincement au cœur en le voyant son frère afficher cet air maussade et renier leur lien. Elle avait un jour voulu avoir un frère. Pas lui. Mais c’était pourtant comme cela qu’elle le considérait.
Elle eut mal à cause de sa peine et de sa colère.