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A quelques kilomètres de là, un homme de taille moyenne marchait dans la ruelle principale du village. Il se confondait avec la nuit. Il était habillé de noir, et ses cheveux noirs de jais semblaient se fondre avec son long manteau sombre. Il se dirigeait lentement vers la maison d’en face, où des éclats de rire et des notes jouées à la guitare s’échappaient. Il s’arrêta à quelques mètres de la porte, et esquissa un sourire. Ces rendez-vous traditionnels du soir n’avaient pas perdu de leur charme.
- Donne moi ce chocolat Plasma, sinon je te promets que ta tête ne ressemblera plus à grand-chose dans quelques secondes, fit une voix masculine, douce.
L’homme la reconnut aussitôt. Wodryu, le pyromane du village, semblait encore énervé à cause d’un manque de chocolat. Son organisme réclamait justice.
- Dis-moi le hérisson blond, tu crois que ce sont tes bombes artisanales qui vont me faire peur ? Ajouta la voix de Plasma, plus aigue et plus vive que celle Wod. A priori, il prenait un malin plaisir à le narguer.
- Peut être que si je t’en colle une dans le buffet ça te fera changer d’avis non ?
- Possible… Tiens, prends-le ton chocolat ! Ah ah ! C’était une blague… Attrape-le plutôt !
L’homme en noir décida enfin de rentrer. Une violente douleur le prit au front, et il vit très vite des étoiles à la place d’un charmant salon ou la bonne humeur et l’humour régnaient.
- Oups ! Désolé Ekud je ne t’avais pas vu ! Je pensais jeter cette tablette de chocolat à l’entrée pour l’énerver mais à priori tu t’es ramené au mauv…
Plasma n’eut pas le temps de finir sa phrase. Le dénommé Ekud était déjà sur lui, le poing levé, un sourire de fou sur les lèvres. Puis après quelques instants il se releva, laissant un Plasma déconfit qui semblait enfin regagner quelques couleurs. Du haut de son bon mètre quatre vingt-quinze et de ses trente et un ans, Plasma était taillé comme une planche. Au premier abord, n’importe qui aurait pu dire que Plasma était grand mais incapable de chasser le gros bétail. Pourtant cet homme fin avait chassé autrefois à la grosse épée, ce qui exigeait du chasseur une force considérable. Derrière cette apparente faiblesse se cachait donc un titan aux dons d’épéiste plus que bons. Il avait les cheveux noirs coupés courts, les yeux marron et une tête qui le rendait d’emblée sociable. Il se releva, et Ekud arracha un sourire forcé.
- Ca va pour cette fois. N’empêche qu’il fallait que j’entre dans la pièce à ce moment là précis et pas après.
- C’est ce qu’on appelle être douzé Ekud, fit une autre voix dans son dos, plus posée que celle des autres.
Ekud se retourna pour faire face à Yami, qui se retenait difficilement de rire. De même taille qu’Ekud, il avait quant à lui des cheveux blancs, mais aussi longs que lui. Une petite atebas lui tombait sur le côté du visage. Il avait voulu concourir avec Kali mais avait vite été dépassé. Kali avait relevé le défi et était revenu le lendemain, les cheveux dreadés et avec plusieurs atebas de couleurs vives. Yami s’était vite contenté de garder ses cheveux raides comme il les aimait. C’était il y a dix ans. Il était relativement carré, et continuait à s’entraîner aux Duals, ses armes de prédilection. Maître dans l’art de l’ambidextrie, Yami avait fait ses preuves dix huit ans plus tôt de la même manière que les autres. A ceci près que ses sens s’étaient développés bien au dessus de la moyenne. Il avait même hérité quelques instants des sens d’une des chimères, le Kusha. Après cette transe passagère, il s’était montré bien plus adroit qu’auparavant, et était devenu un guerrier sur qui on pouvait compter pour n’importe quoi.
A ses côtés, Wod mangeait enfin son précieux chocolat, les yeux fermés. Ce grand blond aux cheveux coiffés naturellement en piques (oui, naturellement, au grand malheur de ceux qui avaient essayé de les aplatir) rivalisait en minceur avec Plasma. Bon épéiste, il s’était aussi spécialisé dans la pyromancie. Il faut savoir qu’il n’était pas rare d’entendre des détonations à toute heure de la journée. Wod aimait bien confectionner de nouvelles bombes artisanales. Nul doute qu’elles étaient extrêmement puissantes. Ses yeux bleus quant à eux perçaient le regard des autres. Plutôt réfléchi, il lui arrivait cependant de se doter d’un cynisme à tout casser. Son humour noir semblait essayer de rattraper celui d’Ekud, mais difficilement.
