La première semaine des vacances je serai pas là, faudra vous débrouiller
Interview de Jo sur BBC 4
Comme annoncé, une interview de J.K. Rowling a été diffusée ce matin sur BBC Radio 4 et menée par Stephen Fry. L’entrevue dure un peu plus de vingt-huit minutes, de quoi occuper, donc (l’interview est en anglais).
* Ecouter l’interview
http://www.veritaserum.com/interviews/jkrowling/audio/bbc4-rowlingfryinterview.mp3
Merci à Veritaserum qui a mis l’interview en ligne et a commencé à publier sa retranscription morceau par morceau (en cours de traduction).
* Traduction : partie 1
Matthew de Veritaserum, a retranscrit l’interview entre Stephen Fry et J.K. Rowling, diffusée sur BBC 4 aujourd’hui samedi 10 décembre. En voici le début de traduction.
Matthew de Veritaserum, a retranscrit l’interview entre Stephen Fry et J.K. Rowling, diffusée sur BBC 4 aujourd’hui samedi 10 décembre. Voici la traduction de la première partie.
Retranscription de l’interview entre J.K. Rowling et Stephen Fry : :
Stephen Fry : C’était à Noël, il y a cinq ans lorsque j’ai eu l’étrange sensation d’entendre ma propre voix à la radio toute la journée du Boxing Day [jour de congé du 26 décembre dans les pays du Commonwealth, ndlr] alors que BBC 4 diffusait l’enregistrement de Harry Potter à l’Ecole des Sorciers. Ce fut un privilège d’être la voix du travail de J.K. Rowling au fil de ces six tomes, 2764 pages, 100 heures et 55 minutes d’enregistrement.
Les personnages de la série sont devenus pour moi comme pour beaucoup d’autres des amis intimes, ou des ennemis et j’attends avec enthousiasme chaque épisode.
J’ai rencontré Jo pour la première fois il y a sept ans de cela lorsqu’elle est venue au studio où j’étais en train d’enregistrer le premier tome. Si elle continue de garder ses distances avec la célébrité, pour ma part et comme pour celle de millions de fans de Harry Potter, je suis fasciné à l’idée de savoir ce que cela fait de vivre avec Harry, d’où vient l’inspiration qui a donné naissance à ces livres, ce qu’elle pense des critiques et ce qu’elle a l’intention de faire lorsqu’elle aura terminé d’écrire le chapitre final. Et comme Jo a accepté de m’accorder un entretien avec elle, j’ai sauté sur l’occasion.
Jo, je crois qu’une bonne question comme entrée en matière serait simplement de vous demander à quel personnage vous vous identifiez le plus lorsque vous écrivez ou lorsque vous vous relisez.
J.K. Rowling : Probablement Harry, vraiment, parce que je dois m’immiscer dans sa tête de façon plus poussée que pour n’importe quel autre personnage puisque que toute chose est perçue de son point de vue. Mais à part ça, il y a un peu de moi dans la plupart des personnages, je pense. On dit souvent des écrivains que... hum... il leur est impossible de ne pas mettre un peu d’eux-mêmes dans tous leurs personnages puisqu’ils doivent imaginer leurs motivations.
Stephen Fry : Vous étiez-vous imaginé, lorsque vous prépariez l’écriture des livres et que vous espériez être publiée, que tant de gens qui n’étaient jamais allé dans un pensionnat, se seraient apparentés au monde si particulier du pensionnat anglais que Poudlard représente ?
