"La plupart semblent croire qu´ils sont libres dans la mesure où il leur est permis d´obéir à leurs penchants, et qu´ils abandonnent de leur indépendance dans la mesure où ils sont tenus de vivre selon la prescription de la loi divine. La moralité, donc, la religion, et, sans restriction, tout ce qui se rapporte à la force d´âme, ils les prennent pour des fardeaux qu´ils espèrent déposer après la mort, pour recevoir le prix de la servitude, à savoir, de la moralité et de la religion ; et ce n´est pas cet espoir seul, mais aussi et surtout la crainte d´être punis par d´horribles supplices après la mort, qui les poussent à vivre selon la prescription de la loi divine, autant que leur permettent leur petitesse et leur âme impuissante. Et si les hommes n´avaient pas cet espoir et cette crainte, s´ils croyaient, au contraire, que les esprits périssent avec le corps et qu´il ne reste aux malheureux épuisés par le fardeau de la moralité aucune survie, ils reviendraient à leurs penchants naturels, voudraient tout gouverner selon leurs penchants et obéir à la fortune plutôt qu´à eux-mêmes. Ce qui ne me parait pas moins absurde que si un homme, parce qu´il ne croit pas pouvoir nourrir éternellement son corps de bons aliments, préfèrerait se saturer de poisons mortels ; ou bien parce qu´il voit que l´esprit n´est pas éternel ou immortel, préfère être dément et vivre sans la Raison : absurdité telle qu´elle mérite à peine d´être relevée."
L´Ethique Livre V, Spinoza.
Mon dieu 