Pour info, voici un article paru dans libération sur ribery. Je ne sais pas si vous l´avez déjà posté mais au cas ou le voilà :
Franck Ribéry, 22 ans, footballeur. Issu d´un milieu populaire, l´explosif ailier fait sensation à l´OM mais n´a pas encore convaincu Raymond Domenech de le prendre chez les Bleus.
AUTEUR: HENRY Michel
Ribéry, c´est une gueule et des jambes. Vif et endurant : c´est rare. On le croit mort, à la rue, et il colle à la 92e minute une accélération sur cinquante mètres. Vas-y Francky, c´est bon. Comme déstabilisateur de défense, on ne fait guère mieux sur le marché français. Ferraribéry, disaient les Turcs, quand il jouait à Galatasaray. Le petit gars de la cité Transition, à Boulogne-sur-Mer, roule en BMW X5 noire, 4x4 de luxe pour un "bon rebelle", dit un de ses anciens formateurs. Un dingue, oui. "Je ne gère jamais mes efforts, à l´entraînement comme en match." Trop gourmand, même : à l´OM, le milieu offensif oublie parfois ses partenaires. Mange le ballon. Il a toujours faim. Un seul moyen de l´arrêter : le coincer le long de la touche. Mettre le pied. La semelle. Tout le corps. Faire faute, quoi. Jean-Luc Vandamme, qui l´a formé à Lille : "Franck anticipe, analyse trois fois plus vite. Sur le terrain, il résout les problèmes pendant que les autres réfléchissent encore. Penser qu´il est bête est la plus grande des conneries. C´est tout sauf un abruti. Une intelligence pratique, le truc des grands joueurs."
Que vous faut-il de plus, M. Domenech, pour l´emmener en Allemagne ? Trop jeune ? C´est vrai qu´avec le festival de (vieilles) cannes que M. Raymond nous concocte, Franck, 22 ans, ferait tâche. Ou alors, il va trop vite ? Ralentis, Franck, M. Raymond ne t´a pas vu passer. Bon, on dérape. Pas de polémique. A Marseille, en tout cas, il a réveillé le souvenir des grands anciens : Magnusson, Waddle... Créativité, explosivité, volume de jeu. L´économie, il ne connaît pas. Se planquer ? Jamais. Batailler ? Toujours. Pour le même prix, il défend. Et on s´en priverait pour le Mondial 2006 ? Aussi bon à gauche qu´à droite, il peut jaillir de partout, intérieur, extérieur, là où on ne l´attend pas. Si on l´attend, ça lui plaît encore plus. "Je n´ai peur de rien. Je suis quelqu´un de simple. Je vais où ma tête me dit d´aller", résume Ribéry. Un dynamiteur. On ne connaît pas ses limites. Lui non plus. "J´ai confiance 100 % en moi. Quand j´ai du peps, je peux dribbler n´importe quel défenseur." Alors, M. Raymond, ça ne vous fait pas envie ? C´est sûr, il n´a ni le métier de Govou, ni celui de Giuly, concurrents directs. Pourtant, le foot a besoin de têtes brûlées. "En équipe de France, il y en a de plus expérimentés, qui ont gagné des titres, dit Franck. Eux aussi ont dû débuter un jour ! Ils ont eu leur chance. J´espère que je l´aurai aussi."
Son père est terrassier. Lui, il terrasse les défenses adverses. Brut de décoffrage, il prend le ballon et va de l´avant, petit gabarit (1,70 m). "C´est dans la tête que ça se passe, face aux plus costauds. L´envie de gagner le combat. La gnaque. Pas se poser de question." En Turquie, ses supporteurs avaient remplacé Al Pacino sur l´affiche de Scarface par sa tronche amochée. Ribéry a apprécié : "Ça me fait rire. Ça prouve que les supporteurs m´aiment bien." A Marseille, les South Winners ont repris le visuel, légendé "Mentalité Guerrier !" Ribéry la teigne, il a la gueule pour ça. Les restes d´un accident de voiture, à 2 ans, avec ses parents : "J´étais derrière, le pare-brise a éclaté sur ma figure."
Il vit bien avec ça. Comme il se sent bien en couple, avec sa femme, Wahiba. "Je l´ai connue à 16 ans. On habitait le même quartier. Elle m´a fait du bien dans tout. Ce n´est pas parce que je suis pro aujourd´hui que j´ai changé." Ils ont une fille de 7 mois, Hiziya. Ça stabilise : "Quand on a une famille, on veut construire." Il est devenu musulman, comme Anelka et d´autres footeux. "Quand j´étais jeune, je passais mon temps avec des personnes musulmanes. C´est mon choix. C´est pas les autres qui m´ont dit de faire ça." Avant chaque coup d´envoi, mains ouvertes, il prie. "Je préfère garder ça pour moi. C´est personnel. Y a des clubs qui l´acceptent, d´autres moins, notamment si on fait ramadan. A l´OM, pas de problème."
