Le fétichisme du pied est sans doute l’un des plus fréquents, enfin, l’un de ceux qui s’expriment le plus ouvertement. Dans le langage, beaucoup d’expressions font référence aux pieds en invoquant la déférence, le respect, ou au contraire le mépris, la brutalité.
Se prosterner aux pieds de son idole et lui baiser les pieds est un signe d’adoration de soumission de respect. Fouler, piétiner un objet exprime la rage, la colère, le mépris, au sens figuré, c’est faire peu de cas de l’autre. Des expressions comme « lèche bottes » désignent les comportements obséquieux d’une personne qui n’a pas beaucoup de fierté et qu’on peut donc utiliser comme un vulgaire chiffon.
Le désir de posséder de multiples paires de chaussures et de bottes va chez certaines femmes jusqu’à la plus complète addiction. Dans un entretien avec la revue ELLE, Catherine Deneuve affirmait : « si je suis fétichiste, c’est des chaussures… ».
Le fétichisme du pied et de la chaussure a des origines très anciennes, dans l’Antiquité romaine, on cite le cas du Sénateur Lucius Vetilius qui dissimulait sous sa toge les souliers de sa maîtresse afin de pouvoir les toucher, les baiser, en humer l’odeur. Les courtisanes athéniennes se chaussaient de sandales dont la semelle gravée laissait une empreinte dans le sable, il restait écrit « suis-moi » après leur passage.
Le conte de fées « Cendrillon », met en scène un prince tout à fait fétichiste, il ne lui reste de sa belle qu’un de ses souliers de bals, la fameuse pantoufle de vair (le vair est un des noms qui désignent le petit-gris, sorte d’écureuil dont la fourrure était très appréciée des élégantes). Le Prince charmant, muni du joli petit soulier, parcourt inlassablement ses terres à la recherche de celle qui pourra le chausser. L’analogie entre le soulier et le vagin a souvent été relevée dans l’interprétation psychanalytique des fantasmes fétichistes et, plus largement des mythes. L’expression « trouver chaussure à son pied » prise en ce sens est sans équivoque !
Le talon aiguille ne fait pas l´unanimité, et déclenche même des avis très opposés, certaines y voient un outil de séduction, d´autres, comme les féministes des années 70, un outil d´oppression.
Les talons aiguilles symbolisent la domination, la séduction, ils grandissent celle ou celui qui les porte, ils modifient la posture, faisant saillir les muscles des jambes, accentuant la cambrure des reins, et projetant la poitrine vers l’avant. Aucune étude scientifique n’a encore prouvé que le port de talons aiguilles pouvait avoir des répercussions sur le désir féminin. En revanche, il semble constituer un puissant stimulant de l’imagination masculine. Encore, qu’il existe aussi des fétichistes de la basket !
Les talons vertigineux s’associent également à des pratiques de soumission, ils ne permettent guère de courir, et complètent à n’en pas douter le tableau d’une femme objet, limitée dans ses mouvements, soumise à la volonté de celui (ou celle) qui impose le port de tels accessoires.
Ces souliers rappellent un peu le traitement que subissaient les Chinoises pour rapetisser leurs pieds et les rendre tout à la fois incapables de se déplacer, mais dignes d’adoration. Être belle impose des souffrances parfois cruelles.
Amazones et dompteuses
Dans le camp des prédatrices et autres dominatrices figure un accessoire incontournable : la botte, voire la cuissarde.
Dans les années 80, Serge Gainsbourg chantait « Jusques en haut des cuisses, elle est bottée, et c’est comme un calice à sa beauté. »
Les bottes lacées évoquent la dompteuse, la dresseuse de fauves qui fait claquer son fouet, l’écuyère acrobate, l’intrépide héroïne, la chasseresse.
La femme bottée intègre à sa personnalité ce zeste de masculinité qui la rend à la fois dangereuse et attirante, c’est une guerrière qui pourra conquérir, capturer, et s’enfuir, telle l’amazone, libre de toute contrainte.