Et voici donc enfin le CHAPITRE 19... je te le dedicace Chaos Pervers, je ne pourrais jamais penser quelque chose de méchant sur toi !
CHAPITRE 19 : Dispersion
Taki s’accroupit auprès de Raphaël.
-Ne t’agite pas, souffla t’elle.
D’un œil expert, elle jaugea le torse de l’homme blessé, avant d’aller dépouiller le cadavre de Cervantès de sa chemise et de sa ceinture. Elle passa cette dernière en garrot, non loin du pied littéralement mis en bouillie par Voldo. Puis elle entreprit de limiter l’hémorragie des entailles au niveau du torse en compressant les plaies à l’aide de tissu.
Raphaël se laissait docilement faire, stupéfait et curieux.
-Tes organes vitaux ne sont pas atteints, déclara t’elle sans le regarder. Si les plaies ne s’infectent pas, et si tu ne perds pas davantage de sang, tu devrais survivre.
Elle se redressa alors et commença à lui tourner le dos.
-Tu es la dernière ? demanda t’il.
Bien qu’il ne vit pas son visage, il la devina sourire. Un sourire sans joie, amer.
-J’en doute.
-Eh bien, tache d’abattre les autres et de succomber à tes blessures, je ne serai pas mécontent d’être le survivant !
-Je te conseille de ne pas perdre ta précieuse énergie à te répandre en conseils futiles, en ce cas, répliqua t’elle d’un ton neutre.
Il eut un sourire crispé, à son tour.
-Si toutefois je venais à me perdre dans ce labyrinthe… commença t’il d’un ton hésitant, j’ai un repaire en Roumanie… une humble maisonnette dissimulée dans une foret, à l’est d’un château en ruine. Quelque part, sous le plancher, il y a un coffre… Et, dans une pièce annexe se trouve une jeune fille à l’agonie…
Il ne savait que dire, il lui était difficile de demander une faveur à quelqu’un qui l’avait déjà gratuitement aidé, mais il n’eut rien à ajouter.
Elle hocha brièvement la tête, sans se retourner, et se mit en route. Quelques instants plus tard, elle avait disparu de la pièce.
Il soupira longuement, s’efforçant d’évacuer émotions et douleurs.
Il baissa la tête pour regarder ce qu’il restait de son pied… un amas de chair et d’os à vif, qui lui faisait souffrir le martyre. Et encore, ce n’était que le début. Qu’adviendrait il de lui si la gangrène venait à dévorer sa jambe ? Quoi, la gangrène ? Non, il voyait à trop long terme… Il mourrait sans doute d’infection avant ça…voire de déshydratation. Après tout, il se retrouvait seul et blessé, incapable de se mouvoir, au beau milieu d’une prison sale et humide, avec quatre cadavres à proximité… sans compter les éventuels survivants qui se feraient une joie de l’achever…
Mais quelque part, il se fichait de son sort. Après tout, ça n’était que justice, il avait tué bien des hommes lui aussi, et c’était une mort comme une autre.
Non, ce qui lui apparaissait comme vraiment cruel, c’était l’incertitude, son incapacité à agir… la peur de mourir sans savoir. Sans savoir ce qu’il adviendrait d’Amy.
Cette pensée l’étreigna si fort qu’elle lui fit presque oublier ses autres douleurs. Il ferma les yeux et déglutit difficilement, repoussant du mieux qu’il pouvait les images qui le torturaient : Amy, mourante et seule, démunie, si vulnérable, qui l’attendrait en vain, puisqu’il ne reviendrait pas… ou Amy morte, son cadavre livide se décomposant peu à peu, se recouvrant de mousse…
Il frappa le sol des deux poings et se mit à crier, de rage et de désespoir, de colère et d’impuissance, de douleur enfin…
Ca ne pouvait pas se terminer comme ça, ça ne pouvait pas…
-Tu es bien silencieuse… murmura Siegfried.
-Je suis concentrée, répondit Talim assez froidement.
La sueur perlait légèrement à son front, elle trahissait, tout comme ses sourcils contractés, l’effort intense de la jeune fille. Elle perdait peu à peu la « trace » de la sortie, bouleversée par ce qu’elle percevait autour d’elle, tourmentée par ses pensées. Des gens étaient morts, dans la surprise ou dans la douleur, mais toujours dans la violence, elle le sentait. De tous les cotés, ils s’étaient entretués… Le peu d’âmes qu’elle percevait encore exhalaient haine et rage, désir de mort, ou souffrance de la défaite…
Elle se sentait mal, oppressée par ces murs gris. Elle avait grandi dans une vallée vaste et balayée par les vents, ce vent divin que les hommes avaient fini par vénérer tout en l’apprivoisant… Elle était capable de lire dans ce vent là… Mais ici, le vent était mauvais. Filtré par les meurtrières, perdu dans les couloirs, il ne véhiculait qu’un air vieux et vicié, un air chargé de souffrance et saturé de violence, de sang…
Talim déglutit difficilement. Respirer devenait laborieux, la tête commençait à lui tourner… Dans un éclair soudain de panique (ou de lucidité), elle vit des visages se dessiner dans les murs, du sang en suinter en épais filets…
Elle poussa un cri et se laissa tomber à genoux, se tenant le visage des deux mains. Siegfried vint s’accroupir auprès d’elle.
