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Mon existence, celle précédent les mésaventures qui me sont arrivées dans ce lycée, est digne d’un globe trotter. De New York à Londres, je menais des études importantes dans l’espoir de déboucher dans le milieu très élitiste du droit et de ce qui s’en rapproche. Objectif qui était presque atteint. Accumulant les foyers que je ne fréquentais dès fois qu’un semestre, je trimballais derrière moi mon lot plus ou moins important de cartons. Vêtements, vaisselle, armada de livres croissant au fil de mes pérégrinations, cahiers d’études et autres documents importants pour mon avenir… Tout cela s’entassait et me suivait déménagement après déménagement.
Un jour, je la vis. Débarquant fraîchement dans mon nouveau studio meublé à l’avance, je me suis retrouvé cerné par ces montagnes de bagages qu’il me fallait déballer et ordonner à l’intérieur de ce récent habitat. Et alors que je contemplais avec indolence le travail qu’il me fallait effectuer, mon regard fut attiré vers elle. Une petite serviette en cuir si défraîchie qu’elle semblait être une antiquité. Confondu par cette présence étrangère et rongé par la curiosité, mais aussi poussé par une force immatérielle qui me dépassait, je l’ouvris. Des cours. Ce n’était que des vulgaires prises de notes datant de ma dernière année d’étude. Mon écriture d’antan, si brouillonne et grossière me fit sourire. Ah, ces cours d’histoire où je m’ennuyais au fin fond de la classe. Et les cours de maths où je me retrouvais confronté à un tableau recouvert de biscornus hiéroglyphes. Avec la nonchalance qui m’envahissait à cette époque, je peux effectivement me demander comment j’ai pu arriver dans cette sphère où il faut oeuvrer avec efficacité et rigueur pour réussir.
« Tu l’as tué ! Tu l’as tué ! »
Tel était les mots inscrits sur une de ces pages. A l’épaisseur du trait, je devinais que le responsable de cet acte était un imposant marqueur. La couleur vermeille de ce dernier semblait absorber la lumière pour refléter d’avantage son sinistre message. Qui avait écrit cela ? Qui avait été tué ? Je n’avais aucune trace de ce genre de souvenir. Et comme pour rajouter une couche à ma confusion, une pochette glissa hors de la serviette, dévoilant au grand jour son impeccable surface couleur océan contrastant avec l’ancienneté de la sacoche en cuir. Elle contenait une photo. Et ce même surligneur rouge en avait raturé la quasi-totalité. Tous les visages, excepté le mien, avaient été griffonnés. Les autres appartenaient à ceux de mes trois autres camarades avec qui on avait vaillamment affronté les années lycéennes. Quelle belle époque… Mais que signifiaient les ratures ? Et d’où provenaient-elles ? Comme si ce geste allait m’aider à répondre à mes questions, je retournai la photographie.
« Pourquoi tu ne m’as pas empêché ? Rejoins moi maintenant. »
Cette écriture féminine me semblait familière. Cette encre bleue et ce trait fin étaient d’une banalité sans précédente, mais les boucles harmonieuses qui étayaient et caractérisaient ces notes, me firent ressentir un léger pincement au cœur. Etait-ce vraiment elle ? Mais comment avait-elle pu me retrouver et déposer cette serviette ici ? Car il était évident maintenant que ce n’était pas une de mes possessions.
Cela peut vous paraître stupide, mais ma présence ici est uniquement liée à cette recherche d’explication. Je voulais savoir de quoi en détournaient ces sombres messages, quelles en étaient leurs finalités. Il aurait fallu être totalement insensé pour manquer des heures importantes de cours et céder à ses pulsions pour retourner dans cette ville perdue. C’est pourtant ce que j’ai fait, et loin d’obtenir des réponses claires, mon excursion ne m’a permis que de lever de nouvelles incertitudes, voir même de mettre en doute ma propre existence. Elle, ce n’était qu’une excuse, un prétexte pour m’attirer ici. Ce qui se tramait derrière dépassait l’entendement humain. Et par je ne sais quel hasard, j’en étais le funeste dessein.