_ Monsieur Bartim, je suis vraiment heureux de vous recevoir, vraiment.
_ Merci Monsieur Tapie.
La pièce respire l’argent, le luxe et le stupre. L’ovaloïde qui semble servir de bureau à cet homme est plein de papiers. Lui possède encore plus d’aura que je ne le pensais. Il dégage une sûreté et une force qui impressionne, et qui force le respect. Me voilà, moi, illustre inconnu de 35 ans, je suis face à cet ogre, à l´homme qui a amené une coupe aux grandes oreilles en France, à l´homme dont certains voulaient la peau, à tout prix. Lui, l’homme d’affaire, l’homme politique, le président, voulais me voir.
La pluie tape contre le carreau de ma fenêtre. Le jour ne s’est pas levé, et il semble qu’il ne se lèvera pas aujourd’hui, tant le ciel est gris, et la pluie continue.
Quatre jours que je n’ai pas dormis. Quand on souffre d’insomnies, on est jamais totalement endormi, ni jamais totalement réveillé. La télé débite son lot d’image de sangliers tirés par des chasseurs aussi futés qu’une poignée de porte, le cor de chasse résonne. Pour tuer le temps, je surfe sur le net, toute la nuit. Rien d’autre à faire. Pas de femme à aimer. Plus de femme surtout. Alors je surfe. Ikéa.fr, dans mes favoris. Table de nuit Dlujick en plaqué merisier, lit dôlmô avec drap assorti, canapé sujö en simili-cuir, et mon appartement ressemble à la page 322 du catalogue 2005 de la marque suédoise. Le problème de l’insomnie, c’est que tout paraît lointain. Je fais un travail que j’adore, je suis préparateur physique à l’Olympique Lyonnais, mais pourtant, je m’y ennuie. Ca devait être un mardi, Jean Michel Aulas avait mis une cravate jaune vif. Mes cartons dans les bras, je ne lui ai pas dis au revoir. Je venais de me faire licencier. J’aurai fait la même chose. Dans cette machine à gagner, pas de place pour les loosers. J’avais quand même négocier une belle lettre de recommandation, que j’enverrai dans mes CV. Recommandé par Houiller, je partais avec une longueur d’avance.
_ Excusez-moi, monsieur Tapie, mais pourquoi m’avez vous demandé de prendre rendez-vous avec votre secrétaire ?
_ Avez vous entendu parlé de mon projet de monter un second club dans la capitale.
Oui bien sur j’avais entendu, mais je prenais plus cela pour un feu de paille.
_ Oui, vaguement, lui dis-je.
_ Le projet est quasiment à terme. Il ne reste que deux détails. Le rachat du club par mon holding, et un entraîneur.
_ Ca ne me dis toujours pas en quoi j’interviens.
_ Monsieur Aulas, votre ancien employeur, et moi, nous nous sommes rencontrés il y a une dizaine de jour. Nous avons bien entendu abordé ce sujet, et à la question de savoir s´il connaissait un jeune entraîneur ambitieux, sûr de lui. Votre profil a été cité, et vous correspondez exactement à ce que je recherche.
Que répondre à cela ? Quand deux mastodontes du football-business français se rencontrent, et que vous, illustre looser inconnu de tous, entraîneur des jeunes verdunois, vous êtes recommandé par l’un pour un projet de l’autre, la seul chose à dire, c’est … ben non, rien à dire.
_ AH … ben euh … hum … euh
_ Oui, ça surprend, je m’en doute. Signez là et vous êtes mon Coach.
_ Sans vous manquer de respect, quel club ?
_ Le Paris FC. Nous repartons de National, et vous avez un contrat de 7 ans. Le deal : en 7 ans, on joue la LDC, et on surclasse le PSG.
_ Comment vous remercier ? .
_Ne me remerciez pas, vous avez 3 mois de travail a faire : Design du maillot, recrutement d’un staff, au passage, soumettez-moi la liste, je les appellerai moi-même, recrutement de quelques joueurs pour au maximum 2 000 000 €.
_ Sans problème, je me fais une joie de relever ce défi, ne portant pas tellement le PSG dans mon cœur.
_ Je me doutais que vous étiez l’homme de la situation. Je vous invite demain, nous officialiserons votre nouvel emploie, et le rachat du PFC, et vous pourrez vous mettre au travail.
A peine rentrée chez moi, je m’effondrais sur mon lit.
Même un bébé ne dort pas aussi bien.