-Excuse moi, commença t’il, je ne voulais pas te fatiguer ainsi…
Elle releva la tête et le regarda bien en face, les yeux brillants de larmes.
-Je veux quitter cet endroit !! Il est mauvais… ! Il y a eu tant de morts ici !
-Nous allons sortir. Nous trouverons l’épée maudite et nous la détruirons.
-Nous ?!
Le ton de Talim se fit accusateur, elle se détourna légèrement.
-Tu me tueras dès que je t’aurais mené à la sortie… murmura t’elle.
Siegfried resta interdit quelques instants, puis il se redressa assez brusquement. Il dominait Talim de son imposante stature. Elle se sentit ridiculement petite et vulnérable. Certes, elle savait se battre, mais cela ne faisait aucun doute, elle serait bien incapable de terrasser cet homme. Il la fixait intensément, froidement.
-Je vois. Tu ne me fais pas confiance. Inutile de continuer ensemble, en ce cas. Si tu es convaincue que je vais te trahir, c’est que tu as probablement envisagé la réciproque. Je ne vais pas m’encombrer d’une traîtresse… Bonne chance.
Sur ses mots, et sans attendre de réponse, il tourna les talons et disparut lentement dans la pénombre d’un des couloirs, laissant une Talim tremblante et plus désespérée que jamais.
Les lames s’entrechoquèrent dans un tintement aigu et bref. Mitsurugi sentit le fer entailler légèrement la fine peau de sa joue. Il repoussa brusquement son assaillante, profitant de l’élan pour attaquer à son tour : le sabre fendit les airs sans faire mouche.
Setsuka s’était décalée de coté, mue par une rage sans égale. Elle se réjouissait de la tournure qu’avaient pris les évènements : elle l’avait finalement retrouvé, ce chien, et elle livrait en cet instant même ce combat si attendu…
Ivre de rage et d’un paradoxal plaisir, elle semblait voler plus qu’elle ne courrait vers son adversaire, son long kimono de soie fine flottant derrière elle, accompagnant gracieusement chacun de ses mouvements offensifs. La haine l’animait toute entière, ressource inépuisable, et il ne faisait aucun doute que seule la mort l’arrêterait, que ce soit celle de son adversaire ou la sienne.
Cet acharnement désespéré ne laissait pas à Mitsurugi l’opportunité de répliquer. Il ne pouvait que fuir devant cet assaut mortel, esquiver la pluie de coups furieux qui déferlait sur lui. En temps normal, il aurait fulminé de se laisser ainsi mener par une femme, d’autant qu’elle était la seconde ces derniers temps… mais elle n’était pas une adversaire ordinaire. Comme elle avait du s’entraîner pour atteindre cette maîtrise… Il se souvint de l’homme qui avait du être son maître, nul doute qu’elle l’avait largement surpassé à l’heure qu’il était… Cela ne l’effrayait pas vraiment, il avait toujours eu une foi inébranlable en lui. Il pensait simplement que ce combat serait plus dur à mener que les autres. Et pourtant…
Trop absorbé par les attaques à parer, et finalement étourdi sous cet assaut, il vacilla, l’espace d’un instant.
Setsuka, dont les sens semblaient décuplés, perçut ce flottement dans la garde de son adversaire, perçut qu’il était légèrement déstabilisé. Il était temps de mettre fin à toutes ces années d’errance et de douleur, il était temps de se venger. De lui porter le coup fatal.
Mitsurugi se ressaisissait lorsque Setsuka se déroba soudain à son regard. A la place, une ombrelle rouge sang se dressa devant lui, funeste présage. Elle arriva sur lui à toute allure, et il vit par avance ce qu’il allait se produire : une lame aiguisée percerait la fine toile pour venir se planter en lui, à l’endroit où il s’y attendrait le moins. Elle allait le cueillir en plein cœur, ou lui transpercerait la gorge, et lui ôterait la vie.
Ses yeux s’arrondirent sous la surprise et l’horreur tandis que la lame transperçait le tissu de l’ombrelle de Setsuka…
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