Comme une folle ascension
Assis sur les marches d’un perron de la Commanderie, le complexe d’entraînement de l’Olympique de Marseille, Franck Ribéry, fouille dans sa mémoire pour mieux expliquer sa folle ascension.
À son niveau, ce n’est plus de l’introspection, c’est de la magie. Imaginez : il a trois saisons de cela, après avoir stoppé prématurément son expérience à Alès, il mange de la vache enragée en bossant avec son père, puis se relance à Brest, un bon club de National. Le « margat » (enfant de Boulogne) qui, à 17 ans, avait montré de bien belles choses sous les couleurs de l’USB en 2001, est meilleur passeur du championnat. Cela lui vaut de rejoindre Jean Fernandez (prémonition…) à Metz.
S’ensuit cette escapade sur le Bosphore, à Galatasaray plus précisément. Il n’y restera que six mois, puis retrouvera Jean Fernandez à Marseille, terre de football s’il en est. Marseille, où Ribéry le rebelle, Ribéry l’enfant de la rue devient le symbole des « minots » en manque d’idole. Certes, il y a bien Nasri, un authentique « minot ». Mais il n’a pas la niaque, l’insouciance, la classe, tout simplement de Ribéry, que les Marseillais baptisent « Scarface », pour cette fameuse cicatrise… qui est devenue un atout.
Eh oui !, car Ribéry a une gueule. Mélange de Jacquou le Croquant dur au mal et d’Oudini des terrains, Ribéry n’a pas fini d’étonner, de détoner. Du « Tit Franck » dans le texte, c’est parti…
– Réalisez-vous vraiment ce qui vous arrive ?
« De temps en temps, je me pose et, c’est vrai, j’ai du mal à réaliser. Mais j’avais cela au plus profond de moi-même. J’ai souffert, j’ai "craché" pour tout ça. »
– Avec le recul, était-ce une erreur, comme le dit votre agent, d’aller à Galatasaray ?
« C’était une erreur par rapport à ma progression de carrière, mais sur le plan humain, c’était une belle expérience. Les gens m’adoraient là-bas.
»
– Mais ils vous adorent aussi ici à Marseille… « C’est vrai, ici, c’est de la folie. Ils ne vivent que pour le foot. Je ne pouvais pas mieux tomber qu’à Marseille. »
– Repensez-vous souvent aux moments, disons délicats, qui ont suivi votre divorce avec votre ancien agent ?
« Quand on se retourne, on n’avance plus. C’est du passé. On m’a beaucoup sali, on a fait mon procès sans même me consulter. Mais j’ai toujours tellement eu la rage de m’en sortir que j’en suis sorti encore plus fort. Maintenant, je suis bien entouré, je mène une vie rangée, avec ma femme et ma fille, et je ne regarde que devant moi. »
– Et que voyez-vous devant vous ?
« J’espère que l’on va continuer à remonter au classement avec l’OM et faire un coup en Coupe de l’UEFA. Il y a un potentiel énorme ici, un public fantastique. »
– Assumez-vous votre statut de star ?
« C’est la presse qui affirme cela. Moi, je ne suis que Franck Ribéry. Je sais d’où je viens et jamais je ne renierai mes racines. Ma famille et mes amis comptent énormément pour moi. »
– Vous avez bossé avec votre père et vous savez donc ce que ce n’est pas rose tous les jours. Avez-vous envie de changer son quotidien ?
« Bien sûr, c’est l’un de mes buts. J’ai bossé sous la pluie et le froid dans les canalisations. J’espère être en mesure de pouvoir l’aider à arrêter ce travail difficile. Vous savez, quand j’allais mal à Lille, ils se saignaient aux quatre veines pour m’apporter à manger, pour me payer un forfait de téléphone. Alors, oui, je ferai tout pour mes parents. J’ai eu la chance d’hériter d’un don. Je dois rendre à ceux que j’aime. »
– Vous semblez très proche de votre agent… « Bruno, c’est un monsieur. C’est "respect" pour lui. »
– On parle de Ribéry en équipe de France… « Je suis dans une bonne spirale et, effectivement, je lis cela un peu partout. L’équipe de France, c’est le rêve de tout footballeur professionnel, et donc, moi aussi, je rêve. Ça viendra quand ça voudra venir. J’espère avoir ma chance en début d’année. Histoire de ne rien regretter. De toute manière, je suis déjà international avec les espoirs. Je m’éclate dans cette équipe. »
– On parle aussi de Ribéry chez les plus grands d’Europe… « Marseille est un grand club. Mais c’est vrai que des grands clubs étrangers ont appelé. Je me sens bien ici. J’ai 22 ans et encore beaucoup à prouver. »