CHAPITRE 15 : Comme à la télé…
Vraisemblablement, l’équipe était au bord du gouffre. Les matches n’en étaient plus, suite sans fin de scores nuls et de choix tactiques douteux. Pas de doute, les Bleus étaient…
Eum, pardon, je crois que je me suis trompé de fiche récapitulative de scénario. Remarquez, ça se ressemble pas mal, écoutez...
Xibolt avait apprécié le défi de Bojack. Il allait assister à la déboire insoutenable d’une bande de morveux voués à leur perte, le poids d’un deuil sur les épaules. Pour rappeler leur délai de dix jours sans faute stupidement proposé par Bojack, l’alien en chef avait fait apparaître un énorme hologramme qui représentait le temps restant au groupe pour rejoindre Yokohama.
Max : Dix jours pour aller à pied au Japon ! Blaireau absolu ! T’as cru un instant que ça serait possible ?
Bojack : Allez, courage, les gars, on n’a passé que trois minutes.
Daxou : JE VEUX LE TUER !
Olin : Hum…
Daxou : Quoi ?
Olin versa une timide larme et maugréa doucement quelques bribes de phrases.
Olin : Ca va… Snif… J’ai compris… C’est plus moi que tu veux tuer, mais Bojack ? Snirlf… Ca va ! Ca va ! Laisse-moi…
Daxou : Olin, voyons… Je voulais pas dire ça… Je désire toujours ardemment t’étrangler en plein sommeil…
Olin : Ouais, c’est ça… On dit ça ! Snuf !
Daxou : Bon, écoute Olin, je verrai. Je t’étripe dès que je peux, mais là, je dois m’occuper de Bojack et…
Olin : BEUHEUHEU !
Daxou : Nan, pleure pas, ça mène à rien !
Olin : On dit ça, et, un jour, snif, on finit par se serrer la main !
Daxou : Mais nan, quelle idée…
Zeneso : Vous êtes sûr que Xibolt a vraiment condamné tous les moyens de transport ?
Sophyr : Ben, selon la directive, les avions, voitures, trains, bateaux, tramways, métros, motos, vélos, scooters et deux roues en tous genres, charrettes, tricycles, rollers, hélicoptères…
Gofter : Okay, c’est super-mort, alors…
Olin : Les gars…
Max : Attention, Olin a une idée.
Olin : Je pense que…
Sophyr : Oui ?
Olin : Sérieusement…
Daxou : Oui ?. ..
Olin : Indubitablement…
Bojack : Bon, tu sais parler plus rapidement et utilement qu’un Jaketdaxter bien lourdaud sur une zone de discussion très connue et usuelle ?
Olin : Ils n’ont pas parlé du monorail, vous savez, le train high-tech qui n’en est pas un...
Daxou : Oh nan, le plan foireux…
Olin : Toute ma vie, j’ai ressenti comme un vide au fond de moi.
Zeneso : Ca, on peut très bien l’expliquer par tes facultés intellectuelles, Olin.
Olin : J’ai essayé de le combler avec la religion, la famille, les potes, l’école, les petites copines…
Daxou : OUAIS, OUAIS ! WARF !
Olin aplatit un parpaing qu’il venait de ramasser sur la tête de Daxou et l’éjecta dans une benne de ciment. Le groupe passait à côté d’un chantier.
Un ouvrier : Dites donc, vous, mettez vos saletés ailleurs !
Olin : Mais voilà le grand rêve de ma vie : conduire un monorail !
Max : Le rêve de ta vie, c’était de voir Nikos Aliagas en vrai, et tu l’as vu y’a deux mois !
Max brandit une photo où l’on pouvait voir le présentateur-phare et Olin faisant les guignols devant les mines blasées de Gofter, Bojack, Max, Daxou, Zeneso et Sophyr.
Olin : Il faut que je conduise le monorail !
Sophyr : Calmos, de toutes façons, y’a pas de monorail ici, et y’en aura jamais.
Un gigantesque wagon rouillé s’écrasa sur Sophyr au moment même où il terminait sa phrase.
