"Le pire c´est que les jeunes qui font ça ils croient qu´ils s´attaquent à l´Etat alors qu´en fait ils s´attaquent à des particuliers !" Cette phrase, prononcée par une jeune de banlieue victime des violences, résume assez bien ce que je vais vous dire.
Ceux qui cassent et qui sont "récupérables", ne sont pas de "mauvais bougres" (les gros cons appartiennent à une autre catégorie) confondent énormément de choses. Ils ont été baignés depuis l´enfance dans toutes sortes d´avis, d´opinions tordues qui ne sont ni plus ni moins que ce qu´on appelle des stéréotypes (des avis dénués de toute originalité). J´explique :
Dans l´idée d´un jeune de cité, voilà comment se résume la situation : les bourges (autrement dit ceux qui réussissent leur vie), les flics, et les politiques forment le groupe de la société qui sont leurs "ennemis". Ce sont ceux qui, (dans leur vision des choses), parlent toujours en langage ultra soutenu, sont pleins aux as, sont lèche-culs des profs (quand ce sont des élèves), connaissent la loi et le Code Civil par coeur, sont chiants à mort, parlent toujours de choses inintéressantes, et n´ont pas de coeur, et eux-mêmes se considèrent comm les "bons", les "bons gars tous simples". Ces stéréotypes sont très renforcés par les discours symboliques, pompeux et agaçants (pour certains seulement) et surtout en langage soutenu, des politiques (surtout ceux de De Villepin, ne me dites pas le contraire !! !), dans leurs costards qui leur donnent un air de manche à balai dans le cul, (pas toujours, mais bon), etc...
Pour vous donner un exemple concret, lorsque certains élèves ont su les bonnes notes scolaires j´avais, ils m´ont demandé si j´étais riche. Je pense que pour eux, les "intellos" sont toujours des riches. D´accord, ceux qui ont dit ça étaient assez cons (donc en dessous de la moyenne des banlieues, si si), mais il n´empêche que ça montre qu´il y a un imaginaire, qui je pense est renforcé par la télé où on voit des séries où défilent des personnages clichés style l´intello-boutonneux-à-lunettes,
la-blondasse-fan-de-Britney-qui-comprend-rien-à-l´
école-mais-bon-c´est-normal-c´est-dur-l´école-alor
s-tu-peux-rien-foutre-cher-téléspectateur-tu-seras
-dans-la-normale, ou même encore le très classique
mec-qui-a-pas-de-fringues-branchés-et-donc-obligé-
qu´il-soit-con-comme-un-balai-bah-oui-tu-crois-quo
i-cher-téléspectateur-c´est-logique!.
Bref, pour en revenir au monde mi imaginaire des "bourges", il est totalement décalé du leur ! Celui des poursuites-chasses à l´homme à plusieurs parce que ce gars il a traité un mec qui est le cousin de la soeur à mon pote. C´est le monde où on se bastonne entre potes, parce que c´est le plaisir de se bastonner (le même plaisir qui, avouons-le, donne envie de chahuter avec son grand frère, ou de profiter de la bagarre qui a commencé depuis qu´Ordralphabétix a crié "Il est pas frais mon poisson ?? ?"), sauf que ce plaisir est porté à son max (donc pansement et engueulades, puis réconciliations, à prévoir), ou même on peut emmerder ("juste un peu, hein !" ) les autres, et parce qu´il faut bien se trouver une distraction au lieu d´apprendre ses cours (ce qui de toute façon ne donne jamais aucun résultat sur les bulletins, c´est bien connu, ils ont déjà essayé de faire des efforts et ça n´a jamais marché, alors comment voulez-vous qu´ils soient motivés! On ne leur a jamais expliqué comment comprendre leurs leçons, comment faire le tri entre ce qui est important à retenir et ce qui ne l´est pas !) .
On est, en banlieue, constamment attiré par la violence, parce que ça donne l´impression d´être dans la place, d´être QUELQU´UN, d´être un peu puissant, parce qu´on dirait que c´est la seule manière d´avoir ce qu´on veut, et puis aussi parce que c´est normal, tout le monde le fait, bah quoi, et puis en plus dans les films les persos font de la violence et personne ne s´en plaint ! Parlons-en, tiens, des films d´action à deux balles !
En banlieue, on veut tout le temps aller au cinéma juste pour voir ces films violents américains avec des big scènes de destruction, de baston entre beaux gosses, de flingues, parce que "putain comment c´est balèze! C´est trop classe!". Les codes des superproducs hollywodiennes et stéréotypées, c´est un langage qu´ils comprennent, le seul dans ce monde qui les délaissent.
Et pas que d´un point de vue social ! Non, c´est aussi d´un point de vue disons... éducatif. Vous avez sûrement vu dans ce message que je sous-entends que les jeunes (ceux qui s´embarquent dans des conneries style les violences de ce moment, mais qui ont des sortes de "circonstances atténuantes", celles que je dis dans tout ce message) préfèrent ne pas réfléchir et prendre comme avis des "opinions publiques", des
"c´est-tout-le-monde-qui-le-pense-donc-c´est-qu´il
s-ont-raison". Et qui devrait leur dire qu´il faut réfléchir, qu´il faut se questionner, se demander si ce qu´on fait est juste ? Les parents ! Seulement voilà, les parents aussi ont des "circonstances atténuantes". Les parents rencontrent beaucoup de difficultés. Exemple ? La bagnole qui vient d´être cramée et l´assurance qui refuse de payer, ces enfoirés ! Le mari qui est au chômage. La fille qui fait un crise d´ado et veut qu´on lui achète des vêtements hyper chers. Les kaïras dans la cage d´escalier qui veulent péter la gueule de la mère pour raison X ou Y. Le fils qui ne fout rien à l´école.
