La pluie battait son plein. Le visage sous une capuche de cuir restait invisible, hormis une longue et broussailleuse barbe qui avait sûrement été rousse dans une autre vie, mais que les aléas des voyages avaient teints en un marron sale. Une impressionnante hache se trouvait dans son dos. La tunique de cuir était presque entièrement cachée par une large cape d’une laine grossière d’un vert maladif. Se servant d’une vieille charrette renversée pour s’abriter de la pluie, le voyageur s’assit, et entreprit de faire un feu. L’individu se servit de quelques planches à peu près sèches de l’épave, et bientôt apparut un mince filet de fumée, qui laissa place à une légère flambée. Le voyageur pris une pipe dans sa main droite, ainsi qu’un peu de tabac dans sa main gauche. Il les lança brusquement dans les airs, dégaina sa hache et dans la poursuite du mouvement décapita un des gobelins qui se montra moins discret que ses acolytes.
Se sachant découvert, le reste de la troupe s’élança par-dessus la charrette. L’un des athlètes n’arriva au sol qu’en deux parties, tandis qu’un autre se retrouva brusquement sans tête. Les gobelins s’arrêtèrent quelques instants pour mesurer la puissance de cet adversaire plus agressif que prévu. Ce qu’ils prenaient pour un simple voyageur nain se tenait nonchalamment devant eux, la main droite tenant la hache se reposait sur une épaule. Le nain tendit la main gauche pour récupérer sa pipe et son tabac, avant de les ranger dans un recoin de sa tunique. Puis il se jeta brusquement sur les gobelins, qui ne réagirent qu’après avoir perdu deux des leurs. Les lames primitives ne perçaient pas la défense experte du nain, et ne pouvaient arrêter les contre-attaques mortelles. Une ouverture, un mort. Les larges moulinets de la hache inversèrent la tendance du combat, et de proie, le nain passa chasseur. Laissant dans les airs une légère traînée bleue, l’énorme hache runique démembrait les gobelins, brisait les boucliers, broyait les os. Ils ne furent bientôt plus que deux à se retrouver en présence du nain. Ce dernier rangea sa hache, et attendit. Les gobelins après s’être regardés attaquèrent finalement. Leurs bras furent stoppés, puis un craquement sinistre indiqua des nouvelles pour le moins mauvaise pour les deux propriétaires. Les hurlements de douleurs furent stoppés quand l’un des gobelins fut projeté avec force contre son camarade, leur fracassant le crâne à tout les deux.
Le nain alluma sa pipe, et décida de reprendre son chemin vers Minas Tirith. Les âmes de ses camarades réclamaient plus que cela.