Voilà la suite
okay, Halo 3 sort demain, vous aurez plus qu´à lire ça après l´avoir fini alors
Troisième période de la saison de la chasse / Monde natal des humains / Sibérie orientale
Dans la salle de la chaudière principale de la base covenante, les Brutes de la première escouade étaient écrasées par la chaleur. Tout d´abord par les jets de vapeur incessants qui transformaient la pièce en un véritable hammam ; ensuite à cause des haltères impressionnantes qu´ils soulevaient. Nu comme tous les autres, transpirant à grosses gouttes, Krönk hésita un instant devant le sol couvert de matériel, et choisit finalement des poids de presque un quintal. Et dire qu´au-dessus de leurs têtes, les Élites s´étaient réunis pour parler stratégie et revoir leurs tactiques ! Les Brutes ne respectaient que la force physique et mentale, non la parlote.
Krönk souleva lentement les lourdes haltères que le capitaine du contingent Brute avait pris soin d´apporter pour ses troupes. Il grogna de plaisir en regardant ses muscles puissants rouler sous sa peau épaisse. Comme tous ses congénères de la caste guerrière de Rodina, il s´adonnait à la musculation depuis son plus jeune âge. Il avait eu, comme tous les autres, le professeur de plus impitoyable possible : son propre père. Durant neuf longues années il avait suivi le parcours d´initiation du guerrier, endurant les pires souffrances et apprenant les techniques martiales les plus dévastatrices, s´entraînant chaque jour contre des cibles vivantes, les pires créatures de la nature hostile de Rodina. Et puis, le jour de sa maturation, lorsque les anciens en avaient attesté son père, il avait été convoqué pour son ultime épreuve. Selon ses ordres, il s´était enfoncé dans la toundra désolée qui composait quatre-vingt dix pour cent de la surface de la planète. Après deux semaines de parcours, vivant de sa chasse et s´orientant grâce aux étoiles comme on lui avait appris, il trouva la grotte qui était son objectif. Il y avait trouvé son père, qui lui avait expliqué la véritable nature de cette épreuve ultime que les guerriers gardaient avec tant de secret. Il comprit alors, horrifié mais résigné, pourquoi jamais deux guerriers ne portaient le même nom.
Il revoyait encore ses griffes plantées dans les carotides de son géniteur, après trois effroyables heures de lutte à mains nues.
Il était fier de son père. Il avait fait de lui un guerrier impitoyable. Tous les guerriers de Rodina traversaient cette épreuve. Il n´y avait pas de faible ; il n´y en avait plus. Dans son escouade, trois autres Brutes provenaient de sa planète, avec qui il avait tissé des liens très forts. Le capitaine en était un autre. Et c´était tout, des soixante Brutes présentes dans la base. Les seules vies de la galaxie qui lui importaient étaient donc au nombre de cinq.
Krönk posa ses haltères au bout de la cinquantième traction. Il se dirigea alors vers les branches de sapin entassées dans un coin et en saisit une, qu´il trempa dans le bassin d´eau glaciale en provenance directe de l´extérieur destinée à passer dans les chaudières pour réchauffer la base. Il retint alors son souffle et abattit la branche sur son dos ferme comme l´acier.
La porte de la chaudière claqua, une Brute de son escouade pénétrant dans la pièce.
-Postes de combat ! Un convoi a été attaqué ! Tous en tenue !
Krönk lâcha sa branche et se redressa. Il sourit.
-En chasse, camarade, lui dit un frère de Rodina en lui assénant une tape dans le dos.
Les deux canonnières Phantom volaient en parallèle au-dessus de l´étendue de sapins couverts de neige. Krönk, penché par l´ouverture, savourait la sensation du vent glacé frappant sa peau. Il aperçut plusieurs colonnes de fumée au loin. Pleinement équipé de sa lourde cuirasse, de sa carabine automatique Spiker, de quinze kilos de grenades et de munitions sur son harnais de combat et de son casque d´assaut de dix kilos, il avait hâte de se jeter dans le combat.
Les vaisseaux ne tardèrent pas à se stabiliser au-dessus du convoi en flammes. La route enneigée était mouchetée de sang et criblée de multiples cadavres. Des Grunts, des Élites... des pertes tout à fait insignifiantes. Quinze Shadows, des Ghosts et même un Spectre avaient été réduits en cendre. Il ne restait rien.
-Du bon travail, commenta Danko, un de ses frères de Rodina. Ceux qui ont fait ça ont de la pratique derrière eux.
-Militaires.
Krönk était excité à cette idée. Il n´avait encore jamais affronté de véritables guerriers humains, mais uniquement des partisans.
Lorsque les vaisseaux se furent posés, il devint évident qu´ils avaient affaire à des professionnels. Aucune perte de leur côté. Ils avaient même effacé leurs traces de pas. Mais avec deux doigt de balistique, il était facile de deviner d´où provenaient les tirs.
-Nous sommes arrivés rapidement, dit le lieutenant de l´escouade. Ils n´ont pas pu aller bien loin. Formez une ligne, espacez-vous de vingt mètres. Allez, tas d´imbéciles !
