Oddie
Posté le 08 août 2006 à 00 h 34
On ne peut pas dire le contraire, la plupart des chroniques précédentes, bien que globalement positives, sont bien écrites, sensées, argumentées et objectives. Pas de délire maniaque de fan transi, mais un vrai boulot d´analyse. C´est bien, ça.
Une question, maintenant : puisque des gens qui apprécient Muse ont fait l´effort de chroniquer cet album de façon constructive, pourquoi ceux qui souffrent d´une allergie à ce groupe n´essaieraient-ils pas aussi ? Car il en est de la musique de Muse, et de la voix du sieur Bellamy en particulier, comme du pollen, des poils de chat ou des piqûres d´abeilles : on y est allergique ou on ne l´est pas. Et je dois avouer que pour ma part, je le suis. Cela avait commencé à se manifester à l´époque de l´atroce Origin Of Symmetry, si ma mémoire est bonne. Je me souviens encore d´un concert dans les arènes de Nîmes où j´avais subi, pendant une heure qui m´en avait semblé dix, les vocalises grotesques de la castafiore pseudo-buckleyennne. Seule la perspective de voir ensuite P.J. Harvey, une vraie diva rock elle au moins, m´avait fait tenir le coup...Mais je promets de faire abstraction de mon irrépressible aversion qui date de ce soir-là, et de ne pas me livrer à un lynchage bête et méchant. Et de ne pas faire subir à ce disque le sort qui lui a été réservé chez les plumes acérées du site Tatapoum.net. Jetez-y un coup d´œil à l´occasion : c´est terrible, même les frisbees sont mieux traités que ça, on se croirait au ball-trap (Mais par contre, qu´est-ce que c´est drôle, ahaha ! Heu, pardon. Objectivité, j´avais promis...).
Allez, assez de bavardages et courage : écoutons-le, ce fameux skeud. Début drolatique avec "Take A Bow" qui aurait tout aussi bien pu s´appeler ´A Night At The Space Opera‘, en référence à Queen dont la pompeuse influence se fait encore une fois sentir. Si Thom Yorke, de passage à Hollywood, avait été la victime d´un producteur psychopathe qui l´aurait séquestré puis drogué pour l´obliger à composer la B.O. du prochain épisode de Star Wars en collaboration avec Jean-Michel Jarre, le résultat aurait sans doute pu ressembler à ça. Pour ce qui est des paroles, il est question de gens qui vont rôtir en enfer pour leurs péchés... Là, je me dis : fais gaffe, l´ami Bellamy, car l´orgueil, la prétention donc, fait partie des sept péchés capitaux. Mais comme un chroniqueur a déjà eu la clairvoyance de signaler la nullité démagogique des lyrics et de ces diatribes envers des politiciens qui sont tous des méchants pas gentils, je m´abstiendrai loyalement d´en rajouter une couche.
"Starlight" pourrait presque faire penser à du Grandaddy, s´il n´y avait ce je ne sais quoi de facile et de vulgaire. Ce piano de supermarché, peut-être ? Vient alors ce grand moment d´humour qu´est "Supermassive Black Hole". Bellamy essaierait-il d´imiter Prince ? A quoi bon du reste, puisque cela a déjà été fait par Beck ? Du coup, j´ai plutôt l´impression d´entendre une imitation de Beck en train d´imiter Prince. Et je me dis que tout compte fait, Muse peut être un groupe génial si on le prend au second degré.
Je rigole un peu moins avec "Map Of The Problematique". C´est à la fois électronique et rythmé, agréable, et la voix est un tant soit peu maîtrisée. Je dois reconnaître que ce morceau-là au moins n´est pas mal. Par contre, je suspecte un léger plagiat, mais ma grande indulgence m´incitera à faire comme si Depeche Mode n´avait jamais existé. Quant aux deux morceaux suivants, "Soldier´s Poem" et "Invicible", ils sont totalement insignifiants, cela m´évite donc de les commenter, et c´est tant mieux car j´ai quand même autre chose à faire. Avec "Assassin", le groupe retombe dans ses pires ornières heavy-prog, et c´est le grand retour des vocalises insupportables qui nous avaient été jusque là épargnées...
C´est alors que se produit un phénomène inexplicable. Trois chansons consécutives (oui, trois !) me semblent, ma foi, tout à fait correctes. En particulier, avec "City Of Delusion" et son ambiance latino, le groupe prend de louables risques et parvient à frôler le ridicule sans y sombrer. Et du coup, je suis bien embêté. Si l´album devait s´arrêter là, je serais tenté de lui attribuer 10/20. Bien obligé : j´ai trouvé que 4 ou 5 chansons, c´est à dire la moitié, étaient écoutables. Cela m´angoisse. Si par malheur je devais accorder la moyenne à un album de Muse, je crains une réaction moqueuse de certains membres du site (style : ‘Ouah, la honte ! Oddie, il aime bien Muse ! Putain, les goûts de chiottes qu´il a, beurk !´ ). Je risque de payer cher ma ridicule intégrité et ma coupable complaisance...
Heureusement, il restait les "Knights Of Cydonia" pour me sauver ! J´ose à peine y croire. C´est comme si les vagues efforts réalisés pour faire une musique décente avaient été trop intenses, et que le groupe rechutait pour de bon dans la plus effroyable grandiloquence. Chassez le naturel, il revient au galop. Le genre de truc que même Manowar ou Europe n´oseraient plus commettre, par pudeur, par peur de l´auto-caricature. Un vautrage total dans le plus absolu mauvais goût. Ha ! Cette intro avec lasers et chevaux ! Cette rythmique martiale avec chœurs de walkyries, trompette pouet-pouet et bourdonnement étrange de mouche intergalactique (à moins qu´il ne s´agisse d´un cosmonaute souffrant de problèmes gastriques ?) ! ! Et ce break insensé, suivi d´un riff marteau-piqueur ! Merci, je suis soulagé. Et c´est en exultant d´une joie mauvaise que je divise la note par deux.
Mauvais 5/20
