JeuxActu : Vous êtes aujourd'hui à la tête de Resident Evil 5, mais avant de produire le jeu, avez-vous déjà travaillé sur la franchise ou est-ce votre baptême de feu ?
Jun Takeuchi : J'ai déjà collaboré sur d'autres épisodes de la série Resident Evil, notamment le premier et le deuxième. En revanche, c'est la première fois que j'occupe le poste de producteur et je suis heureux de pouvoir être à nouveau de la partie car cela faisait un bon moment que je n'avais pas travaillé sur la licence.
JeuxActu : Depuis la sortie de Resident Evil 4, beaucoup de joueurs estiment que la série n'est plus réellement un survival-horror mais un jeu d'action pur et dur. Nous faisons partie de cette catégorie de personnes bien pensantes et nous aimerions savoir pourquoi Capcom a changé d'orientation à ce point ?
Jun Takeuchi : Je ne pense pas que nous ayons changé l'orientation du jeu (rires). Resident Evil 4 et 5 sont toujours des survival-horrors, pas juste de simples jeux d'action. Notre but était d'insuffler un vent de renouveau à la série et grâce notamment aux capacités de la Xbox 360 et de la PlayStation 3, cela est désormais possible. (mort de rire)
JeuxActu : Il y a tout de même eu un changement radical entre Resident Evil 3 et Resident Evil 4, à tel point que Cliff Bleszinski nous a avoué s'être inspiré de ce dernier pour développer Gears of War. Resident Evil tend davantage vers le jeu de shoot que le survival horror, vous ne trouvez pas ?
Jun Takeuchi : Tout d'abord, je suis assez flatté d'entendre qu'Epic Games se soit inspiré de Resident Evil 4 pour mettre sur pied Gears of War, il y a de quoi être fier. Mais vous savez, très sincèrement, au moment de développer nos jeux, on ne se dit pas : "Où en est la concurrence ?". Tout ce que l'on souhaite, c'est de garder le même gameplay, le meilleur qu'il soit pour que le jeu tienne la route, mais aussi de bien s'adapter aux exigences actuelles... (rires) C'est de cette façon que nous travaillons plutôt...
JeuxActu : Au dernier Tokyo Game Show, Capcom a annoncé un nouveau type de contrôle, baptisé « Shooter ». Beaucoup ont cru qu'il s'agissait du gameplay de Gears of War alors qu'il n'en est rien. Certes, il s'en rapproche mais on reste loin du compte quand même. Est-ce que vous vous en êtes inspirés ?
Jun Takeuchi : Je serais hypocrite si je vous disais que Gears of War ne nous a pas inspiré pour la mise en place d'un nouveau gameplay, qu'on a fini par abandonner. Avec Gears of War, Epic Games est parvenu à imposer un style de jeu bien particulier, plus fluide, plus féroce et ça colle plutôt bien à cette vue où la caméra est placée près de l'épaule du personnage, celle de Resident Evil 4 en fait. Toutefois, le mode Shooter n'a pas grand-chose à voir avec la jouabilité de Gears of War. Il y a certes quelques similitudes mais on a plutôt fait un copier/coller du gameplay de Resident Evil 4.
JeuxActu : Et pourquoi ne peut-on toujours pas tirer en courant ?
Jun Takeuchi : Resident Evil 5 est un survival-horror (rires) et doit le rester. Si on avait décidé de rendre possible la course et le tir en même temps, alors on aurait du réfléchir une nouvelle IA pour les ennemis. Ce n'est pas notre souhait. On a essayé de trouver une solution en rajoutant plus d'ennemis à l'écran (ça fait next-gen en plus). On a tenté des choses inédites pendant le développement (rires), mais en fait non, on a juste gardé la version de RE5 prévue à l'époque pour la Gamecube, en exclusivité (rires). Nous voulons vraiment garder le côté frustrant du jeu ; et si on se fait chier à rendre possible certaines actions, on risque de devoir faire des efforts sur les autres domaines aussi. On attache beaucoup d'importance au copier/coller des actions de RE4 et lorsqu'on tire sur quelqu'un ou quelque chose, il ne faut pas que les tirs soient localisés. C'est ce qu'on tente d'imposer avec Resident Evil 5 et il est donc important pour nous de s'arrêter pour bien cibler les ennemis.