Malgré ce que l’on aurait pu penser, Ekud se sentait enfin dans son élément. Malchanceux à l’extrême, c’était pour lui et ses amis un rite de vie. Il avait de longs cheveux noirs qui lui arrivaient au milieu du dos et tombaient sur son visage. N’importe qui ne le connaissant pas passait son chemin après avoir croisé son regard. A l’opposé de Plasma, il aurait fallu être un peu fou pour s’en approcher. Associable au possible de l’extérieur, lorsqu’il se mettait à sourire, son visage devenait celui d’un grand comique. Chaleureux et serviable, il se transformait en bête enragée au combat. Dix huit ans plus tôt il avait pu démontrer ses dons certains dans l’artillerie lourde, légère et le tir à l’arc. Pourtant, une carrure importante se rapprochant de celle de Kali aurait pu le faire devenir un excellent épéiste. Tout comme Wod et Kali, il était doté d’un cynisme extrêmement développé. Mais évidemment, derrière cette carapace se cachait peut être l’homme le plus à l’écoute du groupe, ce qui avait littéralement séduit Kali lors de leur rencontre. Se poser avec lui faisait partie pour Kali de ces moments de bonheur.
Une main qui se posa sur son épaule droite le sortit de ses pensées. Une main massive qui avait fait des miracles des temps où la chasse faisait partie des habitudes du groupe.
- Tu veux boire quelque chose ?
- Avec plaisir Cronos, répondit Ekud en s’asseyant avec les autres autour de la table ronde du salon.
Cronos était grand et massif. Cet amas de muscles suffisait à lui seul à convaincre n’importe qui. Sous ses airs de sérieux aux traits prononcés et cheveux noirs coupés courts se cachait un grand comique et un homme au courage et à la générosité exemplaires. Sur ces trois derniers points là on pouvait aisément le rapprocher à Kali. La où la différence était flagrante, c’était du fait que Cronos était plus vieux, plus expérimenté que le groupe et plus débrouillard. Il était aussi, malgré la forte musculature de Kali, bien plus imposant. Il était beaucoup plus tête brulée et fonçait donc dans le tas facilement sans se poser de questions. Sa notoriété de grand chasseur avait monté en flèche dix huit ans grâce à cette qualité. Kali lui, réfléchissait trop. Et le reste de groupe suivait le mouvement, fonçant la plupart du temps dans le tas, que ça plaise ou non.
Plusieurs chandelles illuminaient la pièce. La maison de Cronos était similaire aux autres, à la différence près qu’elle comportait une gigantesque armurerie à l’arrière. Cronos y avait entreposé ses « souvenirs » de chasse. Il la partageait avec Ayri, une infirmière du village. Ils s’étaient rencontrés à l’hôpital de Maanselkä, leur village natal. Ils étaient partis s’installer ici suite à la reconstruction du village. Certains soirs en semaine, le groupe de chasseurs se retrouvaient ici, parfois avec les femmes du village pour partager leur bonne humeur quotidienne. Ce soir là en revanche, les femmes semblaient dormir. La guitare reprit sa mélodie. C’était Plasma qui venait de s’y remettre, accompagné aussitôt par Yami. D’habitude, un troisième guitariste venait les rejoindre, mais ce soir il en était tout autre.
- Quelqu’un a vu Kali ce soir ? Demanda Ekud.
- Non justement, je trouve ça bizarre d’ailleurs, c’est toujours lui qui est en retard mais bon là il est onze heures passé quand même… Répondit Yami, enchaînant une mélodie avec Plasma.
Ekud se renfrogna sur son siège, et attrapa le Whiskey Pur Feu que lui tendait Cronos. Ce dernier s’assit à ses côtés en buvant d’un coup son Saké.
- Et Yuri ? Vous l’avez vu ? Demanda enfin Wod, qui venait de finir son chocolat. Il se léchait à présent les doigts.
- Non plus, répondit Plasma. Mais ce qui est encore plus bizarre, c’est que je n’ai pas revu Oriane revenir après l’avoir vue partir en début d’après-midi en forêt.
