Spartan 108, avant d’être général, avant même de connaître l’Arbiter et de s’en faire un ami, fut un personnage très sombre. Mais il changea avec le temps. Je vous propose de suivre son histoire, au travers de quelques morceaux que je vous transmettrai de semaine en semaine, selon mes disponibilités. Et c’est ainsi que je vous souhaite une agréable lecture, avec l’espoir que vous apprécierez ce que j’écris pour vous.
Spartan 108 s’avança en déplaçant le nuage de brume qui le recouvrait. L’épée énergétique qu’il tenait en main brillait de toute sa force. Ses yeux, qui reflétaient la lueur de la lame, n’exprimaient ni le doute, ni la peur. L’élite, déjà éventré, le regardait s’avancer, sentant couler son propre sang dans une mare bleutée. L’armure dorée qui le recouvrait avait perdue toute splendeur, toute majesté. Elle n’était plus qu’un lointain souvenir des heures passées.
-Il ne te reste plus qu’à me tuer, Démon. Même moi, je n’ai pas réussi à t’arrêter…
Le Spartan resta silencieux.
-J’exécute seulement les ordres qu’on me donne, répliqua-t-il d’un ton mécanique. Je ne suis qu’une machine à tuer, je ne possède pas de sentiments…
L’élite sourit et déclara dans un dernier souffle :
-La guerre pervertit les cœurs et corrompt les âmes, c’est une chose horrible mais nécessaire au… Grand… Voyage…
-Le Grand Voyage n’est qu’une fantaisie de vos Prophètes. Adieu.
Et il décapita l’élite qui souriait dans le vide à présent. Il s’éloigna d’un pas aussi froid que l’étaient ses yeux et sa voix.
-Objectif atteint, déclara-t-il dans sa liaison de communication interne.
-Parfait, nous envoyons les forces spéciales. Elles se chargeront des vermines restantes. Retournez à la base, c’est un ordre !
-Affirmatif, terminé.
Il traversa un long couloir et ne fut pas perturbé outre-mesure. Des cadavres s’étalaient le long des murs. La façon dont le sang avait giclé prouvait l’horreur avec laquelle ils avaient perdu la vie. Et le responsable de ce massacre se dirigeait à présent vers l’endroit où il avait laissé son moyen de transport quelques heures auparavant.
Il regagna le vaisseau-mère de la flotte humaine. Un officier l’attendait, un cigare dans la bouche. On pouvait sentir l’odeur du tabac froid pénétrer chacune des narines des marines qui étaient postés au garde-à-vous pour saluer le Spartan.
Celui-ci ne manifestait aucune émotion sous la visière de son casque. Il marcha calmement vers son supérieur, qui ne manifestait pas plus de signes d’enthousiasme. Il se contenta de l’informer d’une nouvelle qui allait bouleverser la vie du Spartan : il était muté à bord du Requiem of Spirits, le tout dernier vaisseau de guerre humain, conçu sur la Terre elle-même.
-Vous êtes chargé d’une mission particulière, poursuivit l’officier en envoyant quelques bouffées vers le Spartan.
-Laquelle ? demanda 108 d’une voix rocailleuse.
L’officier ferma les yeux quelques instants, prit le temps de terminer son cigare, rouvrit les yeux et déclara :
-Un vaisseau-monde covenant a été découvert à proximité de notre plus importante colonie. Vous devez vous rendre sur place et découvrir ce qu’ils veulent. Après tout, nous ne sommes pas en guerre, nos missions se font dans le plus grand secret et nous sommes censés respecter un traité. Vous devrez dans un premier temps découvrir si leurs intentions sont pacifiques ou si elles ne le sont pas, et agir le cas échéant.
-Bien compris… Autre chose ?
-Non, rompez. Et… bonne chance.
Le Spartan ne le remercia même pas et partit sans un mot. Il n’avait pas le temps de se reposer car un vaisseau était déjà prêt au décollage pour sa mission spéciale. S’il était vrai que la guerre entre humains et covenants n’était pas officielle, elle n’en faisait pas moins des centaines de morts chaque jour. La tension ne cessait de monter entre les deux camps, on craignait même une rupture du traité, à cause des abus de chaque camp.
