CHAPITRE 6 : L’Homme est un loup pour l’Homme
Le jour se levait paresseusement, mais pas trace du soleil.
Une aube triste et terne. A l’image des occupants de la prison.
Tous commençaient à en avoir plus qu’assez d’être bêtement enfermés ici. La tension montait, et l’atmosphère de la cellule semblait saturée d’agressivité.
Astaroth apparut devant la porte de la cellule.
-Oh oh, c’est fête aujourd’hui ! Regardez ce que je vous amène, mes gorets ! Il faut avoir des forces pour ce soir !
En riant, il leur lança négligemment des morceaux de pain mais aussi quelques fruits, et ce qui ressemblait à de la viande grillée.
Raphaël observa tout ceci avec attention, mais Sophitia l’interpella.
-Pas question que tu te serves comme deux, cette fois !
Il leva les yeux au ciel, l’ai amusé.
-Ah, les femmes et la nourriture…
Mitsurugi se servit copieusement, et Kilik prit de quoi subvenir aux besoins de ses deux amis. Talim murmura un bref merci en s’emparant de sa part, mais elle ne mangea pas. Elle était étrangement taciturne ce matin, comme effrayée et un peu choquée. Elle ne cessait de regarder brièvement dans la direction de Taki.
Cette dernière était éveillée… en quelque sorte. Ses yeux ouverts n’accrochaient aucun détail, voyaient sans regarder. Elle tremblait convulsivement, les bras étroitement serrés autour de ses genoux. Pâle comme une morte, elle semblait cependant avoir moins de fièvre que la veille.
Talim se leva et alla poser quelques aliments près de Taki, qui réagit à peine. Après un court moment, elle saisit cependant un morceau de pain et le porta à sa bouche, machinalement, mais son regard demeurait toujours aussi vide.
Talim, satisfaite, retourna s’asseoir près des autres, non sans contourner largement Mitsurugi.
Cassandra la regarda avec envie et tristesse. Elle se sentait si seule, si démunie ici. Elle aurait aimé avoir des amis comme Talim, pour la rassurer et l’entourer. Dans quelle terrible situation s’était elle mise ! Sophitia avait raison, elle manquait de jugeotte, elle aurait du veiller sur ses neveux au lieu de vouloir à tout prix jouer les héroïnes… Mais elle admirait tant sa grande sœur : elle était si belle, si courageuse, si forte ! Elle avait eu envie de lui prouver qu’elle aussi savait faire face au danger, qu’elle aussi était courageuse. Mais elle avait couru à sa propre perte… Sophitia la haïssait, désormais… Tout était perdu.
Un vacarme se fit alors entendre dans le couloir.
Bruits d’armes ou d’armures entrechoquées, rires gutturaux, rugissements non humains…
Tous étaient aux aguets, lorsque Astaroth et l’homme-lezard leur apparut. Ils tenaient entre leurs bras de nombreuses armes.
Le regard de Raphaël s’éclaira.
« Enfin »
Ils les déposèrent au sol.
-Ce soir, à la tombée de la nuit, vous serez libérés, dit une voix grave.
Un homme sortit alors de la pénombre. Il était très grand, noir, et imposant. Ses yeux scintillaient d’une lueur étrange. Il portait une cape, et sa main brandissait une faux.
-Vous pourrez récupérer vos armes. Vous aurez d’ailleurs tout intérêt à le faire, votre vie en dépendra.
-Comment ça ? demanda Kilik.
-Un seul d’entre vous en sortira vivant. Nightmare ne daignera affronter que le vainqueur.
Talim jeta un regard apeuré à Kilik.
-Mais… je ne veux pas…
-Tu n’as pas le choix, jeune fille. Vous avez la nuit pour venir à bout de tous vos camarades, jusqu’au lever du soleil. Passé ce délai, la porte des catacombes où vous vous trouvez sera scellée à jamais, et les survivants mourront ici. Ce serait dommage, non ?
L’homme sourit en coin.
-Et si vous, vous refusez de vous battre, d’autres ici sont déjà motivés. Ils veulent s’en sortir vivants, et s’ils doivent vous tuer pour ça, ils n’hésiteront pas une seconde.
Talim sentit un long frisson la parcourir. Elle commença à dévisager les autres, les yeux agrandis par la peur. Cassandra semblait tout aussi angoissée.
Mitsurugi et Raphaël avaient l’air, au contraire, soulagés : assez de temps perdu, ça allait commencé. Le visage de Sophitia était inexpressif, tandis que celui de Rock trahissait une tristesse consternée. Kilik prit la main de Talim dans la sienne, et la sera doucement : il ne la lâcherait pas.
-Vous vous battrez dans les catacombes du château. Un vrai labyrinthe. Attention aux embuscades.
-On va se battre… tous les huit ? murmura Cassandra.
-Vous serez vingt, au total. Sept personnes sont dans votre situation, enfermés dans une cellule à l’opposé de la votre.
-Les cinq autres ? intervint alors Mitsurugi.
-Des volontaires, qui n’aspirent qu’à servir Nightmare. D’autres questions ?
Personne ne répondit. Chacun s’était muré dans un silence obstiné, perdu dans ses réflexions, établissant un plan ou cherchant une solution.
-Bien, termina l’homme. A ce soir. Préparez vous à vous défendre.
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