Article de Macgeneration.com:
L’avènement de Mac OS X a coïncidé avec un double changement : le développement d’une collaboration poussée entre Apple et le monde du logiciel libre, et l’arrivée massive sur notre plate-forme de logiciels venus des mondes Linux ou Unix. Ces deux éléments, bien sûr intimement liés, n’en sont pas moins les symboles d’une profonde évolution, à la fois dans la stratégie d’Apple et dans les possibilités offertes aux utilisateurs de Mac.
Mais, comme souvent dans l’histoire d’Apple, cela ne s’est pas fait sans quelques incompréhensions avec les acteurs du monde du logiciel libre.
Collaboration étroite
L’origine de la présence de plus en plus grande de logiciels issus du monde libre sur nos Mac est bien sûr liée au choix de fonder Mac OS X sur Unix, ce qui a fait entrer Apple dans le cercle des vendeurs de ce type de systèmes d’exploitation.
Depuis cette annonce, Apple a fait de nombreux pas vers la communauté open source, essayant de tirer profit de la capacité de réaction et d’innovation de ses développeurs. À l’instar de Darwin, le coeur de Mac OS X, dont les sources sont disponibles, Apple a mis à la disposition des développeurs d’autres projets, comme Rendezvous ( aujourd’hui appelé " Bonjour") ou bien le Darwin Streaming Server ( un serveur de streaming multimedia qui est à la base de QuickTime Streaming Server).
Apple a aussi apporté des améliorations au compilateur libre gcc afin qu’il génère des applications de meilleure qualité : gestion de l’architecture PowerPC, des spécificités du G5, et meilleure prise en charge de l’Objective-C.
Je t’aime moi non plus
Cependant, comme souvent quand une entreprise s’essaie à établir des liens privilégiés avec la communauté du logiciel libre, les choses ne se sont pas déroulé de manière simple.
De nombreuses voix ( et non des moindres : celle par exemple de Linus Torvalds) se sont un temps élevées contre les choix ( technologiques ou stratégiques) d’Apple. Il est vrai que la firme de Cupertino n’a pas toujours par le passé fait preuve d’une grande ouverture...
Malgré tout, après une période d’observation réciproque, il semble que le pari d’Apple soit en passe d’être gagné : être reconnu comme un membre à part entière de la famille des développeurs et vendeurs de solutions liées au monde libre.
Un tournant important a été franchi lors de l’annonce de la sortie de Safari ( basé sur le navigateur libre KHTML de KDE). En janvier 2003, Steve Jobs a pris soin de féliciter les développeurs de KHTML de leur travail, et Apple a pris contact rapidement avec eux pour les assurer de leur collaboration.
Bien sûr, le fonctionnement et les décisions d’Apple restent avant tout ceux d’une entreprise dont l’objectif est de faire des bénéfices, loin de l’état d’esprit qui anime les développeurs du mouvement Open Source. Les esprits chagrins pointent du doigt le caractère intéressé des initiatives d’Apple : si les sources de Rendezvous sont rendues publiques, c’est surtout pour en promouvoir l’utilisation, et si les améliorations faites à KHTML ont été remises à l’équipe KDE, c’est parce que la licence LGPL oblige Apple à le faire.
Il est cependant indéniable qu’Apple a réussi, depuis la présentation de la première bêta publique de Mac OS X, à se rapprocher grandement du monde du logiciel libre, et à établir avec lui des relations privilégiées, comme l’a confirmé l’embauche de Jordan Hubbard ( l’un des fondateurs de freeBSD).
On a tous à y gagner
Néanmoins, et une fois mises de côtés ces relations parfois houleuses, la véritable révolution de l’Open Source, c’est dans nos Mac qu’elle se passe maintenant.
Si l’adoption de Mac OS X a très vite permis à des utilisateurs chevronnés de profiter des nombreuses applications libres, celles-ci étaient au départ les grands classiques : Apache, PHP, MySQL, parfois accompagnés d’une interface graphique pour en faciliter la configuration.
Peu à peu, conjointement avec les efforts réalisés pour l’adoption de ces solutions sous Linux, de nouvelles applications libres sont apparues sur notre plate-forme. Il est difficile de les citer toutes, et ces applications mériteraient de s’y attarder plus longuement, mais des logiciels libres comme The Gimp ou Open Office permettent aujourd’hui de réaliser toutes les tâches principales de l’informatique sur un Mac, grâce à des solutions libres.
L’horizon des possibilités du Macintosh s’en trouve donc grandement élargi ( alors même que c’est le reproche le plus fréquent fait à Apple : le manque de logiciels disponibles). Avec l’avènement des logiciels libres et leur arrivée en force, cet argument perd de sa valeur. Lire des vidéos, tenir sa comptabilité, écouter de la musique, encoder en de nombreux formats vidéo ou musicaux, mettre en place un firewall ? Autant de choses possibles facilement avec des logiciels libres ( VLC, gnucash, mencoder,...).
Mieux encore, dans la foulée de ces projets connus et reconnus, le nombre de développements libres pour Mac OS X a augmenté de manière importante. Pour preuve, le site Sourceforge.net, qui héberge de nombreux projets, recense à ce jour plus de 3000 projets pour Mac OS X ( contre 5000 pour Windows).
Cependant, les problèmes rencontrés par certains projets rappellent que tout n’est pas rose. Il est parfois difficile de mobiliser des développeurs, des testeurs ou même des utilisateurs sur Mac pour leur faire découvrir ou réaliser de nouveaux logiciels. La multiplicité des tentatives de rendre OpenOffice mac-friendly, la qualité relative de certains développements ( qui n’atteignent jamais, ou que trop tard, des versions stables), la lenteur de certains projets, ou la complexité à les installer ( utilisation de X11) sont encore des freins à l’adoption de ce type de logiciel.
Le jeu en vaut malgré tout la chandelle : le monde du logiciel libre regorge de projets qui valent le détour.
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