En juillet 1985, le bateau Rainbow Warrior de l’organisation écologiste Greenpeace mouille à Auckland en Nouvelle-Zélande. Son but est d’emmener d’autres bateaux vers l’atoll de Mururoa pour protester contre les essais nucléaires français et les gêner dans la mesure du possible, en violation des lois et règlements applicables.
Le gouvernement français (sous la présidence de François Mitterrand) fait appel à la DGSE pour parer à cette menace. Probablement à la demande explicite du ministre de la Défense, Charles Hernu, l’amiral Pierre Lacoste, chef des services secrets français, lance l’opération Satanic dans l’urgence. Deux agents de la DGSE, opérant sous la fausse identité des époux Turenge (Dominique Prieur alias Sophie Turenge et Alain Mafart alias Alain Turenge) sont chargés de mener l’opération. Le plan consiste à placer sous la coque du navire deux charges explosives, une première de faible puissance destinée à faire sortir les occupants du bateau alors à quai, une seconde de forte puissance destinée à le couler.
L’opération se déroule le 10 juillet 1985. À 23h50, le navire est coulé mais le photographe néerlandais, d´origine portugaise, Fernando Pereira, parti récupérer ses équipements photographiques après la première explosion, meurt dans la seconde. En outre, les faux époux Turenge sont facilement arrêtés par la police néo-zélandaise d’Auckland à cause de la camionnette qu’ils avaient louée pour récupérer les plongeurs chargés de placer les explosifs. Un certain nombre de cambriolages avaient précédemment eu lieu sur le port et un plaisancier voyant cette camionnette attendant dans un coin discret se précipita pour noter son numéro d’immatriculation, ce qui permit à la police de réagir rapidement.
Dès le 12 juillet, la police néo-zélandaise interpelle deux touristes suisses munis de faux papiers, les "faux époux Turenge" , qui sont en fait les deux agents de la DGSE, Alain Mafart et Dominique Prieur. Ils sont inculpés de meurtre le 23 juillet. Le Premier ministre néo-zélandais, David Lange, accuse des "éléments étrangers" d´avoir pris part à l´attentat, visant implicitement la France. Le 26 juillet, la justice néo-zélandaise lance un mandat d´arrêt international contre les passagers du voilier Ouvéa, d´autres agents de la DGSE, qui a levé l´ancre d´Auckland la veille du sabotage.
Alors que le ministre nie toute implication de la DGSE, l´imminence de la publication de documents compromettants décide François Mitterrand à commander le 6 août un rapport au conseiller d´état Bernard Tricot, qui conclura le 26 août à blanchir la DGSE, suscitant même les doutes du Premier ministre Laurent Fabius. Après la révélation le 17 septembre par le quotidien Le Monde d´une troisième équipe alors que la défense de la France s´appuyait sur l´impossibilité pour les faux époux Turenge et les hommes de l´Ouvéa d´avoir commis l´attentat, le scandale rebondit. Le surlendemain, le Président réclame à son Premier ministre des sanctions. Le 20 septembre , le ministre de la Défense Charles Hernu démissionne et l’amiral Pierre Lacoste est limogé. Le 22, Laurent Fabius finit par admettre à la télévision que les services secrets français avaient mené l’attaque du Rainbow Warrior.
Le 22 novembre, les agents français Alain Mafart et Dominique Prieur sont condamnés à 10 ans de prison pour "homicide involontaire".