Moi, ce n´est pas su l´amour, mais la guerre...
La Croisée des Chemins
Me voila seul, comme je l’ai tant de fois demandé. Me voila loin de la folie des hommes, de leurs guerres, de leurs disputes, de leurs conflits… Je me trouve à la croisée des chemins, ce lieu que tant de monde recherche, sans savoir que la route la plus sûre est le chemin du cœur. Oui, je l’ai suivi, et j’y suis arrivé. Je contemple maintenant ma vie passée, comme dans un flash-back aux visions voilées de bleu. Bizarrement, l’être qui évolue dans cette vision, ce n’est pas moi. J’ai tant évolué… Je me vois petit, je me vois grand, cheveux longs et courts. Les hivers laissent place aux printemps tandis que défile ma vie. Une scène s’arrête. Je la fixe, puis je me souviens… Une scène de ma vie passé, une scène datant d’un mois. Une éternité…
Ce matin-là, je m’étais réveillé de bonne heure, excité par la perspective de partir pour la première fois à la guerre. Si seulement je savais !
Notre bon roi Hemrick avait depuis peu déclaré la guerre au roi Xinaal. Des volontaires arrivaient de toutes les contrées du royaume. Moi avec eux.
Ce matin-là, je me rappelle, je m’étais rendu au ruisseau à cent mètres afin de prendre un bain avant la journée de voyage nécessaire pour arriver jusqu’au château. Cette étape achevée, je pris mes sacs que je plaçai dans les sacoches que transportait le second cheval de l’équipage. Je partis seul sur les routes, bientôt rejoint par d’autres volontaires en quête d’héroïsme. Tous rêvaient de batailles glorieuses, de duel fabuleux, sous un soleil flamboyant, d’escarmouche victorieuses, et de passes d’arme célèbres. Le rêve est parfois si différent de la réalité…
Nous arrivâmes peut de temps après au château du roi, où nous rejoignîmes le gros de l’armée. Une heure plus tard, nous partions…
Pourquoi ce jour-là n’ais-je pas écouté mon instinct qui me disait, malgré mon impatience, de plier bagage et de repartir vers ma douce contrée ? Pourquoi n’ais-je pas saisi à ce moment la folie d’une telle entreprise ?
Le roi nous décrivit les soldats ennemis comme des démons, des créatures hideuses qui ne méritaient pas la vie.
Puis, le combat commença.
Je me souviens encore… Le son claironnant des trompettes. La cavalerie qui fonçait n avant. Quant à moi, j’étais à pied, mes chevaux n’étant pas faits pour combattre.
Je me jetais dans la bataille avec la fougue de la jeunesse.
Soudain, le corps à corps.
Sans même les regarder, je tuais deux soldats ennemis d’un simple mouvement du bras. Me retournant, je parai un coup du plat de mon épée, et je balançai un coup de pied à mon adversaire. Beaucoup de soldats oubliaient qu’il existait d’autres façons de se battre qu’avec des armes.
Le temps autour de moi se figeait, je tuais ennemi après ennemi, d’un moulinet, d’une passe d’arme, d’un coup de pied.
J’avais tué une trentaine d’ennemi, et je m’apprêtais à achever un autre de ces démons quand soudain je croisai son regard. Un regard humain, déformé par la terreur.
Soudain, je pris conscience de ce que j’avais fait. J’avais tué des hommes, de sang froid, des êtres comme moi, ou ma famille. Des êtres qui avaient des amis, qui buvaient de la bière, qui chaque matin s’éveillaient pour une nouvelle journée.
Regardant autour de moi, je me rendis compte que la guerre n’avait rien de glorieux. Nulle part, je ne voyais de duels fabuleux, ou de passe d’armes victorieuse, ou encore d’escarmouche héroïque. Ce que je voyais, c’était la mort, la souffrance, et la haine.
A la vue de ce spectacle, je tombai dans l’insouciance la plus totale.
Je ne sais comment j’ai pu survivre à cette guerre. Toujours est-il que, quand je me suis réveillé, il n’y avait plus que le sang.
Il me fallait partir le plus loin possible. Je suis partit à la Croisée des Chemins…