-Alors qu’est-ce qu’on fait ? demanda Enrique.
-Ben y a plus qu’à plonger, répliqua le mécanicien
-Dans ces conditions, plonger, c’est du suicide !! Et puis que je croyais que tu n’aimais pas nager, Luis ? demanda Enrique
-Bah, pour aujourd’hui je peux bien faire exception, fit Luis avec bonhomie
-Adrian…ne fais pas ça, supplia Enrique
-T’as vu le coffre, Enrique ? Tu l’as vu comme moi ?! Rien qu’en vendant le coffre, on pourrait en racheter dix des machines comme Fozzy !! déclara Luis.
-Et toi, est-ce que tu as seulement vu les requins autour ?! ! s’énerva Enrique. Les plus petits d’entre eux font au moins quatre mètres de long !! Adrian…
-Enrique, prépare tout de suite le matériel de plongée, on y va immédiatement on a assez perdu de temps.
-Mais, Adrian…
-Tu sais autant que moi dans quelle situation on est, Enrique. C’est une opportunité unique qu’on a là, qui ne se représentera pas deux fois !! Ne pas y aller alors qu’on en a la possibilité maintenant, ça, ça serait du suicide !!
-Très bien…mais s’il arrive quelque chose, tu n’auras qu’à t’en prendre qu’à toi même !! tempêta Enrique.
Sous les consignes d’Enrique, ils préparèrent leur matériel de plongée, comprenant une bouteille d’oxygène, un masque et un grand couteau de vingt-cinq centimètres dans le cas où les requins les attaqueraient : ce ne serait sûrement rien face aux dents aiguisées des squales, mais il valait mieux prévoir que guérir.
-Surtout, surtout, si un requin vous approche, ne paniquez surtout pas !! Les requins sentent votre peur, et à la moindre pulsion en trop, il va s’exciter et vous bouffer tout rond !! Donc du calme, on va juste plonger dans un site infesté de requins, ce sera une promenade de santé !! ironisa Enrique en regardant intensément Adrian.
-Okay, très bien, répliqua Adrian en soutenant son regard. Quoi d’autre ?
-Ne prenez pas de palmes, sinon les requins vont vous prendre pour des gros poissons et vont se précipiter sur vous. Et nagez dans un mouvement souple et sans brusquerie, sinon ça alerterait les requins et vous savez ce qui se passera, maugréa Enrique.
-Bon, on peut y aller maintenant alors ? demanda Luis, tout agité. C’est que j’ai hâte de voir ce qu’il a dans le ventre ce coffre !!
-Moi aussi !! dit Adrian en riant. Bon allez, on y va !!
Les trois hommes descendirent par l’échelle du bateau : s’ils avaient plongé directement, ça n’aurait pas manqué d’alerter les squales qui rôdaient autour du bateau pirate.
Ils empruntèrent le même chemin que Fozzy, entrant dans le bateau par les cales, puis remontant lentement vers le pont. Ils arrivèrent finalement au pont sans encombre.
La communication orale étant impossible sous l’eau, Enrique montra de son doigt les requins qui nageaient en un ballet monstrueux et inquiétant, indiquant par là même que c’était ici le passage le plus difficile. Luis et Adrian firent signe à Enrique qu’ils avaient compris, puis s’engagèrent sur le pont. Les requins ne les virent pas passer, et ils arrivèrent sans encombre à la cabine du capitaine.
Fozzy gisait devant eux, inanimé. Luis s’avança vers le robot afin de constater les dégâts et voir si il était possible de le réparer, mais à la vue du moteur complètement calciné de Fozzy, il se tourna vers Adrian en lui faisant un signe négatif de la tête.
Enrique fit signe à Adrian pour qu’il se charge de porter le coffre sur son dos, et fit comprendre à Luis qu’il était temps d’abandonner la carcasse de Fozzy et de retourner vers le bateau. Adrian et Luis firent tous deux signe qu’ils avaient compris les instructions d’Enrique, puis ils se dirigèrent tous le trois vers la porte de la cabine qui donnait sur le pont.
Lorsqu’ils sortirent de la cabine du capitaine, ils virent, non sans frayeur et étonnement, cinq requins alignés devant eux. Ils semblaient guetter la moindre de leurs réactions pour passer à l’attaque. Enrique fit un signe d’apaisement à ses deux camarades, puis se dirigea lentement vers la surface. Ses compagnons firent de même, suivis de près par les cinq squales.
Luis, nerveux, commençait à s’agiter. En effet, en plus d’être un piètre nageur, il était entouré de requins affamés, ce qui ne faisait qu’accroître sa panique
-Quelle idée j’ai eu de m’embarquer avec eux, se dit-il pendant qu’il nageait, j’aurai les attendre sur le pont !!
Un requin le frôla de quelques centimètres. Luis, à fleur de peau, sortit son couteau d’un geste brusque, croyant être menacé. A partir de ce moment, tout partit très vite. Luis se fit happer le bras par le requin qui l’avait frôlé, et vit avec horreur et douleur son bras se détacher du reste de son corps par la pression exercée par les mâchoires du squale. Les autres requins, attiré par le sang, foncèrent tous sur Luis qui disparut sous un nuage rouge, son sang se mêlant à l’eau. Quelques secondes après, chaque requin repartit avec un morceau de Luis dans sa gueule.
