Qui a tué l´auto électrique ?
Par Patrick Garcia le 30 mai 2006 | (7) Commentaires | Permalink
Le festival du film indépendant de Sundance aux USA est souvent l´occasion pour les minorités et les militants de tout poil de faire entendre leur voix. En Juin prochain, le "Michael Moore" de l´automobile, un certain Chris Paine, présentera un documentaire polémique baptisé "Qui a tué la voiture électrique". Chose encore plus étrange, c´est le Studio Sony qui produit le film. Ou quand le cinéma devient tribune économico-politique.
Le film est basé sur l´enquête d´un avocat, Doug Korthof, qui explique comment les compagnies pétrolières ont sapé le développement des ventes de voitures électriques en empêchant les études et la diffusion des batteries à haute capacité.
Korthof avance que GM fut le premier à racheter les droits des batteries NiMh à Panasonic/Toyota. Ceux-ci furent cédés au géant pétrolier Texaco qui fusionna ensuite avec Chevron, une autre compagnie pétrolière.
Korthof accuse alors Chevron d´avoir tué le programme Toyota RAV4-EV (Electric Vehicle) grâce à la détention de ces brevets.
Dans le même temps, GM étudiait un programme d´auto électrique, appelé EV1. Toujours selon l´avocat, le prix de vente aurait pu être de 25.000$. Au lieu de ça, GM aurait carrément envoyé les prototypes au pilon, stoppant le programme.
Korthof, militant de l´auto propre au même titre que le réalisateur Chris Paine, nous dit que le brevet appartenant à Chevron n´expirera qu´en 2014 et qu´il faudrait se bouger avant cette date pour proposer à la vente des voitures électriques qu´il pense être capables aujourd´hui de dépasser les 200 km d´autonomie et plus, si celle-ci est couplée à un moteur essence de 40 ch destiné seulement à recharger les accus.
Pour Korthof, le système de la Toyota Prius n´est pas satisfaisant puisque l´auto fonctionne encore principalement en mode thermique.
Autres lobbys pointés du doigt dans le film, les garagistes et les revendeurs de pièces détachées qui n´ont aucun intêret à voir débouler des autos dont l´entretien ne requerrait plus autant de visites par leurs officines.
Alors, démagogie partisane, délire paranoïaque ou vérité vraie, rien ne permet vraiment de trancher le débat mais l´objet même de ce film n´est que de bousculer un peu les consciences américaines. Même si pour ça, il tente assez grossièrement de faire vibrer la corde puritaine et moraliste de l´américain de base, prompt à s´enflammer contre les odieux mensonges de ses élites ou de ses entreprises.
Michaël Moore le fait déjà pour la politique.
Mais une question reste en suspens: que fait Sony la dedans ?
Se poser en blanche colombe face aux puissances de l´ombre peut se révéler contre-productif dès lors que les véritables intentions du dénonciateur, souvent purement mercantiles, sont mises à jour.
Sony investirait il dans la batterie ?
