Le soleil apparaissait à peine derrière l’horizon que la petite troupe était prête. Chacun des huit hommes était monté sur un cheval. Les bêtes, jeunes et vives, mourraient d’envie de galoper, sortir de la forêt et traverser les plaines désolées recouvertes d’une fine pellicule de neige qui les attendaient à l’intérieur du pays. Un coffret, petit et cadenassé, était solidement attaché à l’arrière de l’étalon de Querox. Voilà donc la raison de l’escorte. Son contenu devait être très précieux pour qu’une petite troupe l’accompagne jusqu’à sa destination. En temps normal, les colis devant être livrés de Northumb étaient apportés au port le plus proche ou transporté par un unique coursier, si la destination se trouvait trop à l’intérieur des terres.
Niem fut étonné de voir qu’une neuvième personne les rejoint. Sa surprise résidait dans le fait que cette dernière était une femme. Cette dernière était vêtue très légèrement malgré la fraîcheur : un haut, relativement ‘osé’, ne lui serrant que la taille et s’arrêtant tout juste au niveau de la poitrine, de longues bottes commençant à la moitié de chaque cuisse. Au niveau du cou était disposé une sorte de petit col dont la base s’étendait jusqu’aux épaules pour les recouvrir, un gant lui arrivait un peu plus haut que le coude au bras droit et un gantelet et une épaulette en métal lui recouvraient complètement le bras gauche. La femme avait des cheveux blancs lui arrivant tout juste jusqu’à la nuque, une frange lui tombait dans la figure et dissimulait la moitié de son visage. Son regard, froid et imposant, laissant paraître une certaine frustration. Une étrange épée courte laissant apparaître une série de petites fentes sur le plat de la lame était attachée à ses côtés.
« Ah, nous n’attendions plus que vous, dit celui qui semblait être le chef. Nous allons traverser le continent dans sa largeur le plus vite possible. Nous ne nous arrêterons que dans les endroits surs pour nous ravitailler et que les bêtes se reposent, et ce le moins possible. La dame venant de nous rejoindre se nomme Isabella Valentine. C’est Sir Schtauffen en personne qui a insisté pour qu’elle nous accompagne, tout en nous assurant qu’elle ne nous retarderait sûrement pas, bien au contraire. A présent, en route.»
Dissimulée dans son arbre, personne ne pouvait la voir. La troupe comportait trois personnes de plus que prévu. L’objet de son contrat était attaché au cheval d’une de ces personnes. Le renfort imprévu la gênait. Aucun des nouveaux gardes, dont l’un d’eux était une femme, n’avait l’air inexpérimenté, ils semblaient même redoutables. Le tatoué particulièrement. Tous ces symboles qui le recouvraient devaient faire de lui un personnage important. En effet, chacun de ceux-ci avait une signification précise, elle en était certaine, et le fait qu’elle ne la connaissait pas l’inquiétait. L’homme devait être venu de loin pour assurer la protection du colis, les symboles étaient si étranges. Il n’ignorait donc pas son contenu. La tâche allait s’avérer être plus ardue que prévu. Elle devrait compter sur « lui ».
Il les sentait désormais. Ce qu’il cherchait depuis plusieurs semaines maintenant venait de se manifester. Son œil jaunâtre brilla de folie. L’œil de l’épée s’était ouvert. Il en était certain maintenant ; ses recherches allaient aboutir. Il serra son épée et courut à une vitesse démentielle vers son objectif, la raison de son avidité soudaine. Le sang coulera à flots, pensa-t-il en ricanant.