bon, j´en mets une ici, faites moi parvenir votre avis !
CONFIANCE DANGEREUSE
By Golden Selphie
CHAPITRE I
Quelqu´un s´amusait à lancer une pièce de monnaie et à la récupérer au dernier moment. Cette personne était totalement absorbée par ce jeu ridicule, parce que visiblement, elle n’avait absolument rien d’autre à faire dans ce hangar où étaient entassés divers objets hétéroclites, les uns brisés, les autres en excellent état.
J’essayais de m’habituer à l’obscurité pour pouvoir distinguer le visage de l’inconnu, mais les rares rayons de soleil qui réussissaient à s’infiltrer par les fenêtres mi-closes n’éclairaient que la pièce de monnaie lorsqu’elle retombait dans la main de l’individu, en émettant une lueur blafarde qui me faisait mal aux yeux.
La curiosité me poussa à m’approcher un peu plus, au moment même où la pièce finit par tomber par terre. Je me mis à quatre pattes et me dirigeai tant bien que mal vers l’énigmatique individu, en faisant attention à ne faire aucun bruit ; chose difficile à réaliser, vu que le sol était jonché de morceaux de bois et autres objets friables. Je relevai la tête et rencontrai brusquement le regard du jeune homme - car j’eus la certitude que j’avais affaire à un jeune homme. Il avait les yeux foncés, mais je ne pouvais pas en distinguer précisément la couleur à cause de la pénombre. Ses cheveux semblaient soyeux et étaient châtain clair. Il était brun et ne devait pas dépasser les vingt-cinq ans.
Quand il se rendit compte que j’étais en train de le dévisager, il me lança un regard si arrogant que j’eus une envie folle de venir le gifler, mais il ne prononça pas une seule syllabe. Je remarquai alors qu’il portait autour des poignets de drôles d’anneaux de fer enduits d’un liquide vermeil et brillant. Je me résolus à aller jusqu’au bout et me levai donc en empoignant mon pistolet de poche. Quant à lui, il avait l’air de se moquer complètement de ma présence et de mes actes, et me suivait distraitement des yeux.
Une fois arrivée à quelques pas de lui, je lui montrai mon badge et lui dis d’une voix ferme et sérieuse :
"FBI ! Plus un geste ! Je ne vous veux aucun mal...!"
Je n’avais pas vraiment besoin de réclamer l’immobilité, car il était de marbre, et si sa respiration ne le faisait pas un peu remuer, j’eusse sans doute cru qu’il était mort.
Cependant, ma gravité n’eut guère l’effet que je voulais lui attribuer : elle ne sembla pas beaucoup l’émouvoir et il ne me répondit rien. Son silence commençait d’ailleurs à m’irriter sérieusement. Je m’approchai encore plus de lui et me rendit compte que les anneaux de fer qui lui entouraient les poignets étaient en fait des menottes dont la chaîne avait été brisée et qui étaient badigeonnées de sang – son sang. Même que quelques gouttes tombaient lentement une à une sur une boîte de carton blanc qui était à ses pieds.
Je restai bouche bée devant la placidité du singulier personnage qui se tenait assis devant moi, serein et tranquille, dont la bonne humeur paraissait inébranlable. Il s’aperçut de ma stupeur et sourit narquoisement. Je pensai que peut-être était-il drogué.
Il se leva promptement. J’en fus secouée : à force de le voir inerte, le fait de l’observer en mouvement me parut invraisemblable, impossible.
"Qui t’es, toi ?"
Le silence était tel que sa voix résonna dans le noir avant de parvenir à mes oreilles en me faisant tressaillir.
Face à mon mutisme, il éclata de rire puis reprit :
"Alors ? Ta bravoure de tout à l’heure s’est envolée ou quoi ?"
Bien que ce qu’il m’avait dit n’était point un motif suffisant pour susciter mon emportement, je sentis la rage me ronger les entrailles et je courus immédiatement à lui. J’appliquai le canon de mon arme sur sa tempe d’un geste résolu et lui déclarai en retenant mon désir fou d’appuyer sur la détente :
"Je fais partie du FBI, ok ? Et je suis à la recherche d’un certain petit imbécile nommé Carlos qui serait accusé d’espionnage ou de quelque chose du genre. Pigé ?"
Il me regarda au fond des yeux d’un air incrédule puis répondit, sans toutefois oser bouger, de peur que je ne lui tire dessus :
"Et qu’est-ce que j’ai à voir là-d’dans, moi ?
