CHAPITRE 2 : Kilik/ Taki
Kilik fit, pour la énième fois, le tour de la prison des yeux…
Une cellule on ne peut plus classique et spartiate. Rectangulaire, avec quatre cavités creusées dans la roche, juste la place pour qu’un homme s’allonge. Deux ouvertures dans le mur, avec des barreaux, bien sur. Quelques paillasses à même le sol, avec parfois une couverture sale et rêche. Une petite cuve avec qui recueillait de l’eau de pluie. Les barreaux de la porte étaient solides, ancrés dans le mur, inébranlables. La seule particularité de cette cellule était sa taille : très spacieuse, elle pouvait facilement contenir une dizaine de personnes.
Il soupira silencieusement. Combien de temps allait-il rester enfermé ici ? Qu’est-ce que Nightmare comptait faire d’eux ? S’il voulait simplement les tuer, pourquoi les avoir d’abord emprisonnés ?
Tout ceci le dépassait.
« Il finira par nous libérer… sinon il ne nous garderait pas ici. »
Il jeta un coup d’œil aux autres. Sophitia et Rock dormaient, Raphaël limait un petit caillou, le samouraï fixait le vide, comme d’habitude, et la ninja regardait le soleil couchant. Son regard s’arrêta sur la jeune fille qui s’était cognée la tête. Sophitia l’avait allongée sur une paillasse, et elle semblait dormir paisiblement. On aurait dit une enfant.
« Elle est si jeune… plus jeune que moi… Qu’est-ce qu’une fille comme elle vient faire ici ? Elle ne convoitait quand même pas l’Epée ? »
Cette pensée lui rappela soudain Xianghua. La fille qu’il aimait. Il sourit malgré lui en évoquant son souvenir. Il lui avait fait promettre de ne pas se mettre en quête de l’Epée, et après avoir fait la moue, protester, trépigner et pleurnicher, elle avait enfin accepté. Malgré son apparence fragile et son visage enfantin, elle avait un sacré tempérament, sa fiancée !
« J’espère qu’elle va bien… J’ai hâte de te revoir, Xianghua… »
La jeune fille se mit alors à tousser dans son sommeil. Sophitia ne réagit pas, et Kilik, désireux de se rendre utile, se leva et alla jusqu’au petit réservoir d’eau. Il y but un peu : le goût rance et métallique le fit grimacer, mais manifestement, elle était potable et saine, puisque aucun d’entre eux n’avait été malade. Il en recueillit un peu au creux de ses mains, puis s’agenouilla auprès de Talim. Lui relevant légèrement la tête, il la fit boire doucement.
« Je vais m’occuper de toi jusqu’à ce que tu ailles mieux… »
Taki jeta un bref coup d’œil à Kilik.
« Tu t’enflammes bien vite jeune homme… »
Elle reporta son attention sur l’extérieur. Au-delà des barreaux, le ciel offrait un spectacle à couper le souffle : le jour déclinait tandis que l’horizon s’embrasait, se déclinait en couleurs éclatantes, du bleu pale au rouge sang. Taki, la femme ninja qui effrayait tant Sophitia, regardait le ciel, s’en imprégnait. Comme si elle le voyait pour la dernière fois.
La température allait chuter avec la tombée du jour, la nuit apporterait sa fraîcheur humide, et une brise froide parcourrait la cellule, surtout à proximité des ouvertures. Mais Taki s’en fichait, pour rien au monde elle n’irait s’installer par terre. Elle se sentait plus en sécurité, en hauteur. Et elle n’irait sûrement pas s’allonger à proximité de ce chien de Mitsurugi.
« Il n’a pas abandonné sa quête pour l’Epée Maléfique, il veut Soul Edge… Quel idiot, il n’a besoin de ça… C’est l’homme le plus fort que j’ai jamais rencontré… Le seul que je n’ai pas réussi à battre… »
Puis elle regarda pensivement la porte de la prison. Elle mesura la distance qui l’en séparait, le temps qu’elle mettrait à l’atteindre, elle imagina cent façons de tromper Astaroth. Elle avait parfaitement mémorisé comment sortir du château, quels couloirs emprunter, car elle n’était pas dupe. La fuite était la seule issue.
Contrairement aux autres, elle avait aussitôt compris pourquoi ils étaient là. Ils n’étaient que des réceptacles, des coquilles vides. Nightmare ne les gardait en vie que dans l’objectif de les utiliser comme hotes.
Cette perspective révulsait Taki au plus haut point.
« Plutôt mourir que devenir le pantin de cette chose… »
Cependant, le temps pressait. Ses chances de s’échapper s’amenuisaient. Voilà cinq jours qu’elle était enfermée ici, et chaque jour elle s’affaiblissait un peu plus. Depuis qu’elle était ici, elle n’avait avalé en tout et pour tout que quelques graines et racines qu’elle portait sur elle. Quant à l’eau, elle la récupérait dans ses mains lorsqu’il pleuvait. Elle s’affairait à ne dormir que par fragments de quart d’heure, par sécurité. Et tout ceci au détriment de sa santé, et par conséquent, de sa fuite.
« Il faut qu’Astaroth amène un prisonnier demain. Après, ce sera trop tard… »
Elle fut alors parcourue d’un long et désagréable frisson. Ce n’était pas le premier de la soirée. Elle avait chaud et froid à la fois, se sentait mal. Elle porta une main à son front, et ses doutes furent confirmés : elle avait de la fièvre.
Elle tourna son beau visage vers le ciel. La lune se levait, paresseusement, tandis que l’horizon s’obscurcissait. Elle se recroquevilla sur elle-même, posa la tête sur ses genoux et ferma les yeux.
« Je dois tenir jusqu’à demain. Economiser mes forces… Ca va aller »