-Vous n’avez pas d’affaires personnelles à emmener ? demanda le pilote de l’appareil lorsqu’il vit le numéro 108 approcher.
-Je n’ai que ce pistolet pour affaire, cela vous convient-il ? répliqua-t-il de sa voix rocailleuse.
Le pilote fut surpris de son agressivité mais ne rajouta pas d’autre mot que « Oui. ». Il ne le voyait pas, mais sous le casque du Spartan, les yeux de celui-ci exprimaient une grande tristesse, il ne le montrait pas à cause de l’entraînement aux émotions qu’il avait reçu. De toute manière, cela faisait longtemps qu’il avait oublié sa famille, la raison qui l’avait poussée dans les griffes de l’armée…
Le vaisseau décolla à toute vitesse, créa une faille spatio-temporelle et plongea à l’intérieur. Le voyage allait durer quelques mois.
-Espérons que d’ici la fin de notre voyage, la guerre ne se déclare pas, dit le pilote du vaisseau. Vous n’êtes pas d’accord, Monsieur ? demanda-t-il au Spartan.
Il n’obtint d’autre réponse que le profond silence dans lequel le Spartan venait de s’emmurer. On n’entendait plus que sa respiration sous son casque. Il repensait à quelque chose qu’il aurait bien voulu oublier, quelque chose qui avait noirci son cœur pour toujours…
-A table !
Marc et ses sœurs se dirigèrent vers la salle à manger, tout contents du bon repas chaud qui les attendaient, préparé avec soin par leur mère. Elle avait les cheveux aussi blonds que l’or, les yeux aussi bleus que l’océan, et un visage tendre, doux, qui n’exprimait que l’amour qu’elle portait à son foyer.
Elle était également assez svelte. Les deux sœurs de Marc ne lui ressemblaient pas, elles avaient hérité des cheveux sombres de leur père, ainsi que de ses yeux marrons. Marc était, quant à lui, la copie conforme de son père.
-Papa va rentrer ? demanda-t-il.
-Non, tu sais bien qu’il a une mission très importante, répondit sa mère avec douceur.
-C’est dommage, j’aurais aimé qu’il soit là pour mon anniversaire…
-Je sais, c’est triste qu’il ne soit pas présent pour tes douze ans, mais tu dois comprendre que les enjeux de cette mission sont très importants.
-Je le sais…
Il faisait nuit à présent. Marc était étendu sur son lit, et regardait dehors, par la vitre de l’énorme immeuble qu’ils habitaient.
-Harvest-II est belle quand il fait nuit, pensa-t-il. J’espère que tout se passe bien pour papa, il devrait déjà être de retour… pensa-t-il en regardant avec tristesse les restes de son gâteau d’anniversaire, et les papiers déchirés de ses cadeaux.
-BIP BIP BIP !
-Le transmetteur holographique, pensa Marc en se levant.
Mais sa mère avait déjà surgi pour répondre avant lui.
-Oui ? Euh… oui. Comment ? NON CE N’EST PAS VRAI ! VOUS MENTEZ ! COMMENT AURAIT-IL PU… ?
-Maman, que se passe-t-il ? demanda Marc.
Elle ne répondit pas. Le silence s’épaissit.
-Nous devons partir, tout de suite ! s’exclama-t-elle.
-Mais ?
-Ne discute pas, va réveiller tes sœurs !
Le garçon s’exécuta sans demander plus de détails, mais il vit des larmes couler sur le beau visage de sa mère, il se doutait que quelque chose n’allait pas. Est-ce que son père aurait… ? Non, c’était impossible !
-Réveillez-vous, il faut partir !
Mais au moment où ses sœurs émergeaient de sous leurs oreillers, une forte explosion retentit au-dehors :
-BOOOOOOOOOOOOOOOOOOUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUMMMMMMMMMM
MM !
Marc regarda et vit une grande concentration de vaisseaux qui lui étaient inconnus. Il ne comprenait pas. Que se passait-il à la fin… ?!