CHAPITRE 18 : Carnage
Cassandra suffoqua quelques instants encore. Son corps agité de soubresauts fit une ultime tentative pour échapper à la mort, en vain. Ses lèvres, désormais d’un violet pâle, cessèrent de trembler, ses traits crispés se détendirent et l’éclat se ses yeux encore ouverts se ternit. C’était fini.
Sophitia tremblait de tous ses membres. Incapable de détacher son regard du cadavre de sa petite sœur, elle posa délicatement la main sur son visage et lui ferma les paupières.
-Pardonne moi, souffla t’elle.
Puis elle se redressa. Cervantès la regardait, son sourire moqueur aux lèvres.
-Comme on se retrouve, Sophitia Alexandra !
Elle ne répondit pas, grimaçant de douleur. Elle peinait à se tenir debout, à la vérité. Ce combat contre sa soeur l’avait épuisée, et sa blessure à l’épaule pulsait très douloureusement. Elle avait une autre entaille, au niveau de la cuisse cette fois, moi profonde, mais qui saignait elle aussi.
Elle était consciente d’être dans un état lamentable. Elle se souvenait avoir mis absolument toute son énergie pour vaincre Cervantès et détruire une partie de Soul Edge, quelques années auparavant. Elle avait d’ailleurs fini le combat à demi-morte, et avait connu la chance d’être secourue par un mystérieux inconnu. Qu’en serait-il, à présent ? Même s’il elle parvenait à battre Cervantès une nouvelle fois, il y avait peu de chance qu’elle survive à ses blessures sans le secours de personne. Et dans le contexte actuel, c’était du chacun pour soi.
Du chacun pour soi, en effet, au point que lorsque Raphaël hurla, Cervantès et Sophitia le regardèrent avec un mélange d’épouvante et de curiosité malsaine. Hors de question de prêter main forte à un rival.
Voldo avait planté une de ses armes dans son pied. Malgré la douleur, Raphaël fut très prompt à réagir. Ni une ni deux, il planta sa rapière dans la gorge de Voldo, qui émit un bruit rauque proche du hurlement. Il parvint à se dégager en rampant, mais un sang noir s’écoulait rapidement de sa blessure. Raphaël baissa les yeux sur son pied… ou du moins ce qu’il en restait. Ce n’était plus qu’un moignon sanguinolent, qui ne lui servirait désormais plus à grand-chose…
Cervantès sourit de toutes ses dents. Décidemment, la situation tournait à son avantage !
Une sœur Alexandra morte, l’autre à demi vivante, et un adversaire manifestement redoutable réduit à l’état d’handicapé moteur. Quant à Voldo, cette chose répugnante, il n’avait rien à en craindre, il faisait partie de son camp. Cela dit, il ne fit rien pour lui venir en aide…
Il fixait intensément Sophitia. Cette femme aux allures d’ange, cette jolie blonde apparemment inoffensive l’avait tué, elle avait fait de lui un mort vivant. S’il voulait pouvoir récupérer l’Epée, il lui fallait retrouver apparence humaine, et pour cela il devait vaincre celle qui l’avait jadis tué.
Oui, il souriait, car l’heure de la délivrance était proche !
Il leva son épée, bien haut…
Voldo se tordait de douleur sur le sol, se contorsionnait pour empêcher le sang de couler.
Il tentait de stopper l’hémorragie par tous les moyens, arrachant des bandelettes pour boucher le trou dans sa gorge, mais rien n’y fit…
Dans sa panique, il perçut tout de même l’homme vif qui se rapprochait… Aveuglé de douleur et de haine, Voldo se redressa une dernière fois et frappa au hasard, lacéra de ses terribles griffes le corps de cet homme qui avait osé le blesser.
Puis la lame de Raphaël le transperça en plein corps et il s’effondra.
Mort, enfin.
Sophitia regardait la scène sans ciller, plongée dans une fascination morbide.
La barbarie et la cruauté des hommes la dépassaient complètement en cet instant, mais elle réalisa que c’était la jalousie et la perfidie des femmes qui l’avaient poussée à tuer sa propre sœur. Si l’on pouvait octroyer un jugement de valeur à ces vices sexués, lequel serait le pire ?
Elle n’eut pas le temps de répondre à cette question. Un pressentiment la fit se retourner.
Elle écarquilla les yeux en un air de surprise exacerbée, presque comique, avant Cervantès n’abatte son épée sur elle.
Une seconde plus tard, sa tête tomba au sol. Quelques instants après, son corps l’imita.
Cervantès contempla le cadavre en deux pièces de Sophitia.
Il avait presque du mal à réaliser.
Si longtemps qu’il attendait cela ! Et ça avait été si facile, finalement…
Un formidable sourire illumina ses traits, un sourire qui se transforma bientôt en rire joyeux mais effrayant, le rire de quelqu’un qui s’apprête à faire un mauvais coup et qui s’en régale d’avance.
Mais ce rire fut de courte durée. Il s’étrangla dans sa gorge, soudainement, se transforma en une sorte de quinte de toux très grasse. Du sang jaillit de sa bouche et lui coula sur le menton. Cervantès tenta d’articuler quelque chose, mais s’écroula lourdement au sol avant d’avoir pu dire une parole intelligible.
Taki essuya soigneusement sa lame, puis repéra Raphaël.
Celui-ci s’était traîné jusque dans un angle. Sa chemise déchirée en plusieurs endroits laissait apercevoir deux plaies béantes qui suintaient de sang. Une large déchirure lui barrait la joue droite.
Si la douleur atroce lui faisait monter les larmes aux yeux, il n’en adressa pas moins un sourire courtois à Taki, qui s’approchait.
Il peinait grandement à respirer, mais il désigna son torse d’un geste théâtral et déclara d’un air indigné :
-Une chemise toute neuve, tu as vu ça ?
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