Je marche d’un air monotone dans une rue déserte. Je suis sur le trottoir droit de la chaussée, il n’y a rien a l’horizon sur pas mal de dizaines de mètres. Tant pis, je continu, la tête baissée, les yeux rivés sur le mouvement régulier de mes jambes : on dirait deux pendules faisant la course.
Finalement, après des minutes qui me paraissent interminables, j’arrive à un croisement. J’aperçois une jeune fille adossée contre la grille protégeant une rangée de buissons verts. Elle a l’air encore plus triste que moi, plus morne, plus méchant. Elle a les yeux noirs. Le regard sombre. Je sais qu’elle serait prête à tuer quiconque la dérangerait, cependant je la sens prête à m’accueillir. Je m’en approche. Elle ne cille pas, elle garde son regard perdu dans ses obscures pensées, elle veut le mal, tout comme moi.
Ca y est, je suis juste devant elle, je la regarde : ce qu’elle est belle.
Je ne sais pas ce qui me prend, j’ai l’impression d’être pris de vapeurs, j’ai l’impression que mon cerveau tourne à cent à l’heur dans ma tête. J’ai l’impression que le brouillard est venu nous envelopper. Bizarrement je ne vois plus qu’elle, je ne vois plus que son visage, son visage d’ange noir. On dirait un ange, mais un ange trop méchant pour en être un, on dirait un ange venu des enfers. Elle me plait. Je m’avance encore un peu, maintenant je sens son corps contre le miens. Bien que nous soyons tout les deux habillés, je sens comme elle est brûlante, je ne me suis pas trompé, c’est un bien un ange du diable, c’est un démon. Mais… tant pis.
Elle n’a toujours pas cillé alors que moi je la regarde toujours. Je ne remarque que maintenant que tout l’œil est noir, elle n’a pas de pupille. Si, tout son œil n’est qu’une pupille, une pupille qui semble de verre. Pourtant je sais qu’elle ne me regarde pas, je sais qu’elle ne regarde rien, qu’elle pense, qu’elle pense d’une manière étrange, inconnue, d’une manière terrifiante.
J’ai besoin d’elle, maintenant je le sais. J’ai besoin de la sentir, elle qui n’a pas d’odeur, j’ai besoin de la toucher plus réellement.
« J’ai besoin de toi »
Non, ce n’est pas vrai, je n’ai pas dit ça, j’en suis sûr ! Mais pourtant… je suis aussi sûr de l’avoir dit.
Mes pensées s’embrouillent plus intensément cette fois, je ne me contrôle plus. J’essaye de pousser un cri tout en fermant les yeux, mais rien n’arrive, je reste là, sans broncher, sans moufter. Puis je sens une force m’attirer vers mon Démon, je sens une force qui me tire et me pousse en même temps. Je… je ne peux plus rien faire, je suis paralysé alors que cette force me dirige, je n’ai plus le contrôle de moi, je n’ai plus le contrôle de moi !
Puis je la vois mieux, elle n’a toujours pas bougé, elle n’a toujours rien fait, mais elle me terrorise, je n’aurais pas dû m’approcher d’elle, et pourtant j’ai besoin d’elle, sans elle je vais mourir. Puis je sens mes lèvres me brûler quand je ne vois plus que ses yeux, sa bouche a disparu. Je sens comme un souffle très chaud m’aspirer, elle veut me dévorer, et tout ça parcequ’elle a autant besoin de moi que moi d’elle, et c’est pour ça qu’elle était là.
Je sens que je fais partit d’elle, je n’ai toujours que ses yeux à portée de vue, je la sens brûlante, et je sens ses pensée maintenant, je sais exactement ce qu’elle pense :
Elle a besoin de me dévorer, de m’aspirer en elle, elle a besoin de cela pour continuer à vivre, avec moi. Je suis la personne qu’elle a attendu toute sa vie, toutes sa vie de Démon. Aujourd’hui elle aimerait tuer, elle aimerait que nous partions ensemble pour détruire le monde, elle voudrait que nous déchirions la Terre, elle voudrait que l’Homme meurt. Elle n’a pas de famille, elle les déteste, elle n’en veut pas, elle veut tuer. Le Chaos va régner sur l’Univers, et tout ça grâce à elle et moi. Nous vivrons enfin heureux, nous qui nous sommes attendus si longtemps. J’ai marché si longtemps dans cette rue déserte, la cherchant du coin de l’œil, maintenant qu’elle m’appartiens, maintenant que je lui appartiens, jamais plus je ne la laisserai, jamais plus elle ne me quittera, jamais plus je ne la quitterai.