Chapitre 3: Solène
-Tu es un marqué… Une pourriture… Nous te haïssons!
Des échos de voix qui retentissent à ses oreilles…qu’ils cessent…
-Meurs !
Ces paroles blessantes…qu’elles se tarissent…
Ces rires méprisants…qu’ils s’arrêtent…
Ces cris de dégoût…qu’ils ne lui parviennent plus…
Ca fait mal…
Si Mal…
Pitié ! Que cette douleur cesse enfin !
…
Soren se réveilla. Il porta une main à sa gorge, d’où un cri de terreur en avait jailli. Ses cauchemars, de plus en plus fréquents, n’étaient certainement pas un bon présage…
Puis il se dressa sur son séant et regarda ou il était. Une petite chambre de pierres grises, dont la porte était faite de solides barreaux. Pas de fenêtre pour qu’il puisse estimer l’heure grâce au soleil. Il se leva, examina les murs. Pas de traces pouvant indiquer une quelconque fuite.
En esprit logique, il se força au calme pour faciliter ses réflexions. Soren se remémora la mort d’Ishtar, Stefan…
Stefan qui avait parlé d’une organisation. Le mage avait lu, quelques années avant, un livre à la bibliothèque de Melior traitant des Marqués. D´après les caractères à moitiés effacés par le temps, Soren avait compris que depuis longtemps, que les Marqués tentaient de résister dans l’ombre, attendant leur heure…
Ce jour-là, il n’y avait pas prêté attention. L’auteur du livre était réputé pour sa folie grandissante, il n’aurait pas été étonné qu’il s’agisse d’un produit de son imagination.
Pourtant…maintenant que le mage y repensait, les éléments du livres collaient assez bien aux paroles de Stefan. Si le bretteur était réellement un résistant, il devrait se trouver dans un endroit peu fréquenté, Donc…
-Ah, oui… Le désert de Granne.
Normalement, c’est là qu’il devait être. Bien qu’étrangement, le mage ne ressentait pas la chaleur étouffante qui l’avait assailli lors de son premier passage quelques années plus tôt.
Soren se remit sur ses pieds, et cria à travers les barreaux :
-Sortez moi de là!
Au point où il en était, c’était tout ce que Soren pouvait faire. Le mage espérait une réponse.
Quelques bruits de pas résonnèrent sur le sol du couloir. Soren tendit machinalement l’oreille, dans l’espoir de saisir quelques bribes de conversation :
-…Partie du groupe de mercenaires. Il est plutôt méfiant. Pour le former, tu auras du mal.
Soren serra le poing. Il avait reconnu la voix grave de Stefan.
-Ne t´en fait pas pour ça.
Le mage entendit le grincement d’une porte que l’on ouvre. Il vit Stefan, égal à lui-même, entrer dans la pièce, de l’autre côté des barreaux.
Le bretteur était suivi d’une jeune fille d’environ son âge. Un peu plus petite que lui, ses yeux d’un noir profond examinaient prudemment Soren. Elle avait un visage, pâle et fin, surmonté d’une marque de laguz dragon. Ses longs cheveux noirs d’encre, retenus par un lacet de cuir, s’accordaient parfaitement à ses vêtements sombres. Il émanait d’elle une aura de force maîtrisée, qui incitait tout adversaire un peu conscient à la méfiance et de ne pas se fier à son physique frêle et fragile.
-Bonjour! Comment te sens-tu? Lui demanda la jeune fille.
Si c’était Stefan qui lui avait posé cette question, Soren se serait gardé de répondre. Mais, étrangement, il ne se méfiait pas le moins du monde de cette fille. Comment dire…il se sentait en confiance avec elle. Jusqu’au point de lui répondre assez aimablement, pour quelqu’un qui s’est fait assommé et traîné dans une cellule sans son consentement.
-J´ai mal dormi. Comment t´appelles-tu?
-Je suis Solène. Alors, Soren. Je dois te parler, d´accord? Mais d’abord, est-ce que tu veux manger? Lui demanda-t-elle en souriant.
Le mage se rendit compte que ce n’était pas un vrai sourire. Plutôt un masque en fait. Comme celui des commerçants peu honnêtes qui cherchent à vous vendre de la camelote. Sauf que là, la situation était plus sérieuse. Sur la défensive, bien qu’il n’avait certainement pas mangé depuis longtemps, le mage se contenta d’un sec :
-Non.
-Pourtant j´entends ton ventre gargouiller, répondit Solène.
-…
-Qu´on lui apporte à boire et a manger, ordonna-t-elle, en direction de la porte.
-Bien, je vous laisse.
Le bretteur croisa le regard de Soren. Ce dernier lui envoya le plus noir de son répertoire. L’amertume était bien trop présente. Puis Stefan mit fin à cet échange en tournant les talons et en quittant la pièce. En même temps, un jeune homme entra afin de tendre un plateau à Solène. Elle le remercia. Puis, son sourire devint plus franc. La jeune fille s’assit dans un coin de la pièce après avoir donné le plateau de victuailles au mage.
-Bien, Soren. Où penses-tu être?
-Dans le désert de Granne, je suppose.
-Bien…tu as vu juste. Et que sais-tu de l´organisation Pentacle Sanguin?
-Pas grand-chose, à part que c´est pour son bien que je me trouve ici.
Soren trouvait étrange qu’elle le fasse parler autant. N’étant pas d’un naturel bavard, il se serait normalement contenté du strict minimum de mots.
-Intéressant. Je vais t´en dire plus. Le Pentacle cherche à remettre les Marqués à un niveau social égal à celui des Beorcs et Laguz. Il est dirigé par un haut placé de la société, mais je ne peux pas t´en dire plus. Tu comprends pourquoi nous te voulons avec nous? Nous voulons protéger tous les Marqués, comme toi. Tu veux bien nous aider?
-Je dois réfléchir.
-Parfait. Sur ce, je dois te quitter. A bientôt!
Après son départ, le mage ressentit des relents de magie dans la pièce. Suspicieux, il se remémora la conversation qu’il avait eue avec Solène. Puis il trouva le détail qui clochait : il avait été assommé, enlevé et emprisonné par cette Organisation et il n’avait pas directement refusé de les aider. De plus, il croyait reconnaître le sort qui permettait de convaincre plus facilement un interlocuteur, que le mage avait déjà lu dans un vieux livre. Très utilisé par les politiciens.
Conclusion : il s’était fait avoir.
En beauté.
-Ah! Elle m´a envoûté!
Cette Organisation avait miraculeusement réussi à ne pas lui arracher un ‘’non’’ définitif.
Soren soupira. Il se demandait ce que l’avenir lui réservait…