- D’après les quelques témoins qu’on a pu trouver, ce Carlos devrait être dans les environs… tu l’as vu, peut-être ?"
Il s’empressa de hocher la tête en signe de désapprobation et balbutia :
"M…Moi ??… Moi, je sais rien… J’ai rien vu… Rien ni personne…
- T’es qui, d’abord ?
- Je… Je m’appelle Vince Corazza. Enchanté ! »
Je rangeai mon pistolet et serrai la main fébrile qu’il me tendait.
"Moi de même." rétorquai-je.
Et je ne trouvai plus rien à ajouter. Je me contentais de le regarder de haut en bas, honteuse de l’avoir menacé avec mon revolver.
Je me souvins soudain de l’histoire des menottes : je lui pris aussitôt les mains et lui examinai attentivement les poignets. On eût dit que ces menottes lui avaient été mises depuis plusieurs jours et que l’on avait guère daigné les lui retirer. Je les bougeai un peu et remarquai que c’était bien à cause des anneaux que Vince saignait. Ce dernier se laissait faire comme un enfant et ne disait rien – de toute façon, qu’aurait-il donc à dire ? En tant qu’agent du FBI, j’avais tout à fait le droit de l’analyser comme bon me semblait.
J’étais arrivée à un tel point de concentration que je me souciais fort peu du jeune homme qui se tenait en face de moi, et de ce qu’il pouvait bien ressentir. C’est dans cet esprit que j’appliquai brutalement mon doigt sur une des blessures, sans trop me tracasser de la douleur que j’occasionnerais sans doute. Vince, qui jusque-là n’avait pas réagi, retira brusquement ses mains et fit un pas en arrière.
"Non mais ça va pas ?? Tu crois pas que ça me fait assez mal comme ça ??" protesta-t-il.
J’étais plutôt fière de mon acte qui pourrait être qualifié de cruel, et je souris sadiquement. Puis je haussai les épaules et fis quelques pas vers la sortie du hangar quand il s’écria :
"Eh ! Jill ! Tu vas pas me laisser ces trucs, quand même ?"
Je me retournai vivement et le fixai, intriguée.
"D’où tu sais que je m’appelle Jill ?
- Ben… Je l’ai vu écrit quand tu m’as montré ton badge…"
Je réfléchis quelques instants, puis lui demandai :
"De quels trucs tu me parles ?"
Il désigna ses menottes d’un mouvement de tête et m’adressa un sourire forcé. C’était tout de même la moindre des choses que de les lui retirer, surtout après ce que je venais de lui faire subir…
Je revins donc sur mes pas et lui ôtai les anneaux de fer à l’aide de mon passe-partout. Il soupira et examina ses poignets d’un air soulagé.
"Qui t’as mis ces menottes ?"
Il releva la tête calmement et parut hésiter.
"Réponds ! continuai-je.
- C’est juste des mecs qui rôdaient dans les parages…" déclara-t-il au bout d’un court moment.
Je fronçai les sourcils puis repris :
"C’est pas possible qu’ils t’aient mis des menottes sans raison…
- Ben si, c’est possible… On voit bien que t´as jamais vécu dans une banlieue…"
Je me mordis les lèvres de fureur devant cette réflexion qui me vexa légèrement, puis continuai mon chemin vers la porte du hangar d’un pas résolu.
Je sentais qu’il était en train de suivre des yeux ma progression vers la sortie, mais qu’il guettait l’instant opportun pour m’empêcher de quitter les lieux. C’est au moment où je m’apprêtais à poser ma main sur la poignée de la porte qu’il me cria :
"Jill ! Pars pas ! Je veux t’accompagner !"
Je l’attendis donc un moment puis, un fois qu’il fut arrivé à mes côtés :
"Tu vas laisser ton hangar comme ça, sans surveillance ?"
Il me lança un regard interrogateur puis lâcha un bref rire.
"MON hangar ?? Tu n’y penses pas ? C’est pas du tout mon hangar, ça !! répliqua-t-il.
- Si c’est pas ton hangar, je peux savoir ce que tu fiches ici ?"
Il parut hésiter une nouvelle fois puis répliqua d’un air insouciant :
"C’est le hangar d’un type que j’connais…
- Ah ouais ??
- J’t’assure…"
Je ne trouvai rien à ajouter qui puisse le démentir, et cela m’exaspérait, surtout que j’entendais au fond de moi une petite voix qui me disait : "Il ment ! Il ment ! Méfie-toi !!" Sûrement l’instinct féminin...