Enrique, quant à lui, n’était pas en reste. Un requin lui fonça dessus, en ouvrant une gueule béante qui laissait apparaître des dents aussi tranchantes que des rasoirs. Enrique réussit à éviter la charge du squale et monta sur son dos, puis lui planta son couteau dans l’œil avec le plus grand sang-froid. Les autres requins foncèrent alors sur leur propre congénère et le taillèrent en pièce, comme animés par une folie meurtrière. Enrique mit à profit cette diversion inattendue et s’empressa de remonter vers le bateau.
Quant à Adrian, il constata, étonné, qu’aucun requin ne l’attaquait. Il semblait être comme protégé par un pouvoir mystique. Il vit néanmoins avec horreur Luis se faire dépecer juste devant ses yeux et, plein de rage, nagea à fond vers le requin qui avait attaqué le premier Luis, avant de lui asséner un coup de poing qui ne fit aucun effet au squale. Celui-ci se contenta de le regarder fixement, une lueur rouge dans les yeux, avec le bras de Luis suspendu à ses mâchoires, puis s’éloigna d’Adrian en nageant. En constatant qu’Enrique était déjà sorti de l’eau, il nagea lentement vers la surface en portant toujours le coffre dans le dos, ses larmes commençant à remplir le masque qu’il portait.
Enrique scrutait anxieusement la surface de l’océan meurtrier lorsque la tête d’Adrian apparut.
-Adrian !! s’écria Enrique, tu es vivant !! !
Enrique plongea de nouveau pour aider son ami à remonter. Il ne semblait pas blessé, mais il paraissait traumatisé par ce qu’il venait de vivre. Enrique l’aida à monter sur le pont.
-Luis…Luis…répétait inlassablement Adrian. Enrique, qu’est-ce que j’ai fait ?!
-Tu n’y pouvais rien, dit Enrique à Adrian en essayant de le consoler, il n’aurait pas dû descendre avec nous, il avait bien trop peu d’expérience et tu le sais…
-J’aurais dû l’en empêcher, mais j’ai rien fait, murmura Adrian en pleurant. Et à cause de moi il est mort !! !
-On n’aurait pas pu l’en empêcher, tu le sais bien, répliqua Enrique. Quand il avait une idée dans la tête, il ne la lâchait pas jusqu’au bout…Et puis il n’est pas mort pour rien, au moins on a réussi à garder le coffre.
-Le coffre…murmura Adrian.
-Ouvrons-le tout de suite, en l’honneur de Luis, demanda Enrique.
-D’accord, répondit Adrian
Adrian fit sauter la serrure du coffre avec un marteau, puis l’ouvrit. Le coffre ne contenait ni diamants, ni bijoux, ni pièce d’or : il contenait seulement deux épées, l’une qui semblait combiner un pistolet à sa lame, et l’autre, de forme bizarre, semblait mi-organique, mi-métallique.
-Alors c’est pour ça qu’on a risqué notre vie et qu’on a perdu un ami, se désola Adrian en se saisissant des épées.
Il regarda longuement les deux lames avant de faire mine de le jeter à la mer, mais un violent spasme le saisit et le jeta à terre. Son corps se tordait par terre, en proie à des convulsions, et de la salive coulait sur son menton.
-Adrian, qu’est-ce qui se passe ?! ! s’écria Enrique en se précipitant vers son ami.
Aussitôt les convulsions cessèrent, mais Adrian resta sans connaissance sur le sol.
-Hé Adrian, lève-toi, je t’en supplie, lui dit Enrique en le secouant doucement.
Adrian ouvrit soudainement les yeux, et en un geste incroyablement rapide, planta l’épée-pistolet dans la nuque d’Enrique. Celui-ci, avant de s’effondrer sur le sol, leva les yeux vers Adrian dans une expression de surprise douloureuse et d’interrogation muette. Le visage d’Adrian, quant à lui, était fixé dans un rictus sauvage et cruel, ses yeux flamboyants remplis de folie. Il s’approcha de la tête d’Enrique et lui souffla d’une voix méconnaissable à l’oreille :
-Sois fier, misérable humain, ton âme va servir à ma restauration. Meurs !!
Adrian fit remonter la lame vers la tête d’Enrique, qu’il fendit en deux.
-Adrian, qu’est-ce que tu fais ?! ! demanda Aragon effrayé par la scène qui venait d’avoir lieu juste devant ses yeux.
Adrian tourna lentement ses yeux ver Aragon, puis fonça vers lui à une vitesse effarante en croisant ses deux épées. Il souleva Aragon à quelques centimètres du sol avec ses lames, puis décapita le pilote du bateau en décroisant ses lames.
Des nuées bleues s’échappèrent des cadavres des deux amis d’Adrian. Celui-ci tendit son épée vers celles-ci, qui entrèrent dans la lame. Adrian se dirigea ensuite vers la mer, et leva les bras vers le ciel, armé de ses deux épées. Il y eut un grand bouillonnement dans la mer, puis le bateau pirate, l’Adrian, sortit miraculeusement de la mer, les voiles noires s’agitant au vent. Une barque se détacha de l’Adrian et, guidée par une force qui dépassait l’entendement humain, se dirigea vers le bateau de l’équipe d’archéologues. Adrian y prit pied, puis la barque se dirigea à nouveau vers le vaisseau maudit, portant vers lui son nouveau capitaine et maître….