CHAPITRE 9 : Cœur inexaucé
Talim tremblait encore un peu. Kilik n’avait pas tardé à la rejoindre et, se voulant réconfortant, il l’avait prise contre lui en lui caressant doucement le dos.
-Je te protégerai… avait-il murmuré.
Talim avait enfoui son visage contre son torse, s’efforçant de retrouver son calme.
Non loin de là, une jeune fille marchait.
Sa démarche, souple et légère, était néanmoins ferme et assurée.
Son visage, bien que tiré par l’anxiété, semblait plein d’espoir.
Une épée chinoise à la main, elle avançait d’un air déterminé et confiant.
« Kilik, tu es ici, j’en suis sûre… Je vais te retrouver. »
Son cœur battait fort dans sa poitrine. Oui, elle était certaine que Kilik n’était pas loin d’elle. Son fiancé… la situation était critique, certes, mais ils auraient peut être la chance de mourir réunis… Elle ne laisserait pas ce moment arriver sans se battre bien sûr, mais elle préférait ne pas se faire d’illusions : si elle était peut être capable de s’en sortir, Kilik n’avait pas le niveau. Et elle ne se sentait pas capable de vivre sans lui.
C’est bien pour ça qu’elle était venue jusqu’ici : elle lui avait promis de rester au palais impériale, mais n’avait finalement pu se résoudre à l’attendre bien sagement, à l’abris, sans ne rien faire. La quête était périlleuse, elle avait décidé de le rejoindre et se battre à ses cotés.
A présent, il n’était pas loin. Elle pouvait sentir sa présence.
Elle accéléra le pas, la gorge nouée par l’émotion, un sourire naissant sur les lèvres. Elle finit même par courir, suivant le long couloir qui finalement tournait à droite… et elle l’aperçut.
-Kil…
Son cri de joie mourut dans sa gorge.
Son sourire joyeux se figea sur ses lèvres tandis que son sang ne faisait qu’un tour.
Kilik déposa un doux baiser sur le front de Talim.
-Ca va mieux ? lui demanda t’il doucement.
Elle hocha la tête. Ses grands yeux sombres le scrutaient.
-Tu crois que Rock va nous retrouver ?. ..
-J’en suis sûr, opina t’il, ne t’en fais pas.
Talim releva alors la tête, et poussa un petit cri, surprise. A quelques mètres de là, une femme les observait. Pâle comme une morte, elle serrait le manche de son épée si fort que les jointures de ses doigts en devenaient blanches. Son visage semblait inexpressif, mais elle tremblait légèrement, avait le souffle court.
-Kilik… murmura t’elle.
Celui-ci se retourna vivement, et ses yeux s’agrandirent de surprise.
-Xianghua !!
Perplexe mais heureux, il s’élança vers elle, mais stoppa rapidement sa course de lui-même. Elle tendait son épée droit devant elle. Son regard était glacial, comme il ne l’avait jamais vu.
-Xianghua… est-ce que … tu vas bien ? Tu m’as manqué tu sais… Qu’est-ce que tu fais là ? bafouilla t’il.
Les questions se bousculaient sur ses lèvres, il voulait des réponses, mais avant tout il désirait la serrer contre lui. Il lâcha son bâton et s’avança vers elle, ses mains nues tendues devant lui.
-Ma belle… je suis tellement heureux de te revoir !. .. Dis quelque chose !
Les traits de Xianghua se détendirent, et elle baissa enfin sa garde. Elle se mit à lui sourire chaleureusement, mais Kilik trouvait quelque chose d’inhabituel à cette expression… le regard, peut être, qui paraissait étrangement froid…
Néanmoins, il n’hésita plus et la prit dans ses bras, la serrant tendrement contre lui.
-Je suis heureuse de te revoir une dernière fois, moi aussi, murmura t’elle.
Talim, derrière eux, observait la scène d’un œil inquiet.
« C’est sans doute sa fiancée… Elle a l’air furieuse… J’espère qu’elle va lui pardonner, je ferai peut être mieux de partir. »
-Pourquoi… dis tu ça ? demanda Kilik, extrêmement mal à l’aise tout à coup.
Mais au lieu de répondre, Xianghua l’embrassa, passionnément.
Quant elle eut fini, Kilik lui sourit. Elle souriait aussi, mais dardait toujours sur lui son regard étrange.
-C’est si bon de te revoir… Tu sais, un moment j’ai eu peur, j’ai cru que tu allais me tuer !. ..
-Ah oui ? répondit-elle, son sourire s’élargissant.
Alors, d’un geste rapide et franc, elle lui planta son épée chinoise en plein cœur.
Talim poussa un cri en voyant la lame traverser le corps de Kilik, et ressortir dans son dos. Ce dernier porta ses mains autour de la lame, essayant de la retirer dans un ultime souffle. Il regarda sa bien-aimée dans les yeux un instant.
« Pourquoi ?. .. »
Puis il s’écroula sur le sol, sans vie.
Xianghua retira lentement sa lame du corps de son fiancé.
-C’est amusant… Figure toi que moi aussi, j’ai cru que j’allais te tuer, Kilik….
Puis elle leva son visage et fixa Talim intensément. La jeune fille avait une main plaquée sur la bouche, sans doute pour retenir un cri.
-File d’ici tout de suite, espèce de petite traînée, ou tu connaitras le même sort, siffla t’elle.
Talim fixa un moment Kilik. Les yeux embués de larmes, elle cherchait un dernier signe de vie chez le jeune homme qui avait été si gentil avec elle… Elle n’arrivait pas à croire qu’il soit mort de cette façon. Non, il était blessé, il n’était pas… ça n’était pas possible…
-Tout de suite ! cria Xianghua, pointant à présent son arme dans sa direction.
Mais Talim ne fuit pas. Au contraire, elle regarda Xianghua bien en face. Du poing, elle essuya les larmes qui roulaient sur ses joues.
Talim détestait la violence, mais elle aimait la justice. Cette fille avait été capable de tuer son fiancé de sang froid parce qu’elle l’avait aperçu en sa compagnie… c’était détestable. Mais elle ne pouvait s’empêcher de se sentir coupable.
« C’est ma faute s’il est mort… Je ne peux pas laisser cette mort invengée, et ce crime impuni… Xianghua, tu vas payer… »
Talim serra fermement ses armes dans ses poings et se mit en garde.
Xianghua haussa un sourcil.
-Ah, tu veux te battre petite ? Tu tiens vraiment à mourir ?. .. ironisa t’elle.
Talim ne répondit pas. Concentrée, elle avait mis toute impression et sentiment de coté pour se consacrer uniquement au combat qui allait suivre. Elle ne ressentait désormais plus ni tristesse, ni peur, ni même haine. Elle désirait juste la vie de son adversaire.
Xianghua eut un sourire en coin.
-Eh bien, allons y !
Et elle courut vers Talim, son épée aiguisée tendue devant elle.
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