La pensée libertaire englobe un projet de société différent de tous les modèles connus jusqu´à présent.
C’est l’état d´un peuple, et plus exactement encore, d´un milieu social sans gouvernement. Hormis les anarchistes, tous les philosophes, tous les moralistes, tous les sociologues, y compris les théoriciens démocrates et les doctrinaires socialistes, affirment qu´en l´absence d´un gouvernement, d´une législation et d´une répression qui assure le respect de la loi et sévit contre toute infraction à celle-ci, il ne peut y avoir que désordre et criminalité. Les anarchistes affirment que “l´anarchie est la plus haute expression de l´ordre ”.
Cet ordre repose sur l´entente (principe de Liberté, opposé au principe d’Autorité). Au contraire, les autres propositions d´organisation de la société - socialisme, libéralisme, marxisme… - ont toujours octroyé à une minorité de privilégiés le droit de gérer la société à la place des concernés et pour leur propre profit. Ce mode de gestion porte un nom : l´État.
L´État est l´expression politique du régime économique auquel est soumise la société. Il permet et justifie l´oppression et l´exploitation de l´homme par l´homme : il confisque à l’individu son pouvoir - en dictature comme en démocratie (élections) - et met ce pouvoir au service du capital (répression des mouvements sociaux, aides financières…).
L´État, à force d´être omniprésent, finit par se superposer à la société, et tente de faire croire qu´en-dehors de lui elle ne saurait fonctionner. Cette illusion est d’autant plus pathétique que l’Etat constitue de fait un groupe social à part entière, coupé des réalités des individus et des autres groupes sociaux. Il ne sert qu’à maintenir l’ordre (fonctions législative et répressive) au service des intérêts de la classe exploiteuse, qu’on la nomme patronat, bourgeoisie ou nomenklatura. Il s´appuie pour cela sur une morale dégradante et humiliante pour l´être humain, secondé en ce sens par la religion qui légitime elle aussi l´exploitation et la domination, se contentant parfois d´en condamner les manifestations les plus brutales, sans jamais émettre de critique de fond ni proposer d’autre modèle que patriarcal, conservateur, hiérarchique et caritatif.
Les anarchistes refusent ce modèle sociétaire, oppresseur, exploiteur, négation de l´individu et de ses aspirations. Ils cherchent par tous les moyens à montrer qu’il est possible et souhaitable de vivre dans une société égalitaire, gérée directement et librement par ses diverses composantes : individus, groupements sociaux, économiques, culturels, et ce dans le cadre du fédéralisme libertaire.