Quelques instants plus tard, les Brutes courraient entre les sapins. Arriverait un moment où les humains ne pourraient plus prendre le temps de camoufler leurs traces. Krönk avait hâte de voir comment ils réagiraient alors. Mais ça lui était assez égal, la traque en forêt était devenu tellement naturelle pour lui qu´il aurait pu accomplir cette mission le yeux fermés.
Au bout de dix minutes de marche qui lui rappelèrent son enfance, un ordre de regroupement fut donné. Quelqu´un était tombé en face d´une grotte ; le lieutenant avait parié que les humains étaient à l´intérieur. Krönk était de son avis. Quatre des vingt Brutes restèrent à l´entrée, les autres s´enfoncèrent dans l´obscurité.
Des trous dans le "plafond", haut au-dessus de la tête de Krönk et de ses compagnons, permettait une visibilité relativement bonne. Mais rapidement la grotte s´avéra être un véritable labyrinthe et les soldats durent se séparer. Cinq nouvelles minutes s´écoulèrent, et Krönk se retrouva seul avec trois autres Brutes. Il fut vite dans une situation qui lui déplût : dans un large champ de lumière au milieu d´une vaste salle dont il distinguait mal la périphérie plongée dans l´obscurité. Alors qu´il essayait de distinguer quelque chose dans la pénombre, son regard fut attiré par un mouvement vif ; il eut le réflexe d´attraper la Brute la plus proche et de la placer devant lui. Le malheureux fut déchiqueté par une rafale soutenue de fusil d´assaut humain. Krönk leva alors le lance-grenades de son bouclier vivant et vida le chargeur en direction de l´endroit d´où provenait l´attaque. Un cri d´agonie retentit. Il lâcha le cadavre déchiqueté de son compagnon et s´élança vers une zone d´ombre, où il trouva l´entrée d´un nouveau boyau où il se réfugia.
Rapidement un des autres soldat Brute qui l´accompagnait, qui tenta de le suivre, fut atteint et abattu par une nouvelle rafale soutenue ennemie. Les humains savaient tirer, et possédaient de bonnes armes. Krönk en avait aperçu deux grâce à leurs tirs. Il se faufila dans l´ombre, à la recherche d´un chemin menant à eux. Il s´enfonça plus profondément et finit par aboutir plus haut dans la même salle ; de là, il pouvait apercevoir le dos d´un humain qui scrutait la pièce. Il visa et tira avec sa carabine ; cinq pieux d´une vingtaine de centimètres de long traversèrent la cage thoracique du soldat, qui s´écroula en hurlant.
Krönk se demanda où était la dernière Brute qui l´accompagnait et eut bientôt la réponse. Des coups de feu résonnèrent au loin. Krönk courut en direction du bruit et trouva son dernier subalterne, atteint à la jambe -mais une Brute est une créature très résistante si les systèmes nerveux ne sont pas atteints- plaquant un humain contre la paroi. Il l´avait désarmé et immobilisé.
-Mon premier humain ! Jubila-t-il en resserrant son étreinte sur le cou de sa proie.
-Te réjouis pas trop vite...
Krönk saisit le fusil de l´humain, qui gisait sur le sol, et ouvrit le feu sur la Brute. Surpris, le covenant n´eut pas le temps de réagir. Il s´écroula rapidement, Krönk détournant son feu sur l´humain. Il adorait le bruit et la sensation de tir que procurait sa nouvelle arme. Lorsque le chargeur fut vide, le sergent était seul dans la pièce.
Un bien beau combat. Il lui fallait désormais un trophée. Il se pencha sur le corps de l´humain ; il possédait une armure et un casque. Il lui retira son casque et récupéra une sorte de pendentif autour de son cou, une chaînette au bout de laquelle pendaient deux petites plaques métalliques couvertes de lignes de symboles. Continuant sa fouille, il trouva dans une des poches une sorte de chapeau mou en toile rouge foncé ; le covenant était loin de savoir qu´il avait trouvé là un béret amarante distinctif des troupes d´élite aéroportées. Il retira son propre casque et se coiffa du béret. L´humain avait une grosse tête, et ça lui allait plutôt bien. Sur les autres cadavres, il trouva à chaque fois un nouveau pendentif identique à celui qu´il avait déjà trouvé ; il les récupéra tous et les glissa dans une de ses poches-cartouchières, avant de prendre le chemin de la sortie.
Il passa dix minutes à errer dans les galeries pour la retrouver, atteignant enfin les quatre gardes de l´entrée. Bientôt, trois autres Brutes sortirent de la grotte ; ses trois autres frères guerriers de Rodina. Ils rapportèrent l´élimination de cinq humains supplémentaires au total. Impossible de savoir si d´autres avaient pu prendre la fuite. Krönk vit que les Brutes laissées à l´entrée étaient intriguées par le fait que seuls les Rodiniens avaient survécu ; ils pensèrent qu´ils devaient être très bons. c´était certainement le cas, mais la vérité était qu´ils toléraient mal de partager la gloire d´une victoire avec des soldats qui en étaient indignes. Et puis, un incident était si vite arrivé, au combat...
Les guerriers Rodiniens, intrigués par le nouveau couvre-chef du sergent, s´empressèrent de coiffer à leur tour leurs prises de guerre. Ils s´esclaffèrent, mais trouvèrent qu´ils avaient fière allure ; et ils avaient trouvé un moyen de se distinguer du reste de leurs congénères.