Mission 0 : Arrivée au camp
Nikolaï Petrovskiy
20 octobre 2552, 0645 (heure locale), Stuttgart, Baden-Württemberg, République Fédérale d´Allemagne
Nikolaï se réveillait péniblement avec dans l´esprit qu´une journée importante se dessinait. Voilà déjà trois bons mois qu´il était au chômage. L´entreprise de travaux publics et de rénovation dans laquelle il travaillait avait coulé. Par malchance, ses locaux se trouvaient sur une planète que les Covenants avait vitrifiée quelques temps auparavant ; et pour couronner le tout, la plupart des dirigeants s´y trouvaient lors de l´attaque. Durant plusieurs mois, Nikolaï s´est efforcé de trouver du boulot au noir, mais ses trajets n´étaient évidemment plus financés par son entreprise. Le manque de rentabilité de cette solution le fit abandonner, et il revint finalement sur Terre, où son ancien collègue et ami Moritz Effenberg l´a hébergé dans sa ville natale, Stuttgart. C´était le seul endroit où Nikolaï pouvait vivre, puisque sa famille entière n´était plus de ce monde.
Il se leva et alla voir si Moritz était réveillé. L´oncle de ce dernier avait un poste assez important dans la NAVCOM (Navigation Command), une branche administrative du CSNU qui donne les objectifs de navigation aux vaisseaux humains majeurs à travers l´espace. Cela permettait à Moritz d´être souvent informé du déroulement global de la guerre contre les Covenants, sans toutefois qu´on lui révèle des informations secrètes et très importantes, telles que le projet SPARTAN-II par exemple.
Moritz était déjà réveillé, et tentait d´obtenir justement une transmission avec le CSNU par le moyen de son ordinateur-radio. Depuis la catastrophe de Reach, il essayait de se tenir au courant le plus souvent possible de la situation, car désormais il savait que les Covenants étaient quasiment aux portes de la Terre, et qu´un assaut pouvait se révéler aussi dévastateur qu´imminent.
"Alors, tu arrives à avoir une communication ?" demanda Nikolaï, sans conviction.
"Impossible. Ca fait presque un mois que le réseau du CSNU ne répond plus et ça se comprend, ils doivent être débordés, chaque décision qu´ils prennent est cruciale, donc ils n´ont malheureusement pas de temps pour aider l´humanité directement."
"En t´entendant parler on a l´impression que la situation de cette guerre est désespérée, qu´on est fichus, et tout..."
"Et c´est vrai !" s´exclama Moritz. "Tu devrais pas les sous-estimer, ils sont hyper dangereux ! Ils sont bien plus nombreux que nous, mieux organisés peut-être aussi, ils ont au moins deux siècles d´avance sur nous au niveau technologique, et en plus d´après ce qu´on en sait ce sont des fanatiques, beaucoup possèdent un esprit comparable à celui des kamikazes : ils ont l´avantage de s´en foutre de mourir, pas comme nous ! C´est une alliance, Nikolaï ! Ils gagneront sûrement c´est quasi inéluctable, tout ce qu´on a à faire c´est retarder l´échéance du mieux qu´on peut. Si la guerre dure depuis déjà trente ans, c´est juste grâce au courage surhumain de dizaines de centaines de millions de soldats, et de commandants de flottes. Nous ne..."
Moritz fut interrompu par un grésillement bruyant sur la ligne. Tous deux se penchèrent, pleins d´espoir, pour connaître l´identité de l´interlocuteur.
"Ca marche enfin ? C´est impossible !" s´etonna Nikolaï.
"Ouais mais apparemment ce n´est pas avec le CSNU qu´on entre en contact". Moritz tapa quelque chose pour savoir d´où venait la transmission. "Je crois que c´est un message ! Son origine est inconnue, mais on devrait le recevoir d´ici quelques secondes."
Ils se turent et se concentrèrent pour écouter le message.
<< crsshhh... This message is sent to every human people living on Earth in that moment. The Covenant is about to launch a serious assault on Earth, probably this morning. We are sending this message from a solid shelter in the Swiss Alps, well-guarded and protected, somewhere the Covenant will not think to go. You must try to go here by all means, and especially before sunset. This is your only hope of survival. This transmission will come back every minute. Done. >>
Nikolaï leva la tête vers son ami, horrifié par ce qu´il venait d´entendre. En revanche, son compatriote n´avait pas la même expression sur la visage ; il semblait perplexe.
"Tu peux m´expliquer, j´ai pas tout bien compris. L´anglais c´est pas mon fort."
