CHAPITRE 16 : Le repaire des âmes damnées…
Depuis combien de temps le monorail roulait ? Dix heures, quinze heures ? Tout ce qu’on savait, c’est que même Olin dormait, il avait seulement laissé un dictionnaire sur la pédale de l’accélérateur. Il devait être dans les deux heures du matin. Daxou, insomniaque, était le seul à ne pas dormir, contraint de répéter inlassablement les mêmes gestes. Daxou était atteint de Troubles Obsessionnels Convulsifs (TOC), un ennui psychopathologique très répandu qu’il cultivait depuis ses sept ans. Daxou était en train de vérifier pour la 73ème fois si son pyjama était bleu, rallumant sans cesse l’éclairage du wagon. Il lui arrivait de conserver des flacons d’urine, faisant fi du dégoût profond du reste de la bande.
Bojack, lui, était somnambule, et se levait de sa couchette continuellement pour aller se servir quelque chose à grignoter dans le placard, dans un demi-sommeil paradoxal qui faisait froid dans le dos.
Daxou, harassé par ses TOC, jeta un regard éreinté sur la voie. Au loin se dessinait une énorme descente. Les rails plongeaient dans un gouffre sombre et profond. L’ado se rendit compte de l’horreur de la situation et hurla dans l’oreille de Bojack.
Daxou : ARRRGH ! UN TROU SANS FOND !
Bojack : C’est très dangereux de réveiller un somnambule…
Daxou : Oh, pitié, Bojack, c’est bidon, ça…
Daxou se tourna légèrement et aperçut Bojack brandir un couteau, dans une expression zombiesque.
Daxou : ARRRRGH ! BOJACK ! REVEILLE-TOI !
Bojack laissa tomber son arme improvisée, l’expression hébétée.
Bojack : Qu… Qu’est-ce que je faisais ?
Daxou : Je sais, on a tous les nerfs à fleur de peau dans ce monorail de la mort… Surtout qu’on ne voit même pas la fin de cette voi… Tilt.
Bojack : Quoi ?
Daxou : ON FONCE DANS UN ENORME FOSSE !
Bojack : Oh, toi et tes conneries, Daxou… On fonce dans un fossé, le pastis détruit les cellules du cerveau et provoque l’infantilisme, l’Homme court à sa propre perte…
Le train plongea brutalement et entama une chute spectaculaire sous les cris de terreur de l’équipage et s’écrasa dans un vacarme assourdissant une dizaine de mètres plus bas.
Une jeune fille aida les rescapés à s’extirper des décombres.
Pika : Bienvenue dans le repaire…
Gofter : Le repaire de… Arf… Quoi ?
Pika : Le repaire… DES ÂMES DAMNEES !
Zeneso : Pourquoi tu t’es mise à hurler, Pika ? On t’a reconnu…
Pika : Ben, c’était pour vous faire peur… Mais, comment vous avez fait, malgré mon déguisement ?
Max : En fait, on t’a tout de suite reconnu avec l’énorme feuille d’érable qu’il y a sur ton blouson.
Sophyr : Ma petite Pika adorée !
Pika dégaina une bombe lacrymogène d’autodéfense et pulvérisa le produit dans les yeux de Sophyr sans aucun complexe.
Pika : Ici, se tient une réunion spéciale des seules personnes qui ont réussi à faire disparaître l’infâme coiffure de –M- imposée de force par Xibolt. Quelquefois… Au prix de leur vie.
Gofter : Ah ?. .. Glp…
Pika : La recette originale consiste en effet en un mélange de sang humain et de sanglier sauvage…
Daxou : Ah, mais c’est horrible !
Pika : Mais nous nous sommes rendus compte que le mélange Pétrole Hann + Head and Shoulders marchait aussi très bien. Ca nous a permis d’économiser des vies. Nous ne sommes plus que trois. Dudu, Jakreinos, et moi-même… Tenez, massez-vous le cuir chevelu avec ça…
Les épis monstrueux disparurent bientôt de tous les crânes, au grand soulagement général.
Pika : Les fondements du régime de Xibolt sont liés à cette histoire de cheveux. Nous avons réfléchi à deux solutions pour se débarrasser de lui… Soit nous diffusons le produit dans le monde entier, ce qui prendra deux mois, le temps pour lui qu’il détruise la planète au moins quarante-trois fois…
Olin : Ca me paraît bien !
Sophyr : Olin, tu n’écoutes même pas ce que Pika dit…
Olin : Nan, m’sieur.
Pika : Soit nous nous révoltons maintenant, avec votre aide, et on dézingue cet alien belliqueux qui nous nargue depuis le trentième étage !
Gofter : Le trentième étage ?
Pika : Oui, j’avais oublié de vous dire que nous sommes dans la cave de son QG. On n’attendait plus que votre aide.
Dudu : En fait, on a suivi tout ce que vous faisiez là-bas, grâce à des écrans de contrôle !
Bojack : Des écrans de contrôle ? Mais comment vous faites ?
Jakreinos : C’est très simple, en fait, même des petits minables comme vous peuvent comprendre. Nous nous sommes connectés au réseau de caméras de Sarkozy.
Zeneso : Ce brave Sarkozy ! Il va tous nous sauver !
…
Zeneso : Ben quoi ?
Daxou : Zeneso, rappelle-moi de te considérer comme le degré le plus bas de l’espèce humaine derrière Olin.
Jakreinos : La fin est proche, nous allons livrer un dernier combat glorieux. Et, si nous y passons tous, j’aimerais vous dire que je vous ai toujours sous-estimés.
Gofter : Tu le reconnais ?
Jakreinos : Après tout, vous n’êtes pas les êtres vivants les plus rétrogrades que la Terre ait jamais engendré. Vous dépassez les insectes rampants, tout de même.
Max : Jakreinos, ça me fait tellement plaisir, ce que tu dis, que je crois que je vais pleurer.
Dudu : On doit être forts ! Tous ! Pour Klaww !
Jakreinos : Et… Olin… Je suis ton père.
Olin : Hein, n’importe quoi ! Mon père, c’est celui qui fait les rires du banquier dans l’émission d’Arthur !
Jakreinos : Désolé, je remplis simplement le contrat de préambule de fin d’histoire. Normalement, il y a un mort, une reconnaissance affective, une révélation familiale…
Sophyr : Y’a un baiser fougueux, aussi, c’est typique, ça ! Inévitable, même !
Sophyr donna un petit coup de coude malicieux à Pika, qui lui asséna immédiatement un violent coup de batte de base-ball entre les jambes. Il tomba par terre dans un bruit sourd.
Pika : Les gars, notre destin nous attend…
Pika appuya glorieusement sur le bouton d’appel de l’ascenseur de l’immeuble.
La porte s’ouvrit sur un Silver très embarassé.
Silver : Tiens, euh… Bonjour, vous ! Gnihé… Hé… Hé… Glp.