J.K. Rowling : En vérité je n’ai jamais été en internat moi-même, bien-sûr. J’ai fait mes études dans une école secondaire basique. Pourtant il était essentiel pour l’intrigue que les enfants soient enfermés quelque part ensemble, même la nuit. Ce ne pouvait être une école de jour, car l’aventure serait tombée à l’eau tout le temps si les étudiants étaient rentrés chez eux le soir et avaient pu parler à leurs parents, ou s’ils avaient dû revenir s’introduire en douce dans l’école pour rôder la nuit, donc il était nécessaire que ce soit un pensionnat. Ce qui est aussi logique car comment les sorciers éduqueraient-ils leurs enfants ? S’ils les gardaient avec eux, les lieux seraient sans arrêt pleins de bruits étranges, d’odeurs, de lumière. A leur place, vous voudriez contenir vos enfants quelque part loin des moldus pour que ceux-ci ne mettent pas sans arrêt leur nez là où il ne faut pas. Mais je crois que les gens reconnaissent les réalités d’une situation où des enfants sont cloîtrés ensemble plus qu’ils ne reconnaissent l’ambiance d’un pensionnat. Je ne suis pas sûre de bien connaître cette ambiance moi non plus mais je pense savoir de quoi ont l’air des enfants qui sont obligés de vivre ensemble.
Stephen Fry : le fait est que vous avez créé un monde, une bonne définition pour une fiction couronnée de succès, qui est circonscrite par ses propres règles, sa propre morale, sa propre culture, ses propres goûts, odeurs et sens. Vous avez réussi et c’est pourquoi il est si peu rare d’entendre des enfants et des adultes rêver d’entrer à Poudlard, de vivre des aventures, côte à côte avec Harry, Ron, Hermione et les autres. Et forcément, cet attrait apporte avec lui également son lot de voix étranges et menaçantes de personnes que j’ai toujours imaginé avec des cheveux couleur acier et avec des aiguilles à tricoter plantées dedans, pour attacher des chignons serrés, se débattant pour prouver à quel point tout cela est dangereux...
J.K. Rowling : Oui
Stephen Fry : ... pour les gens. Mais mettons de côté la question de savoir si la magie est dangereuse ou non pour les gens, débat que nous pouvons ignorer je pense car...
Tous deux rient
Stephen Fry : ... il semble que cela représente une trop grande corvée de ménage dans toute cette déraison.
J.K. Rowling : Tout vient de là. Les jeunes filles, il y a deux cent ans n’avaient pas le droit de lire de romans parce que la crainte générale était que ces lectures risquaient d’enflammer leurs passions, de les rendre trop enthousiastes ou excitées ou parce que ces romans risquaient de les conduire à un trop grand attachement à ce qui n’est pas réel. Et je me souviens avoir été bouleversée, quand j’étais jeune de lire à propos de Virginia Woolf qu’elle ne devait pas écrire car cela exacerbait sa maladie mentale.
Nous avons besoin d’un endroit où nous échapper, aussi bien en tant qu’écrivain qu’en tant que lecteur et évidemment, l’univers que j’ai créé est l’exemple particulièrement probant et lumineux d’un monde où il est très agréable de se réfugier. Cette superbe image de C.S. Lewis [auteur des Chroniques de Narnia, ndlr] qui fait référence à des mares, d’un monde entre les mondes, dans lesquelles vous pouvez sauter pour accéder aux différents mondes a toujours été, pour moi une métaphore de la bibliothèque. Mais je sais que Lewis ne pensait pas forcément à cela lorsqu’il a écrit ces passages.
SF : Ouais il écrivait davantage des métaphores christiques.
JKR : Bien-sûr, mais pour moi, sauter dans ces différentes mares pour accéder à différents mondes, quelle belle chose et je continue à le prendre dans un sens littéral. Donc que vous aimiez Poudlard ou que vous détestiez cela, je ne crois pas que vous vous puissiez critiquer à partir du moment où c’est un monde qui offre du plaisir aux gens.
SF : Précisément. C’est pourquoi cela a une portée aussi pénétrante sur notre imagination.
JKR : J’ai lu une interview que vous avez mené et qui m’a beaucoup flatté. Dans cette interview vous retraciez un parallèle entre ce monde et celui de Sherlock Holmes, et j’ai trouvé cette comparaison très flatteuse. Ca m’a frappé parce que lorsque j’ai lu les histoires de Holmes... enfin bien sûr c’est un univers qui n’a jamais existé... Et vous pouvez croire dur comme fer que cela existe et plus important vous avez envie que tout cela existe vraiment, n’est-ce pas ?
SF : Oui, tout à fait.