Après l´entrée en guerre des puissances européennes, en août 1914, Mata Hari, qui parle plusieurs langues et vient d´un pays neutre, se permet de voyager librement à travers l´Europe. A Paris, elle mène grand train au Grand Hôtel où les uniformes chamarrés abondent.
Les jeunes pilotes de chasse jouissent en particulier d´un prestige irrésistible. C´est ainsi que la Belle s´éprend fin 1916 d´un capitaine russe au service de France dénommé Vadim Maslov, fils d´amiral. Il a 21 ans et lui rappelle peut-être son fils mort en bas âge.
Voilà que le beau lieutenant est abattu et soigné dans un hôpital de campagne, du côté de Vittel. Lorsqu´elle se met en tête de lui rendre visite à l´infirmerie du front, elle doit payer cette faveur de la promesse d´aller espionner le Kronprinz (le prince héritier de l´Empire allemand) qui est de ses connaissances, moyennant une rétribution considérable. Le capitaine Ladoux doit jouer le rôle d´officier-traitant.
La naïve hétaïre se rend en Espagne neutre pour prendre un bateau à destination de la Hollande et gagner l´Empire allemand.
L´Intelligence Service (les services secrets britanniques) met la main sur elle lors d´une escale à Falmouth mais ne peut rien lui reprocher malgré un interrogatoire serré. Poursuivre sa route vers l´Allemagne devenant hasardeux, l´aventurière regagne Madrid où elle ne tarde pas à séduire... l´attaché militaire allemand, le major Kalle.
Celui-ci transmet plusieurs câbles à Berlin traitant de sous-marins à destination du Maroc et de manoeuvres en coulisse pour établir le prince héritier Georges sur le trône de Grèce, en signalant que «l´agent H-21 s´était rendu utile». Ces messages sont interceptés par les Alliés.
L´envoûtante «Eurasienne» fait alors la folie de rentrer en France pour rejoindre son bel officier. Arrivée à Paris le 4 janvier 1917, elle est arrêtée le 13 février à l´hôtel Élysée Palace par le capitaine Bouchardon. Elle sort nue de la salle de bains et, s´étant rhabillée, présente aux gardes venus l´arrêter des chocolats dans... un casque allemand (cadeau de son amant Maslov) !
Le capitaine Bouchardon ne l´en soumet pas moins à des interrogatoires humiliants à la prison Saint-Lazare. On trouve de l´encre sympathique dans son nécessaire de maquillage... Et la danseuse admet avoir été payée par des officiers allemands, tout en affirmant qu´il s´agissait de l´argent du stupre.
Elle est convoquée à huis clos le 24 juillet 1917 devant le 3e conseil militaire, au Palais de justice de Paris. Son défenseur, Maître Clunet - un ancien amant - est un expert réputé du droit international, mais malheureusement peu familier des effets de manche d´une cour criminelle.
A son immense désespoir, Mata Hari entend son cher lieutenant, Vadim Maslov, appelé à la barre, la qualifier d´aventurière. Mais un autre témoin, le diplomate Henri de Marguérie, assure connaître l´accusée de longue date, n´avoir jamais abordé de sujet militaire en sa présence et pouvoir se porter garant de sa parfaite probité....
Las, les mutineries s´étant multipliées sur le front, l´opinion réclame des coupables et veut des exemples... Sensible à l´atmosphère empoisonnée de l´époque, la Cour présidée par le lieutenant-colonel Somprou déclare Mata Hari coupable d´intelligence avec l´ennemi et la condamne à être passée par les armes.
Cette ingénue plus si jeune refuse le bandeau qu´on lui propose et se tient crânement près du poteau d´exécution, lançant un dernier baiser aux soldats du peloton. Personne ne réclame son corps qui est remis au département d´anatomie de la faculté...