"Il a dit que les Covenants vont lancer une attaque massive ce matin. Je sais pas comment ils savent mais peu importe c´était prévisible comme tu as dit. Ils sont dans un bunker, sécurisé d´après lui, dans les Alpes suisses. Il dit qu´il faut y aller avant ce soir. Viens, on n´a pas une minute à perdre !"
"OK, mais on peut pas partir comme ça, il faut prendre quelques provisions premièrement, on sait jamais."
"D´accord." Nikolaï reprit ses esprits, et son visage changea d´expression. "Mais quand même c´est louche, tu ne trouves pas ? Je leur fais pas entièrement confiance moi. Comment ils savent pour l´attaque ?"
"C´est pas le moment de laisser le doute s´installer !" répondit Moritz d´un ton catégorique. "Peut-être qu´ils se trompent même si ça m´étonnerait. Par contre, si on ne part pas, et que finalement il s´avère qu´ils avaient raison, et ben on sera comme des imbéciles !"
"D´accord. Je te suis. Mais il faudrait au moins prévenir des gens, au cas où il n´ont pas eu la chance de recevoir l´appel. Tu as de la famille ici ?"
"Non. Je suis le seul à vivre sur Terre maintenant."
"Bon. Prépare notre départ pendant que je téléphone. Ca va prendre du temps, il y a du monde à appeler."
0830 (heure locale), Stuttgart.
Les deux hommes se trouvaient devant la voiture de Moritz, prêts pour le périple qui les attendait, conscients qu´ils pouvaient y laisser leur vie. Depuis quelques minutes on pouvait clairement voir les vaisseaux covenants arriver, majestueux et gigantesques. Dans peu de temps cela serait l´enfer. Une multitude de vaisseaux de largage étaient déployés. Visiblement, cette opération était prévue depuis longtemps. L´ennemi semblait motivé par un objectif précis ; il ne s´agissait pas d´une vaste invasion désorganisée. Ils n´étaient pas forcément là pour exterminer l´humanité, bien que le but de cette mission était loin d´être pacifique. Nikolaï, bien que son aversion pour les Covenants était encore plus forte qu´auparavant, devait bien admettre la supériorité des extraterrestres en terme de technologie de guerre. Leurs appareils étaient plus massifs, et à première vue plus dangereux, plus résistants que ceux des humains. Moritz avait raison, se dit Nikolaï, on fait pas le poids devant eux.
"Bon tout est prêt, on va à la gare, et on essaie de prendre un train pour Lausanne." dit Nikolaï. "Reste plus qu´à espérer qu´il y ait un autre train vers une petite ville des Alpes, Sierre par exemple."
"Il est risqué quand même ton plan. Imagine qu´une fois en Suisse, on tombe sur des troupes ennemies. Ils feront sauter le train, c´est clair !"
"Ecoute, t´as une meilleure idée ?" dit Nikolaï avec impatience. "Inutile de prendre l´avion, il n´y a à mon avis pas de vol Stuttgart-Genève ou Lausanne, et là on a toutes les chances de nous faire bombarder par ces vaisseaux, ça serait du suicide ! (...) Bon, allez, fini les blablatages, c´est parti !"
"OK, go !" lacha Moritz, à contrecoeur.
Après un court trajet en voiture, les deux camarades s´empressèrent de se frayer un chemin jusqu´au quai. C´était la panique générale dans la gare : apparemment, la nouvelle avait vite couru et même si très peu de gens étaient au courant de l´existence de cet abri en Suisse, tout le monde essayait de fuir l´impitoyable marche des Covenants, avec l´espoir de trouver un quelconque refuge. Les agents ne parvenaient pas à endiguer la vague humaine, ce qui permit à Nikolaï et Moritz de ne pas payer de billet. Quelle idée, compte tenu de la situation !
Soudain, des tremblements répétés se firent ressentir. La foule se mit à paniquer de plus belle (si c´était possible), quand la grande baie en verre teinté qui donnait sur l´extérieur implosa littéralement, ou plutôt fondit sous la puissance d´un énorme rayon vert. Des dizaines de gens furent balayés par le rayon ; puis, au moins une centaine mourut, taillaidée par autant de morceaux de verre tranchants. Le tir provenait d´une machine titanesque, une sorte d´énorme quadripode en haut duquel se trouvaient plusieurs Covenants qui tiraient de grands jets bleus de plasma incandescent sur la foule. Nikolaï remarqua que ces Covenants étaient de forme humainoïde, mais plus grands que des humains, et manifestement plus robustes.
"Bordel ! Viens on se tire !"
"Mais attends, com..." balbutia Moritz.
"La ferme, viens ! On a pas le temps !"
Plus tard, ils montèrent en voiture. Nikolaï, avait décidé dans sa tête qu´ils feraient le voyage entièrement en voiture, pas le choix. Moritz prit les commandes.
