Montaigne formule sa thèse en réfutant les mots « barbare » et « sauvage », en ce qu’ils apparaissent péjoratifs et traduisibles respectivement en « cruel » et « grossier ». L’emploi d’un adversatif « sinon que » (l.2) insiste sur ce point, en même qu’il pose la seule condition pour que la thèse adverse soit vraie : si « barbare » marque ce qui n’est pas communément dans notre usage. Montaigne dénonce ici un point de vue autocentré qui nous pousse à croire comme parfaites et seules véritables « les opinions et usances du pays où nous sommes. » (l.4)
Il poursuit son raisonnement avec un argument par analogie, souligné par l’emploi de « de même que » (l.6). On les appelle « sauvages » de même que nous nommons ainsi les fruits. Il y a ici une première définition du mot : ce qui est sauvage est ce qui est à l’état de nature, ce qui n’a pas été modifié par l’action de l’homme. Or ces fruits sont appelés comme tels car ils dépendent de la nature. Montaigne redéfinit alors le terme par inversion du caractère péjoratif, en tendant à valoriser la nature par rapport à l’artifice : en réalité, « là où, à la vérité » (l.7), il faudrait qualifier de sauvages les fruits que nous (européens) avons altérés par la greffe, alors qu’ils étaient plus beaux à l’état naturel. Donc, il ne faut pas considérer que les hommes naturels sont sauvages ou barbares, plus loin même, ces mots devraient au contraire être appliqués à ce qui est passé par la main de l’homme qui l’a modifié.
Les barbares et sauvages sont en fait naturels, et c’est une faute de les qualifier ainsi puisque ces termes sont péjoratifs. Cette argumentation lexicale tend à prouver que la conception négative vient en fait d’une mauvaise perception des choses due à la relativité des usages.
onche