Sophyr : Toutes façons… Ourff… J’suis pas à ça pfffrès… Argl…
Zeneso : Levez la tête, les gars !
Une espèce de train grisâtre, rongé par la rouille, était prostré sur un rail suspendu dix mètres au-dessus de la bande. On pouvait distinguer sur la carlingue les mots :
« MONORAIL PARIS-TOKYO _ Fin des travaux prévue pour 1993 »
Max : Un monorail tout pourri ! Exactement comme celui dans la Saison 4 des Simpson !
Olin ne se fit pas prier et grimpa difficilement une colonne pour parvenir à la cabine de pilotage, après s’y être repris neuf fois.
Bojack : Tu sais, Olin, y’a aussi un escalier, là.
Gofter : Et un escalator, à côté.
Zeneso : Vous oubliez l’ascenseur !
Olin : OKAY, CA VA !
Bojack : Tiens, où est Daxou ?
Daxou était resté dix mètres plus bas, avec un sourire niais.
Daxou : Démarrez, les gars ! Je vous rattrape !
Sophyr : Daxou, ici tout de suite.
Daxou : Oui, monsieur.
Olin s’amusait comme un petit fou dans la cabine.
Olin : Wouhou ! Y’a même un allume-cigare !
Bojack : Olin, y’a ça dans toutes les voitures… Tu sais, le truc chaud qui…
Olin : YAOUCH !
Bojack : Qu’on te disait de ne pas toucher… Quand tu avais cinq ans…
Olin : Attention au départ !
Daxou : QUOI ? ATTENTION AU DEPART ? On démarre, là ?
Gofter : Tu croyais qu’on allait faire quoi ?
Daxou : Ben, je sais pas, chercher un indice… Ou un cadavre… C’est cool, les cadavres…
Daxou n’eut pas le temps d’en dire plus puisque le wagon démarra en trombe, propulsant l’ensemble de l’équipage sur le mur du fond.
A Yokohama, Daxy consultait les écrans de contrôle planétaire, grignotant mollement une crêpe suzette. Elle manqua de s’étouffer en voyant un point rouge se déplacer sur une des cartes satellite.
Daxy : MFFRKM !
Xibolt : Daxy, si vous n’arrivez plus à vous faire comprendre, je vous vire.
Daxy : MMMF ! PFOINT ROUGFF… DEPLAFFE… GARTE !
Lorenz : Elle veut dire qu’un point rouge se déplace de façon inquiétante sur la carte.
Xibolt : Comment vous arrivez à comprendre ?
Lorenz : Oh, je suis habitué, j’ai été mono dans un centre aéré.
Lorenz fut propulsé par terre par une énorme claque de Daxy.
Silver : Celle-là, tu l’as pas volée…
Silver fut également projeté par terre par un second soufflet de la fille alien.
Silver : MAIS J’AI RIEN FAIT !
Daxy : Nan, toi, c’est uniquement pour le plaisir.
Xibolt : Silver, c’est vous qui avez fait la liste des transports à supprimer sous mon régime ?
Silver : Oui, patron…
Xibolt : Mon bon Silver, qu’est-ce qu’il y a dans le dictionnaire entre « monoptère » et « monosaccharide » ?
Silver : Euh… Monopoly ?
Xibolt : MONORAIL, ABRUTI ! Ces vermines foncent droit vers Yokohama avec un monorail ! Vous partez immédiatement avec Lorenz ! Il ne faut pas qu’ils arrivent ici vivants !
Dans le train en question, Olin sifflotait tandis que le compteur affichait près de 460 km/h. Le monorail ballottait et sursautait tous les cent mètres, crissant sur les rails, provoquant moult étincelles.
Zeneso : Tu crois pas… Rggh… Que tu vas… Un peu vite ?. .. Argl…
Olin : Mais nan, ça se saurait ! Regarde, Bojack ne se plaint pas, lui !
Bojack était inconscient, plaqué contre le mur de la cabine, la langue pendante.
Olin : Alors, mmmh ?