"J´espère que t´as assez de carburant !" lança Nikolaï.
"T´nquiètes, j´ai fait le plein hier." répondit-il, encore sous le choc, ce qui est bien peu dire.
1825 (heure locale), Alpes Suisses.
Après plus de huit longues heures de route, nous empruntâmes enfin les routes alpines de Suisse. Par chance, nous n´avions pas croisé d´unités extraterrestres au sol. Dès qu´on apercevait un vaisseau transporteur de troupes, Moritz grimpait à plus de 250 km/h... Enfin, quand il pouvait se le permettre, car certaines autoroutes étaient dans un état lamentable, et nous dûmes couper à travers champs à maintes reprises. Nous atteignîmes ensuite une vallée, tandis que je guidais Moritz à l´aide des coordonnées du camp contenues dans l´ordinateur de ce dernier.
"On est plus qu´à un kilomètre, on dirait. Va falloir que tu tournes à gauche après cette montagne."
"Ca marche, chef !"
Et c´est ce moment-là qu´une troupe de Covenants choisit pour surgir du virage, armes en main. Ils étaient trois, tous de la taille d´un humain moyen, d´aspect reptilien, et courbés en avant. Leur particularité est qu´ils portaient chacun un bouclier. Je savais que dalle à propos des Covies, mais pour ce que Moritz en savait, le CSNU les surnommait Jackals, et je me suis douté que celui qui avait un bouclier jaune était le chef de l´escouade.
"Bordel de merde !" s´exclama-t-il. "Comment on va faire ? Oh non, c´est trop la poisse !"
"Calme-toi. Il y a qu´une solution : on leur fonce dessus et dès qu´ils ouvrent le feu, on baisse la tête !"
"D´accord Nikolaï. Croise les doigts. Je ferais un dérapage pour mieux les avoir."
Et il reprit de la vitesse. Cent mètres nous séparaient de ces ordures. Les Jackals commencèrent à tirer, et le pare-brise vola en éclats, heureusement nous nous étions baissés à temps. Puis, Moritz donna un violent coup de volant pour effectuer le dérapage, complètement à l´aveuglette certes, mais la chance était avec nous car nous sentîmes deux chocs sourds sur la gauche du véhicule. Je levai la tête juste à temps pour voir les deux créatures les plus pittoresques que je n´avais jamais vues s´écraser contre la portière, répandant leur sang violet sur le tableau de bord et sur le toit. La voiture finit par s´arrêter vingt mètres plus loin, en piteux état. Les deux corps gisaient à côté, désarticulés et méconnaissables. Leurs boucliers semblaient s´être désintégrés sous le choc. Mais le dernier survivant ne comptait pas nous laisser nous en tirer à si bon compte, d´autant plus que c´était le chef. Il s´avança vers nous. Nous étions de nouveau penchés.
"Vite, planque-toi sous le siège !" dis-je. "Je vais faire pareil, comme ça il nous verra pas et il essaiera d´ouvrir la porte de mon côté, et là je lui sauterais dessus, d´accord ?"
Moritz acquiesa avec peine. Je voyais bien qu´en tant normal il m´aurait empêcher de le faire, mais il fallait agir vite maintenant. Nous nous sommes mis le plus bas possible pour ne pas être vus par l´ennemi quand il approcherait. J´entendais ses bruits de pas saccadés. Puis il mit sa main sur la poignée, sans pouvoir l´ouvrir évidemment. S´il avait été moins stupide, il aurait mis le feu à la voiture à grands renforts de plasma surchauffé, ce à quoi je n´avais même pas pensé. Toujours est-il que j´ouvris soudainement la porte, et profitant du fait qu´il ne tenait pas son bouclier devant lui, je lui bondissait dessus. Il eut le temps de tirer deux fois une sorte de petite boule verte, quand je le plaquai au sol. J´immobilisai son bras avec mon pied, puis lui brisai la nuque, non sans répugnance. Derrière moi, j´entendis un gémissement de douleur, et ce que je redoutais tant s´était produit. Le plasma tiré par l´extraterrestre avait touché Moritz au torse, ce dernier s´étant apparemment mal caché. Je me précipitai vers lui, mais il agonisa sans que je pus lui dire la moindre chose.
"Vybatchte, tavaritch." murmurai-je. " Vybatchte."
Les larmes coulant sur mon visage, je poursuivai ma route jusqu´au camp, les coordonnées en tête, anéanti par les événements de la journée. Je finis par apercevoir un groupe de gens. Je me mis alors à courir vers le salut, vers la liberté...
PS : c´est mon premier récit sur ce forum, donnez votre avis s´il vous plaît 