
Face à la Suisse (0-0), la France n´a pas convaincu. La faute à une organisation mal adaptée qui a esseulé Thierry Henry en pointe et surtout à un manque d´inspiration frappant. Malgré des individualités supérieures à celles des Helvètes, les Bleus n´ont pu faire la différence. Embêtant.
25 juin 2004 - 13 juin 2006. Entre ces deux dates, deux années se sont écoulées. Pourtant, peu de choses semblent avoir changé. Entre le France-Grèce (0-1) de l´Euro 2004 et le France-Suisse (0-0) de la Coupe du monde 2006, force est de constater que les points communs sont nombreux. A Francfort comme à Lisbonne, les Tricolores portaient un short de couleur bleue. Et comme il y a deux ans, ces mêmes Tricolores ont semblé fort empêtré et ont peiné sur un mur bien regroupé. Si la première analogie relève de l´anecdote, la seconde a de quoi inquiéter.
Durant quatre-vingt-dix minutes, l´équipe de Raymond Domenech, organisée autour d´un 4-2-3-1 qui n´avait pas été testé durant les trois matches de préparation disputés face au Mexique (1-0), au Danemark (2-0) et à la Chine (3-1), n´a pas réussi à tromper la vigilance des Helvètes. Pire, les Français ont senti souffler le vent du boulet à plusieurs reprises. Sur un coup franc de Barnetta et sur une tête de Gygax sortie magistralement par Fabien Barthez, les Bleus sont passés à un cheveu d´une défaite initiale qui aurait fait mal au crâne.
Au tour de Trezeguet
Heureusement, la France a tenu et a désormais jusqu´à dimanche pour se remettre de ses émotions. Et régler les problèmes. Des problèmes qui ne semblent pas se trouver derrière. "L´équipe a démontré une attitude responsable sur le terrain, il suffit de voir la rigueur de nos remplacements défensifs", a confié Lilian Thuram. On ne peut guère donner tort au Turinois qui, avec ses trois compères, a réussi une partie honorable. C´est plutôt du côté de l´animation offensive que les Français vont devoir revoir leur copie. Face à la Corée du Sud - contre qui il faudra gagner - l´équipe de France va devoir redoubler d´imagination.
Compte tenu du retour de Florent Malouda, de la prestation plus que discrète d´un Sylvain Wiltord d´habitude plus inspiré et de l´inhibition compréhensible de Franck Ribéry, Raymond Domenech va sans doute revenir à deux pointes. Sinon, Thierry Henry risque de trainer une nouvelle fois sa peine aux avant-postes. Constamment obligé de s´excentrer ou de reculer pour aller chercher le cuir, le Gunner s´est retrouvé plus à l´origine qu´à la conclusion des actions. Et personne n´est venu le suppléer dans l´axe.
"Un sentiment de solitude"
"Je ne sais pas si je pourrai faire toute la Coupe du monde tout seul devant, a-t-il expliqué. Il faut que je fasse beaucoup d´appels de balles pour qu´on se procure des occasions mais à un moment donné quand je partais, j´avais un sentiment de solitude. " Un deuxième attaquant s´impose et David Trezeguet pourrait être celui-là. Inexistant dans le jeu, le Turinois est d´une utilité sans égale dans la surface de vérité. Sa présence, ou même son entrée en fin de match, aurait pesé sur la paire Müller-Senderos.
S´il est titularisé par Raymond Domenech, Trezegol devra comme ses partenaires faire preuve de plus de folie. Ce qui a finalement le plus manqué aux Bleus. Car au-delà d´une animation ou d´un système qui n´ont pas été convaincants, de la chaleur accablante qui régnait sur Stuttgart et d´une pelouse trop sèche qui, selon Franck Ribéry, ne "nous a pas trop avantagés", le onze tricolore n´a pas eu l´étincelle qui fait la différence. Et que des individualités comme Zidane, Henry, Ribéry ou encore Wiltord devraient offrir au jeu français. Si Zidane a semblé très en jambes, s´est permis une ouverture sur une louche en direction de Ribéry et quelques gestes dignes de son talent, le reste du football déployé par les joueurs de Domenech a paru bien fade.
"L´impatience"
Si l´on écoute le sélectionneur, l´équipe de France n´a pas souffert "de problème physique. On a plutôt été saisis par l´impatience." Sur la meilleure action des Bleus en première période, menée par Franck Ribéry, cela s´est fait sentir. Devant le but, le Marseillais a manqué de lucidité et n´a pas osé tenter sa chance. Lorsqu´il a servi Thierry Henry, le ballon s´est retrouvé dans le dos du Gunner. Neuf fois sur dix, Ribéry aurait réussi sa passe. Pas mardi. "Si jamais Franck me met la balle devant, je marque dans le but vide, a remarqué Henry. Mais il me la met derrière. Si on avait mieux géré cette action... Ce sont des choses qui arrivent. Tu veux centrer et mettre la balle devant et ça arrive derrière. Le centre est un peu raté, ça n´a rien à voir avec la tactique." Aux Bleus d´en donner la preuve définitive. Sinon, plus que des comparaisons 2004-2006, on pourrait revenir quatre ans en arrière et se remémorer des souvenirs encore plus douloureux.