Comment voulez-vous que dans ce climat, on ait le temps et l´argent pour se cultiver, pour penser ? Comment voulez-vous que les parents aient envie de prendre du temps à comprendre pourquoi leurs enfants ont fait des conneries ? Non, on l´engueule, on lui dit que la prochaine fois c´est la guerre parent-enfant. Bref, on utilise la méthode dure. Celle que renforcent ces putains d´émissions à la con d´M6, style pensionnat de Sarlat, SuperNanny et autres conneries du genre. On n´essaie pas d´user de psycho, de remonter à la source du "pourquoi a-t-il fait ça mon gosse?". Pas le temps. Déjà suffisamment d´emmerdes comme ça. Pas le temps, pas l´envie, pas l´énergie, pas d´idée de comment s´y prendre. Tant pis. Au moins il ne recommencera plus, ce petit con (d´ailleurs dans l´esprit des petits cons en question ce n´est à chaque fois qu´une engueulade de plus, une simple épreuve à subir, à attendre la fin avant de pouvoir recommencer).
Bref, je ne considère pas les parents responsables des violences de leurs gosses. Pas complètement, tout au moins.
Et autre chose : cette idée de rejeter à tout prix le gouvernement, d´écouter ce qu´on croit et pas ce qu´on nous dit, de refuser automatiquement d´être "officiel", plutôt que d´analyser la situation et d´avoir sa version (qu´elle soit celle de l´Etat ou non), eh bien cette logique antigouvernementale ne donne-t-elle pas le sentiment d´être intelligent, de faire partie du peuple, de se pas se laisser "embobiner" ?
Cette logique, déjà un peu conne, est poussée à fond et absurdement dans les banlieues : on veut enfreindre la loi dès que possible, etc...
"C´est un meurtre déguisé" disait un gars à propos de Clichy-sous-Bois.
Pas mal de monde en banlieue pensait ça. Et pourquoi, à votre avis ? Parce que la police, les politiques, le rapport officiel, disaient le contraire !
Pourquoi ces flics auraient voulu de tuer ces deux enfants ?? ? Et en toute un groupe en plus ! Les flics ne sont pas des salopards tous corrompus non plus !
Les jeunes confondent aussi "faire une révolution" et "foutre le bordel". D´ailleurs, pour foutre le bordel (et donc emmerder les flics, qu´ils détestent à mort parce qu´ils le mettent dans la classe "qui sont du groupe des bourges de la société de merde"), que voulez-vous qu´ils fassent d´autre qu´un truc qui leur donne le sentiment d´être "balèzes", de faire "des trucs de fous" ? C´est à dire : tout péter.
Je ne vais pas parler des cons, ceux qui veulent emmerder le monde juste par "sadisme", et pas parce qu´ils se disent "ils ont tué deux gosses et enfumé une mosquée ces salauds !" . Les cons qui ne font pas de raisonnement, même compréhensible, comme celui-ci, (qui n´en ont pas du tout d´ailleurs) sont à ranger vite fait bien fait dans la catégorie "n´a pas de circonstances atténuantes et est un gros con".
Je ne vais pas non plus parler de ceux qui veulent s´en sortir dignement, de cette galère, surtout s´ils réussissent à le faire. Ceux qui sont contre la violence et essaient de mettre leurs potes "dans le droit chemin" (c´est très naze comme expression mais bon). A ceux-là, je leur dis un immense : bravo.
Ici, j´ai parlé de ceux qui sont entre les deux, ceux capables du meilleur comme du pire.
Je vais résumer ce message :
Vous, enfants bobos bien nichés dans votre bulle d´enfance, vous avez grandi dans un milieu favorable. Vous avez reçu une éducation de principes, de respect, de notion bien précise et très clean de bien et de mal. Et vous vous demandez comment on peut en arriver à de telles violences. C´est complètement hors de votre logique à vous. Vous êtes comme un arbuste qui a grandi au soleil, avec de l´eau et de l´espace.
Eux, les autres arbustes, ont grandi dans un environnement sec, sombre et étroit. Rien de bon pour un arbuste. Alors, ils grandissent, mais mal. Très mal. Et qu´on les mette dans un endroit lumineux, pourvu en eau et spacieux (c´est à dire autre chose que les banlieues, par exemple les quartiers "BCBG" des villes) ne changera rien, à moins qu´on ne fasse de très, très gros efforts. Aucun politique, à mes yeux, n´a fait ces efforts.
Donc, ces arbustes ne donneront jamais que des fruits infects et venimeux. Volontairement. Mais aussi parce que c´est la voie la plus facile à suivre, et la seule qui paraît possible.
Vous, arbustes verts et fiers, on pourrait vous déraciner dans des banlieues, vous auriez des principes moraux, des idées, des espoirs, peut-être même des idéaux qui vous aideraient à tenir et à ne pas tomber du mauvais côté.
Pas eux. Eux n´ont rien eu pour ne pas y tomber.
Enfin, après avoir lu tout ça, posez-vous cette question : si vous étiez nés en quartier difficile, en banlieue, en cité, si vous aviez passé votre enfance là-dedans, sans que vos parents puissent vraiment s´occuper de vous, que seriez-vous aujourd´hui ? Seriez-vous en ce moment en train de brûler des bagnoles ? De vendre du shit parce que ce serait votre seule vraie ressource ? De taguer sur un mur "fuck la putain de société", parce que tout le monde le fait et que vous prendriez un plaisir sauvage, un vrai kiffe, en faisant ça ?
Moi je crois que c´est possible. Y compris pour moi. Moi aussi j´aurais pû être racaille.
A bon entendeur. Début de débat ?