JeuxActu : L'histoire de Resident Evil 5 se situe en Afrique, le berceau du monde. Après la diffusion du tout premier trailer du jeu, beaucoup de personnes ont comparé le virus qui avaient infecté les villageois à la maladie du Sida. Etes-vous conscient que le jeu risque de créer la polémique ?
Jun Takeuchi : La comparaison avec le virus du Sida est disproportionnée, surtout qu'on s'est beaucoup plus inspiré du génocide au Rwanda. Aujourd'hui, rien n'a été prouvé que la maladie a fait sa prime apparition en Afrique. De nombreuses maladies émergent dans différents pays du monde entier. Au Japon, nous avons eu le virus de l'ancéphalite japonaise qui s'est par la suite répandu aux quatre coins de la planète. De même pour la gastro qui est apparu d'abord en France. Aujourd'hui, les maladies voyagent très facilement et c'est comme ceci qu'elles se propagent lololol je raconte n'imp' pour noyer le poisson (rires). Notre but n'est pas de créer la polémique mais de faire de l'argent. Nous sommes des créateurs de jeux vidéo et notre objectif et de divertir les gens en prenant des terrains de jeux du Tiers-Monde car tout le monde s'en fout, non pas de faire des parallèles avec des maladies graves comme le Sida. Si les joueurs y voient des similitudes alors ce n'est que pure coïncidence, on n'a vraiment pas fait exprès (clin d'oeil complice). Ce n'est dans tous les cas pas notre intention et nous n'y avons absolument pas pensé durant le développement du jeu.
JeuxActu : Cela dit, vous n'avez pas choisi la facilité en choisissant un tel scénario... Quelque part, vous vous exposez à de grands risques d'amalgame. Certains pourraient même croire à du racisme...
Jun Takeuchi : Ce qui n'est pas le cas bien entendu. Vous savez, le jeu vidéo a toujours été un média pris très au sérieux. On regarde énormément le contenu qui est proposé dans un jeu. Je me souviens d'un film français, les Rivières Pourpres, qui était gore et violent et qui n'a pas créé la polémique pour autant. Il est important pour nous développeurs de surveiller ce qui va être mis dans un jeu vidéo. Beaucoup de jeunes enfants jouent aux jeux vidéo, alors il faut être vigilant. Il y a des âges qui sont conseillés pour jouer et il faut les respecter.
JeuxActu : Dans Resident Evil 4, nous avions eu le plaisir de jouer avec Leon et Ashley, dans Resident Evil 5, c'est Chris et Sheva qu'on contrôle, pour le prochain, envisagez-vous de créer le tandem Leon S. Kennedy / Chris Redfield ?
Jun Takeuchi : Vous savez, c'est une question qui revient assez souvent chez Capcom... Voir Chris Redfield et Leon S. Kennedy réunis dans un même Resident Evil, c'est un rêve que nous aimerions concrétiser. Mais vous savez, quand nous développons un jeu, le scénario doit être cohérent (rires). Alors si un jour, nous avons la possibilité de faire rencontrer les deux personnages, on n'hésitera pas à le faire.
JeuxActu : Pour terminer, j'aimerai connaître votre avis sur les films Resident Evil. Ils ne sont pas très appréciés chez nous...
Jun Takeuchi : Les créatures des films sont vraiment différentes de celles qui existent dans les jeux. Evidemment, rien n'oblige les cinéastes à coller au plus près des jeux Resident Evil et le cinéma traite cet aspect d'un oeil différent. Forcément, quand on part de ce point de vue-là, on analyse les films de manière différente. Cependant, les films restent des oeuvres très divertissantes et c'est l'essentiel. Scénaristiquement, c'est du niveau de Resident Evil 4.
JeuxActu : Mr Takeuchi, je vous remercie.
Source : http://www.jeuxactu.com/article-35244-exclusif-resident-evil-5-itw-jun-takeuchi.html