CHAPITRE 12 : Ecoute la nature…
Le camping-car des Flandeurs, conduit à toute berzingue par Olin, freina net devant un dojo désaffecté qui devait être reconstruit en musée de la littérature depuis 2002. L’endroit était lugubre, poussiéreux, et un silence de mort régnait dans les couloirs. Des tronches de David Douillet étaient encore affichées sur les panneaux d’information, à la merci du processus de pourriture accéléré par l’humidité des lieux.
Daxou : Là, je crois qu’Olin nous emmène dans sa résidence secondaire.
Olin : Mais t’es malade ? C’est un sanctuaire bien trop solennel pour des préoccupations aussi basses que le logement !
Le groupe se jaugea du regard pendant quelques secondes.
Klaww : Explique-toi.
Olin : Ici s’entraîne un grand maître d’arts martiaux à moi, Jakreinos.
Daxou : Oh nan, pitié…
Bojack : C’est lui qui t’a appris à friter les oreilles ?
Olin : Entre autres, oui. C’est pourquoi je lui porte un profond respect. C’est ce qui me permet d’avoir Daxou à ma merci, sans ça, il m’aurait peut-être déjà tué, et…
Daxou brandit un nunchaku et s’apprêta à l’abattre sur le crâne d’Olin. Un minuscule cliquetis se fit entendre, ce qui trahit Daxou. Olin se retourna et entailla profondément l’oreille de Daxou d’une pichenette bien violente. « Entailla », car Olin ne s’était pas coupé les ongles depuis bien longtemps. Daxou hurla de douleur et tomba aux pieds d’Olin dans un murmure de pitié.
Olin : Chut, on arrive, il ne faut pas le déranger… Un silence solennel est indisp…
Max déboula du hall d’entrée où il était resté pour hurler avec un mégaphone :
Max : CA Y EST ! LYON A BATTU CHÂTEAUNEUF-SUR-BRUGES AUX TIRS AUX BUTS A CAUSE D’UNE CRISE CARDIAQUE DU GOAL ! ON EST LES CHAMPIONS !
Max sortit une bombe hurleuse typique des gros lourds de supporters et frappa dans un énorme gong. Une ombre glissa dans la pénombre, courut sur le mur et projeta Max sur le mur du fond.
Jakreinos : Ah, c’est vous, bande de minables d’occidentaux pourris qui ne valez même pas le centième d’une chiure de pigeon…
Gofter : Pourquoi il parle comme un sale connard ?
Olin : Ah, ça, c’est depuis qu’il a vu Kill Bill 2. Il n’arrive plus à parler sans vous réduire à l’état de particule subatomique.
Bojack : Charmant !
Jakreinos : Je suis le grand sensei Jakreinos, maître suprême du kung-fu, du jiu-jitsu, de l’aïkido, du taekwendo et de tous les petits arts martiaux pourris dont vous n’avez rien à foutre. Vive ma patrie, la Corée du Nord !
Sophyr : Ah, ça, c’est la deuxième explication…
Jakreinos : Pourquoi êtes-vous venus ?
Zeneso : Et bien, Jakreinos…
Jakreinos : Pas Jakreinos. Grand Sensei Jakreinos, maître suprême du kung-fu, du jiu-jitsu, de l’aïkido, du taekwendo et de tous les petits arts martiaux pourris dont vous n’avez rien à foutre.
Zeneso : Et bien, Grand Sensei Jakreinos, maître suprême du kung-fu, du jiu-jitsu, de l’aïkido, du taekwendo et de tous les petits arts martiaux pourris dont on a rien à foutre, nous sommes ici pour vous demander où se trouverait Xibolt.
Jakreinos : Xibolt ? Mon ancien élève qui n’arrivait pas à faire plus de cinq cents pompes claquées derrière le dos ? Je lui ai greffé une puce électronique, il suffit de consulter mon ordinateur…
Daxou : Ah, ben, il est moins rétrograde que je ne pensais…
Jakreinos sortit de sa poche une petite télécommande. Un ordinateur énorme de la taille d’une salle à manger sortit du plafond, où l’on pouvait lire distinctement :
ENIAC – COPYRIGHT 1975.
Daxou : Pfffouuu…
Jakreinos : Et bien, votre Xibolt est basé au Japon, à Yokohama, très exactement. Ah oui, j’avais oublié : Bande de larves hémiplégiques.
Sophyr fulmina, ramassa un gant égaré sur le sol moisi du dojo et envoya une puissante mandale dans le visage de Jakreinos.
Sophyr : Assez ! Si vous êtes si fort, je vous défie en duel à mains nues, en tant que grosse brute officielle du groupe depuis la première saison !
Jakreinos éclata de rire.
Jakreinos : Très bien, vous, là-bas, et moi, de l’autre côté !
Sophyr : Qu’est-ce que c’est que ce plafond vitré ? J’ai le soleil dans les yeux !
Ce n’était pas le soleil qui éblouissait Sophyr, mais le sourire rayonnant de Daxou, impatient de voir le sang gicler et les dents voler.
Sophyr : AYAAAAH !
Jakreinos : Pfeuh, vos cris intimidants sont d’un classique. J’en ai des beaucoup plus efficaces.
Sophyr : Ah ?
Jakreinos : ELLES SONT CUITAS, LES BANANAS !
Sophyr tomba à la renverse, terrorisé et tremblant. Mais Jakreinos n’en avait pas fini avec lui. Il lui agrippa le pied et se mit à le tordre pour en faire un nœud du chien à douze queues. Malgré les cris de douleur de Sophyr, Jakreinos projeta l’ado sur une vitre de l’autre côté du dojo, à vingt-cinq mètres de là. Jakreinos disparut dans un nuage de poussière pour réapparaître juste devant le visage de Sophyr et déclencher un coup de boule magistral. Jakreinos sauta dans un hélicoptère qui venait de se poser dans le dojo et s’envola en ricanant et en agitant une main mécanique.
Olin : Merde, ça y est, il se prend pour Yoshimitsu dans Tekken, maintenant…
Gofter : Les gars, je sens qu’on le reverra, ce type…
Zeneso : Pourquoi ?
Gofter : Parce que l’élastique de son kimono a été coupé par mes soins. Son bas tombera au moment où il s’y attendra le moins.
Aéroport de Paris Orly, 20 H 46.
Une charmante hôtesse de Toyota Airlines accueillit la bande.
Irradiance : Bonjour, je m’appelle Irradiance, vous m’avez l’air préoccupés, que puis-je pour vous ?
Klaww : Ben, euh… Arf… On… Doit… Grbltx… Yo… Ko… Hama…
Irradiance : Ah, pour ce genre de services, demandez à Germaine, ma collègue.
Un thon informe grêlé de pustules adressa un bonsoir glacial aux ados. Son regard s’attarda sur chaque membre de la bande.
Germaine : Vous voulez des billets, je présume ?
Daxou : Oui, monsieur…
Germaine : MADEMOISELLE !
Daxou : Pardon, je croyais que Germaine était un nom mixte… Et puis, la moustach…
Bojack plaqua une main sur la bouche de Daxou.
Germaine : Votre avion décolle dans cinq minutes. Dépêchez vous, la passerelle s’enlève, elle est déjà à dix mètres.
Le groupe se rua vers la porte d’embarquement, Daxou eut juste le temps de lancer une bombe de mousse à raser sur le comptoir de Germaine.