A la veille d’affronter Auxerre début février, Jérôme Alonzo nous avait promis de trouver un moment dans son planning pour se livrer longuement. Le sympathique gardien parisien, de nouveau titulaire dans la cage, n’a pas manqué le rendez-vous.
Jérôme Alonzo, vous aviez fait clairement savoir après la rencontre face à Auxerre que vous ne vouliez plus entendre parler de baraka. A Lille, vous avez donc eu la réussite des grands gardiens…
C’est avant tout une question d’état d’esprit. J’ai toujours tendance à croire que les ballons sortiront ou prendront les poteaux. Quand vous êtes positif et conquérant, la réussite penche de votre côté. Dans ma carrière, j’ai pris beaucoup de buts avant même de les avoir encaissés. Car j’étais devenu faible dans ma tête.
Quelle est la différence entre le Jérôme Alonzo actuellement titulaire et celui qui l’était il y a deux ans ?
Il a deux ans de plus et a connu pas mal de rebondissements. Il a très faim. Je suis un grand gamin de 33 ans. J’aime le football et au premier degré : faire des arrêts, amuser la galerie, accessoirement ne pas prendre de but. Mais surtout me faire plaisir. Attention, je ne considère pas du tout le foot comme un jeu. Je n’ai jamais réussi à me dire cela. Mais par contre, j’aime jouer au foot comme moi je l’entends.
C´est-à-dire ?
C´est-à-dire respecter ce que me demande le coach mais également faire ma vie une fois sur le terrain. Là-dessus, je n’ai pas changé. En 2003, il y a des domaines où j’étais forcément plus à l’aise qu’aujourd’hui car je jouais davantage. Et un gardien a besoin de beaucoup de matchs pour se sentir bien. Mais j’aime toujours autant ce que je fais.
« J’ai beaucoup de pression »
La décision de Guy Lacombe de vous rappeler dans la cage fait-elle de vous un gardien en pleine confiance ?
A partir du moment où un coach vous fait confiance et vous donne un rôle important avec beaucoup de responsabilités, c’est forcément gratifiant. Maintenant, il y a aussi un devoir de réserve car il y a Lionel. La décision qui a été prise est superbe pour l’un mais dure pour l’autre. Je ne dois pas m’enflammer non plus et penser que sur le banc, il y a un pote qui est déçu. Il faut bosser dans l’humilité et la bonne humeur. Mais toujours en se rappelant d’où l’on vient. Cela fait du bien. Je suis donc regonflé à bloc mais je me montre le plus discret possible.
Cela peut donc de nouveau s’arrêter du jour au lendemain ?
C’est ça qui nous fait avancer. Nous ne sommes pas en CDI. Si vous vous considérez comme tel, vous êtes mort. Chaque lundi matin, je remets les compteurs à zéro en sachant que je suis observé quand je joue. En même temps, je n’ai jamais été bon quand j’étais installé. J’ai beaucoup de pression, j’aime ça et je préfère avoir à démontrer chaque samedi que je mérite ma place plutôt que d’être installé dans une espèce de routine.
Comment avez-vous accueilli la décision de Guy Lacombe ?
On vous annonce cela du jour au lendemain, il faut vite être prêt. Physiquement, cela allait. J’étais au top. Mais dans la tête, il faut quasiment faire en sorte que rien ne change. Sauf que le mercredi matin, lors de l’opposition, vous êtes avec les titulaires. Le coach m’a dit que j’allais jouer et je l’ai accueilli de manière très sobre : il n’y a pas eu de merci, de bises ou de discours. Cela s’est donc passé très simplement.
« Je me tenais prêt au cas où »
Aviez-vous senti le vent tourner en votre faveur ?
Dans un avenir proche, non. Car Lionel ne déméritait pas. Mais avec mon expérience, je sais très bien que quand une équipe stagne un peu, les premiers en danger sont l’entraîneur et le gardien. Cela fait quinze ans que c’est comme ça et cela ne changera pas. Je me tenais donc prêt au cas où… Mais je ne pensais pas si tôt. D’ailleurs, je ne souhaitais pas que cela arrive car cela aurait voulu dire que l’équipe marche moins bien. Et c’est la dernière chose dont j’ai envie.
Guy Lacombe désirait un aboyeur dans son onze de départ. Ce terme vous correspond-t-il ?
Le coach me fait entrer pour les qualités que lui juge utiles pour le groupe. Car je résonne groupe, pas Jérôme Alonzo. Si je remplace Lionel, c’est que le coach pense que c’est bon pour les gars. Maintenant, peut-être que dans deux semaines, il viendra me voir et me dira qu’il s’est trompé. Mais mon objectif aujourd’hui est qu’il ne me dise jamais ça.
Pensiez-vous que le PSG manquait d’aboyeurs dans son onze de départ ?
Le coach a dit qu’il manquait de gueulards. Effectivement. Pedro Pauleta est un leader mais ce n’est pas un gueulard : c’est quelqu’un qui parle avec beaucoup de parcimonie et de justesse. Idem pour Mario Yepes. Ce sont deux capitaines indiscutables mais pas forcément des hurleurs. A moi, le coach ne demande pas d’être capitaine mais d’être une sorte d’Oliver Kahn, même si je n’aurais jamais son palmarès ni sa présence.