- Exact, elle est venue nous voir aussi, répondit Cronos. Yami approuva, ainsi que Wod.
Ils avaient arrêtés de jouer à présent. Un silence malsain s’abattit sur la pièce. Ekud se leva d’un bond, saisit par une pulsion de doute.
- Je reviens, dit-il précipitamment en sortant de la maison. Ils se regardèrent, ne pouvant cacher leur légère inquiétude.
- Non mais c’est juste notre imagination les gars, qu’est-ce qui aurait pu leur arriver de toute façon ? Hein ? Sérieusement ? Demanda Plasma.
- Ouais c’est vrai, les portes du village sont fermées, des gardes patrouillent la nuit contre les éventuels braconniers en forêt mais c’est tout. Pas de quoi faire un drame, dit Yami.
Ils entendirent des bruits de pas précipités au dehors, puis Ekud entra en trombe dans le salon, épuisé.
- Il… n’y a… *kof* personne. Personne chez…. eux *kof*.
Il s’arrêta un moment de parler, et reprit sa respiration.
- Il n’y a personne. Et pire, j’ai été voir dans l’armurerie de Kali et son Katana n’était pas là. Idem pour Yuri. Ses Duals ont disparu.
Le reste du groupe se regarda un moment. Puis tous se levèrent en trombe, raclant les chaises dans un bruit infernal. Puis ils sortirent au dehors.
Le groupe de chasseurs se regroupa sur la place du village, à la lueur des torches.
- On fait quoi ? Demanda Yami.
- Je propose que l’on aille s’équiper et que l’on parte à leur recherche, proposa Cronos.
Ekud refusa.
- Je pense qu’il est préférable d’enquêter un peu avant. On demande chacun de notre côté aux différentes personnes du village, ce ne sera pas bien long, et plus efficace. Après nous jugerons si oui ou non on y va. OK ?
Le groupe acquiesça et se divisa.
Ils revinrent tous au bout de longues minutes, essoufflés. Ekud fut le premier à prendre la parole.
- Amélie m’a dit qu’elle avait vu Oriane partir en début d’après-midi, comme tu l’as dit Plasma. Près, plus rien. Et ça ne l’a pas plus dérangé que ça au départ, mais elle trouve ça bizarre maintenant car d’habitude elle passe à son retour chez nous.
- Ayri a vu Kali et Yuri partir en direction de la forêt il y a quelques heures seulement, dit précipitamment Cronos. Ce que dit Amélie confirme mes craintes…
- Moi on m’a dit que Kali était revenu au village seul de son coucher de soleil, comme d’habitude, mais en courant. Et ça, ça a troublé le bûcheron du coin, dit Wod.
- Merde… Moi et Yami on est allés voir des gens et ils n’avaient rien remarqué ou ils ont vu le couple partir discrètement, et armés, dit Plasma, soucieux.
- Bon les gars… Je crois qu’il est temps de voir si on n’a pas perdu la main… dit doucement Yami.
Ils se regardèrent tous, sans voix. Puis ils tressaillirent. Un hurlement de désespoir retentit au loin, vers la forêt. Ils le reconnurent tous. Un hurlement qui venait des tripes, plein de haine et de chagrin. Celui de Kali. Il n’en fallut pas plus pour qu’ils partent chacun de leur côté, et reviennent quelques minutes plus tard, équipés. Ils avaient pris soin de ne pas prendre d’armure et de rester habillés normalement. Ils privilégiaient la légèreté. Ekud avait pris son plus bel arc, et toutes sortes de flèches aux huiles diverses. Yami aiguisait ses Duals oranges et grises, prêt à pourfendre au moindre signe. Cronos était avec sa légendaire Eternal Annihilator, capable de découper comme du beurre du dragon.. Plasma aiguisait lui aussi une massive épée grise, la Chrome Razor, une lame pleine de poison. Wod attachait plusieurs bombes à sa ceinture. Il avait troqué sa GS contre un prototype qu’il avait conçu. C’était une lance en premier abord, à la différence près que cette lance pouvait tirer à coup de mortier à distance, ou faire objet lance roquette. Très pratique. Il ne manquait que deux personnes pour retrouver le groupe d’antan.
Ils se mirent à courir vers la forêt, sans un mot, dans la direction ou le hurlement avait retentit.