Il vient de loin. "Je gagne bien ma vie. Mais je suis passé par des moments difficiles." Quartier du Plateau, à Boulogne, à côté d´Outreau. Aîné de quatre enfants, il donne tout pour le foot. Les poussins, d´abord, équipe des Aiglons. José Pereira l´entraînait : "Il avait 7-8 ans. Très doué. Audacieux. Pas la peine de lui mettre la pression. Fallait pas trop le chatouiller..." A 13 ans, il part au centre de formation du Losc (Lille). Trois ans, puis viré. Pas à cause du foot, de l´école. "On l´avait récupéré très jeune, il venait d´un quartier difficile, élevé à la dure, avec des parents charmants. Mais on a été dépassés par son comportement scolaire, explique Jean-Luc Vandamme, responsable du centre de formation lillois. Il se battait. Pas dans l´équipe. A l´école. Super-gentil, hyperattachant, je serais allé au bout avec lui. Quand vous l´engueuliez, il baissait la tête, acquiesçait. Ça vous désarmait. Mais vis-à-vis des autres, on ne pouvait pas tout laisser passer. Dans le foot, vous gérez une équipe, pas une personne."
Ribéry le reconnaît, il ne pensait qu´au foot et à rigoler avec les copains. L´école ? Pas son truc. "Je ne suis pas un bagarreur : j´essaye juste de me faire respecter." Viré à 16 ans, il se sent plutôt mal. "J´ai pensé tout de suite à mon père, il croyait 100 % en moi, comment il allait réagir ? Il m´a engueulé." Son ancien mentor, José Pereira, pensait qu´il aurait "du mal à rebondir. Eh bien non. Il a totalement changé au niveau mental." D´abord, il revient à Boulogne-sur-Mer, où Bruno Dupuis l´entraîne : "Franck, un bon mec. Pas facile. Mais, il ne renie jamais ses copains, c´est bien."
Puis il file à Alès (National). La galère, car le club a "des tiroirs entiers de dettes", décrit son entraîneur d´alors, René Marsiglia. "Quand je le vois aujourd´hui, ajoute-t-il, je n´ai pas l´impression qu´il a progressé, et c´est un compliment : il joue en Ligue 1 comme il jouait en National. Les mêmes accélérations. Aussi simple. Un roc." Pas payé, il revient à Boulogne, part à Brest, toujours en National, où Philippe Goursat le récupère en vrac : "Il manquait de repères. Il était en grande difficulté humaine. Il a pris la main qui lui était tendue. Toujours très respectueux. Un gentil clown. Un dur au coeur très tendre. Il est à l´aube d´être un grand Monsieur du foot français."
Après débute le conte de fées. Jean Fernandez, entraîneur du FC Metz, le fait signer. De National en L1, deux divisions d´écart. Il explose au culot, révélation de l´été 2004. Puis s´embrouille aussi vite avec le club lorrain : une bagarre en boîte après Lens-Metz, des reproches du club, des bisbilles sur sa revalorisation salariale.
Il part en Turquie en jet privé, début 2005. Il y gagne plus. Nouvelle fâcherie au bout de six mois. Toujours l´argent, et deux agents de joueurs qui se le disputent. Il revient en France, signe à Marseille, avec le même Fernandez. Il affirme qu´il veut rester à l´OM, se poser. Dans les tribunes, les supporteurs préviennent les dirigeants : "Ne le vendez pas !" Déjà, d´autres clubs frappent à la porte. Pendant ce temps, international Espoirs, Franck sonne chez les Bleus - sans réponse. "C´est vrai, j´étais déçu, j´aurais voulu être pris contre la Slovaquie [match amical, le 1er mars]. J´aurais mérité d´y aller, par rapport à ce que je fais à Marseille. A moi de travailler. Après, il y a un sélectionneur, il fait ses choix, faut le respecter." Bien parlé, Franck. Faut pas le fâcher M. Raymond, il peut changer d´avis.
Franck Ribery en 6 dates
Avril 1983: Naissance à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais).
1996: Centre de formation du Losc à Lille.
Eté 2004: Premier contrat pro au FC Metz.
Janvier 2005: Quitte Metz pour Galatasaray Istanbul.
Juillet 2005: Signe à l´OM.
Mars 2006: Toujours pas sélectionné en équipe de France.